Météo-France : Toulouse veut garder un temps d'avance

Par Marie Lepesant, le 04 mars 2011

En 2012, le coeur technique de Météo-France sera totalement localisé à Toulouse. Un enjeu important pour l'établissement public qui voit arriver de plus en plus d'acteurs privés sur le marché des services météo.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Certes la direction de Météo -France - «la tête» - est à Paris, mais «les bras et les jambes» sont bien à Toulouse et ce, depuis 1982. En effet, la collecte des informations et l'exploitation des données sur «le temps qu'il fait» s'opèrent dans la Ville rose. «La branche commerciale de Météo-France est le premier acheteur des données produites à Toulouse», note Dominique Lapeyre de Chavardes, directeur adjoint de la direction commerciale de l'établissement public. En effet, si plus de la moitié de ses revenus provient de subventions de l'État, Météo-France perçoit aussi des redevances aéronautiques (environ 25%) et des recettes commerciales. «Depuis environ cinq ans, nous constatons que ces dernières croient d'environ 5% chaque année alors que nos revenus sur internet diminuent», remarque-t-il. Il tempère tout de même en précisant que le site est rentable avec 28millions de visiteurs uniques rien qu'au mois de décembre dernier et 1,5milliard de pages vues en 2010. Quant aux recettes publicitaires, elles atteignent 4M€ en 2010 et devraient connaître une croissance d'environ 10% cette année. Aujourd'hui, la volonté de Météo-France est de développer ses activités commerciales en direction des professionnels.




Une donnée stratégique

Parmi les secteurs les plus demandeurs de données météorologiques, on retrouve sans surprise les médias et la télévision en première position. Les radios s'y intéressent de plus en plus alors que les journaux la délaissent par souci d'économie. «En France, une variation d'un degré engendre une perte ou un gain de 2.300MW, soit plusieurs tranches nucléaires», constate-t-il. On comprend dès lors que, pour le secteur de l'énergie, la météo est une donnée stratégique voire éminemment stratégique dans le cas des énergies renouvelables. Viennent ensuite les gestionnaires de routes, les organisateurs de grandes compétitions sportives (tennis, sports mécaniques et rallye, voile, etc.) et l'agriculture. Et enfin le BTP pour qui la météo est indispensable lors de grands chantiers et notamment dans la gestion du montage des grues. «Nous avons une marge de pénétration encore importante», note-t-il. De nouveaux marchés s'intéressent à la météo: les assureurs, depuis l'année dernière, pour diminuer la sinistralité ou encore les gestionnaires de réseaux d'assainissement. Météo-France développe d'ailleurs avec un partenaire industriel un produit dédié à ce dernier domaine d'activité. De même, elle mène des recherches avec des instituts techniques agricoles pour déterminer quels technique et produits utiliser en fonction de la météo dans le travail de la vigne et des grandes cultures notamment. Enfin, il est un domaine où Météo-France est très peu présent: la marine. «Cela peut paraître étrange, conçoit-il, car l'idée de créer des stations météorologiques est née à la suite d'un désastre maritime vécu par la flotte française pendant la guerre de Crimée.» Si l'établissement public propose des services à la petite plaisance, elle n'en offre pas à la marine marchande ni aux opérateurs de plateformes pétrolières, par exemple. «D'autres acteurs s'en sont saisis comme le groupe japonais Weather News mais nous comptons investir ces marchés et en premier lieu la marine marchande», reconnaît-il.




Toucher des marchés de niche

«Nos filiales sont un relais de croissance. Éléments majeurs dans notre stratégie, elles nous permettent de toucher des marchés de niche», avance-t-il. Parmi ces cinq filiales, deux sont situées en Midi-Pyrénées: la société Météorage (Pau) - détenue par Météo-France et une entreprise finlandaise -, s'est spécialisée dans la détection de la foudre. Mais il y a également Météo-France International (Toulouse). Depuis bientôt dix ans, cette société (10M€ de CA pour 35 salariés) vend le savoir-faire de Météo-France à l'international. Détenue à 34% par Egis Avia, elle est capable d'assurer la modernisation complète d'un service météo national. Elle a réalisé cette prestation pour la Libye, le Qatar et tout récemment pour l'Inde. Elle peut aussi intervenir à un moment précis d'un projet en concevant, fournissant et installant des systèmes d'observation ou d'information. Dans ce cas de figure, elle a mené des projets par exemple en Afrique et dernièrement au Cambodge. «Aujourd'hui, l'objectif est d'avoir du récurrent au niveau des grands projets et d'être opérateur de systèmes pour le compte d'un tiers. Nous voulons doubler le chiffre d'affaires pour lisser le risque de la variabilité des affaires», explique-t-il. MFI souhaite développer son activité auprès des secteurs de la Défense et de l'aviation civile. Une voie qu'elle a déjà ouverte en gagnant en 2010 un appel d'offres de l'Otan pour le remplacement et la modernisation du système de météo déployé sur les théâtres d'opération (Afghanistan et Kosovo).

METEO-FRANCE



Budget 2009: 380M€ dont 41M€ de recettes commerciales 3.600 personnes (1.500 à Toulouse)


Tél.: 05 61 07 80 80 www.meteofrance.fr

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