Haute-Garonne

Ressources humaines

Enquête Ces entreprises qui adhèrent au télétravail en Haute-Garonne

Par Juliette Jaulerry, le 19 mars 2018

Le télétravail répond à deux enjeux très actuels : le transport et le bien-être au travail. Avec les ordonnances Macron, cette pratique devient un droit et on lui prédit donc un fort essor. Témoignages d' entrepreneurs locaux qui ont déjà testé et approuvé le télétravail. 

Dominique Valentin, fondateur du réseau Relais d'entreprises.
Dominique Valentin, fondateur du réseau Relais d'entreprises. Ces tiers-lieux hébergent les télétravailleurs à côté de leur domicile, dans des zones péri-urbaines ou rurales. — Photo : Relais d'entreprises

Depuis trois mois, le patron d’Eurecia (plus de 40 collaborateurs et 2,9 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017) reste chez lui le vendredi. Pascal Gremiaux imite ainsi  plus de la moitié de son effectif qui a  fait le choix de télétravailler un jour par semaine.

« Le présentéisme au bureau, c’est une mentalité très française. C’est un fardeau. Je pense au contraire qu’un manager doit savoir éviter d’être indispensable », commente le dirigeant de la société éditrice de logiciels RH. En restant chez lui, il travaille différemment, se concentre sur des dossiers et réflexions sans être trop sollicité. Et il confirme sa confiance vis-à-vis de ses collaborateurs « qui gagnent en autonomie et se sentent responsabilisés. »

Une organisation du travail bénéfique

Confort de travail, efficacité, renforcement des relations de confiance, mais aussi bon équilibre vie privée/vie professionnelle, économies d’énergie, solution à la pollution, au stress lié aux bouchons… les arguments favorables au télétravail, souvent intégré dans la stratégie RSE des entreprises, ne manquent pas. Berger Levrault (édition de logiciels ; 1 500 collaborateurs et 130 M€ de CA en 2016) fait partie des convaincus. « Suite à la demande de collaborateurs, une première expérimentation a été organisée en 2013 avec une vingtaine de salariés », raconte Mathias Bourdin responsable RH France du groupe qui compte aujourd’hui plus de 350 salariés télétravailleurs.

Chez Icom (agence de communication de 18 collaborateurs ; CA : 1,8 M€ en 2017), 72 % de l’équipe télétravaille : le directeur opérationnel, les graphistes, le service comptable et administratif… Une pratique naturelle basée sur la confiance, principe clé dans cette « entreprise libérante », telle que la définit son dirigeant Daniel Luciani.

Les ordonnances Macron et le télétravail

En tant que membre de la commission télétravail et espaces collaboratifs de La Mêlée (réseau régional des acteurs du numérique), Annie Fachetti rappelle que ce n’est pas une organisation nouvelle mais qu’auparavant ce n’était pas ou très peu officialisé. Pourquoi ? « Auparavant, il fallait un accord d’entreprise, ce qui était contraignant. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On peut même faire du télétravail occasionnel, avec un simple accord entreprise-salarié (obtenu par mail la veille par exemple) », explique Matthieu Barthes.

Cet avocat au cabinet Barthelemy à Toulouse insiste sur l’importance d’officialiser ce statut pour des questions d’assurance, en cas d’accident du travail. Les ordonnances Macron permettent à toutes entreprises de plus de trois personnes d’organiser le télétravail. Elles obligent même l’employeur à justifier son choix s’il refuse à un de salariés une demande de télétravail.

Les trois conditions d’un télétravail réussi

Quelles sont les questions à se poser ?  La première : trouver le bon équilibre entre journées à la maison et journées au travail. A titre indicatif, les mardi et jeudi sont les deux jours les plus chargés en embouteillage. D’autres préfèrent concentrer les présences en début de semaine. Comme beaucoup, Daniel Lucian, de l’agence Icom, préconise un maximum de deux jours par semaine.

Deuxièmement : l’équipement. Prévoir au minimum un ordinateur portable équipé d’un VPN (Réseau privé virtuel) avec une liaison téléphone. Chez Berger Levrault, les télétravailleurs ont droit à une compensation forfaitaire de 200€/an, pour couvrir les frais de charges à la maison.

Troisième élément : une officialisation sous forme de charte, d’accord ou d’avenant au contrat, avec une validation de son avocat pour les questions d’assurance.

A la maison ou dans un tiers-lieu ?

Pour Stéphane Lebrun, le télétravail dans un tiers-lieu est plus adapté qu’à la maison : « On évite les problèmes de transport mais on reste dans un cadre de travail à 100 % », résume l’entrepreneur qui a installé son activité de fabrication de machines pour laboratoires biologiques à Carbonne en 1999 (26 salariés ; CA : 2,7 M€ en 2017).

Sa responsable qualité se rend tous les mercredis au Relais d’entreprises de Cugnaux, ville de son domicile. Dominique Valentin est le fondateur de cette chaîne Relais d’entreprise, aujourd’hui le premier réseau national d’espaces de travail en milieu rural ou péri-urbain (une centaine de sites est prévue sur toute la France en 2018). « Ne pas confondre espaces de coworking et tiers-lieux », prévient ce défenseur du bureau-relais pour solutionner les problèmes de mobilité. Dès mars prochain, ses locataires auront droit à un certificat d’énergie, grâce à un partenariat fraîchement conclu avec EDF. La Région Occitanie et la commission dédiée au télétravail de la Mêlée réfléchissent à d’autres mesures incitatives qui devraient être annoncées ce printemps. De quoi vous persuader ?

Dominique Valentin, fondateur du réseau Relais d'entreprises.
Dominique Valentin, fondateur du réseau Relais d'entreprises. Ces tiers-lieux hébergent les télétravailleurs à côté de leur domicile, dans des zones péri-urbaines ou rurales. — Photo : Relais d'entreprises