Occitanie

Technologies

Impression 3D : Faut-il à tout prix s'y lancer ?

Par Agnès Baritou, le 13 février 2017

Quels sont les impacts technologiques et commerciaux de la fabrication additive sur les filières de sous-traitance, en Occitanie ? Commanditée par l'agence de développement économique Madeeli, une étude sans précédent a été dévoilée le 10 janvier. Explications et recommandations.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

« Il faut rappeler que la fabrication additive est née en 1983 en France, avec trois chercheurs qui ont déposé des brevets et de la propriété intellectuelle... et que leurs employeurs ont raté le coche : d'un côté Alcatel qui a abandonné la technique et de l'autre, le CNRS qui a déclaré que ce n'était pas de la bonne science. C'est un Américain qui a repris les brevets, qui est aujourd'hui 3D Systems, leader mondial des imprimantes 3D ! Alors, ne reproduisons par la même erreur ! » Ce commentaire est émis par Gilbert Casamatta, président de l'IRT Saint-Exupéry, à l'occasion de la restitution de l'étude "Fabrication additive : enjeux et impacts en Occitanie" le 10 janvier, commandée par Madeeli, avec le financement de l'Etat et de la Région et l'aide d'Aerospace Valley et de l'IRT.

29 pure players en région

Au total, une centaine d'acteurs ont été interviewés dans les secteurs des transports, de la santé et des agro-industries : côté donneurs d'ordre et acteurs clés (Airbus, Safran, Prodways, UTC, Rockwell Collins, Fusia, Zodiac Aerospace, CEA, Inra, Cetim, Poult...); sous-traitants conventionnels (Soplami, Vexim, Ventana...) et sous-traitants en fabrication additive (Microturbo, ECA, Nexeya, Aurore, Nanolike, Innopsys...). L'état des lieux est le suivant : dans la région, on compte 29 acteurs pure player, qui peuvent agir dans cette filière, dont 75 % de PME. Sur ces 29, 27 sont dans le domaine des transports, dont 26 dans l'aérospatial. 

Cette première bonne nouvelle (forces déjà disponibles en région) est rejointe par deux éléments positifs : « L'effet d'entraînement et de moteur en région côté donneurs d'ordre et côté demande, et le caractère volontariste de la Région - cette étude est la première étude régionale en Europe. L'Occitanie sera pionnière en réancrage industriel », souligne Mathieu Mauny, directeur général de D&Consultants à l'origine de l'étude. S'il y a déjà quelques pièces produites en fabrication additive qui volent aujourd'hui (avion et satellites), l'usage premier de cette technique concerne le prototypage rapide (70 % des transactions marchandes), ainsi que l'outillage rapide (fabrication de moules pour la fonderie par exemple). Mais l'usage qui connaît la plus forte croissance est la fabrication de pièces.

Ne pas investir massivement

Faut-il dès lors se lancer et investir dans cette technologie de rupture, notamment dans les secteurs utilisateurs comme la santé, le spatial et l'aéronautique ? « Prudence, alerte Mathieu Mauny. Les sous-traitants ne doivent pas investir massivement dès maintenant dans la fabrication additive, pour deux raisons : l'immaturité technologique des machines (qui vont devenir rapidement obsolètes), et la nécessité de co-construire sa démarche avec les donneurs d'ordre. » 

Les besoins du marché sont également restreints, pour l'instant. L'arrivée à maturité des technologies - notamment métal - devrait se faire en deux temps : un déploiement commercial plus massif de 2018 à 2025, puis un bond en avant à partir de 2025 où de nouveaux programmes aéronautiques intègreront la fabrication additive dès l'amont. Alors, on ne bouge pas ? « Nous conseillons aux entreprises de réaliser de la veille technologique, de participer à des journées techniques sur le sujet, de former leur personnel, de monter des projets de R&D ou encore d'investir - un peu - dans des machines dédiées au prototypage et à l'outillage rapide », recommande le directeur de D&Consultants.

Nécessité de codévelopper

Dans cette préparation, un élément essentiel : se rapprocher du donneur d'ordre, pour créer une relation bilatérale. Avec des critères importants : la capacité d'être force de proposition; être robuste financièrement et se consolider pour proposer plusieurs compétences (fabrication de machines d'impression 3D et conception des pièces , ou encore parachèvement et contrôle des pièces...). Les opérations de rapprochement de sous-traitants aéronautiques devraient en ce sens se multiplier. C'est par exemple la stratégie de Prismadd à Montauban, du groupe WeAreAerospace, qui bénéficie de compétences en usinage, fabrication de poudres, intégration d'imprimantes 3D, production en fabrication additive... « Cette intégration verticale, de la poudre au traitement, est essentielle, témoigne le président Philippe Rivière. Notre stratégie n'est pas terminée, nous venons par exemple d'investir dans le Toulousain 3D Trust (sécurisation des données d'impression 3D, ndlr). »

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