Toulouse

Spatial

CLS crée Kinéis, sa filiale pour conquérir le New Space

Par Fleur Olagnier, le 22 octobre 2018

Filiale de l'entreprise toulousaine CLS créée en août 2018, Kinéis prévoit de lancer une constellation de 20 nanosatellites qui permettra de connecter jusqu'à 100 fois plus de balises de géolocalisation que les systèmes actuels. Le nouvel acteur du New Space cherche à lever une centaine de millions d'euros auprès d'acteurs publics et privés.

La constellation de satellites de Kineis permettra dès 2022 de géolocaliser les bateaux de pêche traditionnelle : environ 2 millions naviguent aujourd'hui dans le monde.
La constellation de nanosatellites de Kinéis permettra dès 2022 de géolocaliser les bateaux de pêche traditionnelle : environ 2 millions naviguent aujourd'hui dans le monde. — Photo : Kineis

Sur le dos d'une tortue, à la patte d'un oiseau, dans un bateau de pêche... Près de 100 000 balises de géolocalisation dans le monde envoient leurs données au groupe CLS (750 collaborateurs dont 350 à Toulouse ; CA 2018 prévu : 135 M€). Cette filiale du Cnes, d’Ardian et d’Ifremer commercialise depuis 30 ans les données de six satellites et 20 000 balises Argos, collecte et traite les informations pour ses clients. Mais ce système ne suffit plus. Face au développement de l'ultra-connectivité et du marché de l'Internet des objets (IoT), CLS a décidé de plonger dans l'ère du New Space en créant une nouvelle filiale, Kinéis.

Des coûts de production réduits

« Avec Argos, la position d'une balise est connue toutes les 1h30 à 2 heures, parfois toutes les 4 heures pour certaines zones proches de l'Équateur, expose Alexandre Tisserant, directeur général de Kinéis et directeur des projets stratégiques au sein du groupe CLS. Notre objectif est de diminuer le temps de revisite à 10-15 minutes, du quasi-temps réel, par le déploiement d'une constellation de 20 satellites miniatures. »

La construction d'une série de satellites est en plein cœur de la philosophie disruptive du New Space, ce mouvement lié à l'émergence d'acteurs privés dans l'industrie spatiale. « Avec une constellation de satellites le système est plus résilient et nous pouvons nous permettre d'être un peu moins exigeants sur chacun : si l'un tombe en panne les autres prendront le relais. Les coûts de production sont donc réduits », décrit le dirigeant.

« Nous allons produire en masse des balises qui relèvent aujourd'hui davantage de la haute couture. Et ce, pour un prix bien inférieur à 100 euros. »

Les nanosatellites qui doivent être lancés à 600 km d'altitude par paquets de cinq couvriront une bande fréquentielle huit fois plus importante que le système Argos. En plus d'améliorer les protocoles de communication, cela permettra de traiter jusqu'à 100 fois plus de balises, soit près de 2 millions. « Nous allons produire en masse des balises qui relèvent aujourd'hui davantage de la haute couture. Alors que chacune coûte de quelques centaines à environ 1 000 euros, le prix des nôtres sera bien inférieur à 100 euros, avec un coût d’abonnement de quelques euros par mois. » 

Lancement fin 2021

Pour mener à bien le lancement des nanosatellites, prévu fin 2021, et leur potentiel renouvellement sur huit ans, Kinéis cherche à lever une centaine de millions d'euros. CLS a voulu développer le projet par le biais d'une entité indépendante, en créant Kinéis, afin de faciliter sa visibilité auprès des investisseurs. « Kinéis est aujourd'hui porté par CLS, mais le groupe a vocation à devenir minoritaire », souligne Alexandre Tisserant. Côté public, des discussions sont en cours avec Bpifrance et le Cnes, qui apporte déjà son soutien technique. Des industriels et fonds d'investissement sont visés, côté privé.

Kinéis termine actuellement l'étude système en partenariat avec Nexeya, Syrlinks et Thales Alenia Space (TAS). Si tout se déroule comme prévu, la construction devrait démarrer début 2019 sur les sites de Nexaya et TAS à Toulouse et Cannes. Dans un premier temps, Kinéis, dont l'équipe se compose de 15 collaborateurs détachés des activités Argos, doit vendre de la connectivité Argos à CLS. Comme Iridium ou Sigfox, elle devient fournisseur du groupe et prévoit de générer 3 M€ de CA en 2019 grâce à cette activité.

100 M€ de CA visés

Pour la suite, la société vise des clients dans la logistique mondiale (pour le suivi des conteneurs), les grandes entreprises pour le suivi de pièces détachées, ou encore le marché de la pêche artisanale. Là où CLS est déjà présent dans la pêche industrielle avec des balises temps réel énergivores, Kinéis vise les plus petits bateaux qui ont besoin d'informations régulières, mais disposent d'une faible alimentation électrique. « Nous avons été contactés par des pays comme le Sénégal ou la Mauritanie, où circulent beaucoup de pirogues. Notre système pourrait leur permettre d'envoyer des signaux de détresse, de recevoir des alertes météo et aussi d'être géolocalisés pour prévenir la pêche en zones illégales », appuie Alexandre Tisserant.

Les nanosatellites de Kinéis viendront s'ajouter aux six existants de la constellation Argos. Si elle bénéficie de l'expérience technique et de la force commerciale de CLS, Kinéis reste l'une des seules entreprises au monde à se lancer dans le déploiement massif de balises. En 2022, l'année de mise en service de la constellation, Kinéis prévoit de réaliser 10 M€ de CA, puis 100 M€ d'ici à dix ans.

La constellation de satellites de Kineis permettra dès 2022 de géolocaliser les bateaux de pêche traditionnelle : environ 2 millions naviguent aujourd'hui dans le monde.
La constellation de nanosatellites de Kinéis permettra dès 2022 de géolocaliser les bateaux de pêche traditionnelle : environ 2 millions naviguent aujourd'hui dans le monde. — Photo : Kineis

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