Sophia Antipolis

Énergie

Interview TSE : "Notre canopée photovoltaïque apporte le meilleur de l'énergie et de l'agriculture"

Entretien avec Mathieu Debonnet, président de TSE

Propos recueillis par Olivia Oreggia - 30 novembre 2022

Basé à Sophia Antipolis, c’est en Haute-Saône que la production d’énergie solaire TSE a inauguré sa première ombrière agri-photovoltaïque. Une installation inédite dans le monde selon Mathieu Debonnet, président de l’entreprise qui voit là une double réponse écologique et économique face au réchauffement climatique et aux difficultés énergétiques.

Mathieu Debonnet est le président de TSE, fondé en 2012 à Sophia Antipolis.
Mathieu Debonnet est le président de TSE, fondé en 2012 à Sophia Antipolis. — Photo : Gilles Miras

Présentez-nous TSE, dont le siège est situé à Sophia Antipolis.

Nous sommes un développeur-opérateur de centrales d’énergie solaire. Nous allons franchir la barre des 200 collaborateurs et bientôt 250 au sein du groupe, et réalisons un chiffre d’affaires entre 27 et 30 millions d’euros. A partir de cartographies satellitaires, on identifie et sécurise du foncier, on construit, finance, opère les actifs, c’est-à-dire que l’on vend l’électricité, et on fait la maintenance. Nous avons fait le choix de ne faire que du solaire et uniquement en France, via 8 agences territoriales, un centre de R & D avec une quarantaine d’ingénieurs à Bourgoin-Jallieu en Isère et un siège secondaire à Hyères dans le Var. Nous gérons un parc de 230 megawatts de centrales sur l’ensemble du territoire national.

Et vous venez d’inaugurer la première ombrière agri-photovoltaïque en Haute-Saône. De quoi s’agit-il exactement ?

C’est une première mondiale. Cette canopée protège les cultures sans amener une forêt de poteaux. Situé au-dessus des cultures, le système est léger, autoporté, avec 27 mètres entre deux poteaux. Elle s’étend sur trois hectares mais ce peut être dimensionné à l’infini. À cinq mètres de haut, 5 500 panneaux tournent automatiquement, intégralement pilotés par intelligence artificielle avec des fonctions agricoles. Le matin, par exemple, ils sont inclinés de façon à ce que les plantes captent au maximum les premiers rayons du soleil. Elles sont ainsi protégées du stress hydrique et thermique. L’usage du sol reste le même, les machines agricoles continuent de circuler sans rien modifier à leurs habitudes. C’est une solution avec laquelle on peut tout faire : cultiver du blé, du soja, du maïs, faire du maraîchage, de l’arboriculture, de la viticulture…

Les machines agricoles peuvent circuler sous la canopée agri-photovoltaïque, sans avoir à modifier leurs habitudes.
Les machines agricoles peuvent circuler sous la canopée agri-photovoltaïque, sans avoir à modifier leurs habitudes. - Photo : TSE

Que devient l’énergie produite ?

Nous la réinjectons dans le réseau. Avec l’explosion des prix de l’énergie, nous sommes contactés par de nombreuses entreprises. Nous contractualisons donc avec un certain nombre d’entre elles à des prix extrêmement raisonnables et sur du long terme. Nous pourrions surfer sur le marché et vendre à des prix astronomiques, mais nous sommes convaincus par le sens de notre démarche globale. Nous ne sommes pas des profiteurs de guerre.

Quels sont les avantages pour l’agriculteur qui travaille sous la canopée ?

En plus de la protection des cultures, nous lui payons un loyer et nous nous engageons sur une durée de quarante ans. On amène ainsi un revenu stable et récurrent.

Culture du blé, du soja, maraîchage ou arboriculture, toute activité agricole ou d'élevage peut se faire sous la canopée.
Culture du blé, du soja, maraîchage ou arboriculture, toute activité agricole ou d'élevage peut se faire sous la canopée. - Photo : TSE

Quel est l’investissement pour une telle innovation ?

Cette première canopée a coûté 8 millions d’euros. L’ensemble du programme de recherche et développement dépasse quant à lui les 15 millions d’euros. Le tout est intégralement financé sur fonds propre.

Pourquoi ne vouloir être présent qu’en France ?

Pour l’instant, la France a majestueusement raté sa transition énergétique. Nous n’avons pas vocation à exporter ce système de façon immédiate car le potentiel de développement est absolument considérable sur l’ensemble du territoire, mais nous avons été consultés par les plus grands énergéticiens au monde, par des ministères de l’Agriculture de certains pays.

Pour vous, s’agit-il clairement d’une solution globale, écologique et économique ?

C’est une réponse à une double problématique : l’accélération du réchauffement climatique d’une part, avec ses conséquences sur l’agriculture, et le déclin de nos infrastructures, nos centrales nucléaires, dans un moment où les usages doivent être transférés vers beaucoup plus d’électricité : voitures, pompes à chaleur - les chaudières à gaz et au fioul sont interdites dans les nouvelles constructions depuis cette année - demande d’hydrogène vert pour l’industrie…

Est-ce que la souveraineté énergétique et plus importante que la souveraineté alimentaire et donc agricole ? Non, les deux sont aussi importantes. La canopée propose le meilleur des deux. Alors comment faire pour développer massivement de l’énergie solaire ? Il n’y a quasiment plus de friches donc il faut aller sur des terrains agricoles.

On remet l'énergie au cœur des territoires. A partir de l’électricité verte, on fait de l’hydrogène vert, avec lequel on fabrique de l’ammoniac vert avec lequel on va vers la chimie et les engrais verts agricoles. On peut réindustrialiser des pans entiers de l’économie. Il est temps que la France et l’Europe maîtrisent leur énergie sans dépendre de pays autocratiques.

À Amance en Haute-Saône, TSE a été installée sa première ombrière agri-photvoltaïque sur trois hectares.
À Amance en Haute-Saône, TSE a été installée sa première ombrière agri-photvoltaïque sur trois hectares. - Photo : TSE

Vous visez l’installation d’une vingtaine de canopées d’ici deux ans. Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous commençons une construction en Picardie qui sera essentiellement destinée au maraîchage. Elle sera terminée en avril 2023, l’agriculteur pourra faire ses premiers semis en mai. Deux autres vont être lancées d’ici la fin de l’année : une en Côte-d’Or sur des cultures céréalières et de protéines végétales, une autre en Normandie, au-dessus d’une exploitation d’élevage de vaches laitières. Nous allons élaborer un parcours d’ombrage bien-être, soutenu par un protocole scientifique, en partenariat avec l’Idele, l’Institut de l’élevage, afin d’en étudier les effets sur la production du lait, sur les maladies des animaux…

Vous êtes basé dans les Alpes-Maritimes mais aucune de ces ombrières n’est prévue sur ce territoire…

Il n’y a tout simplement pas de foncier. Entre une pression immobilière très prononcée sur le littoral et les montagnes, c’est très compliqué. Mais le Sénat vient de voter l’obligation de couvrir les grands parkings de panneaux photovoltaïques (à partir du 1er juillet 2023, de façon progressive, sur les parkings de plus de 80 places, NDLR). Dans les Alpes-Maritimes, il y a de grands parkings, notamment sur la zone de Carros. Il y a donc à une capacité à développer une puissance relativement conséquente. Nous allons peut-être ouvrir un potentiel.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition