Alpes-Maritimes

BTP

Interview Spada : « Diversifier nos activités nous permet de diversifier le risque »

Entretien avec Florent Noiray, directeur commercial de Spada

Propos recueillis par Olivia Oreggia - 07 septembre 2020

Florent Noiray, 39 ans, a rejoint il y a quatre ans en tant que directeur commercial le groupe niçois de bâtiment Spada, dirigé par son père et sa tante. Avec lui sont nés de nouveaux relais de croissance qui dépassent la construction et le génie civil, secteurs dans lesquels l'entreprise centenaire est solidement implantée sur la Côte d'Azur.

Florent Noiray est directeur commercial de l'entreprise de Bâtiment Spada. Le MAMAC, Musée d'Art Moderne de Nice est une des nombreuses réalisations du groupe.
Après une première carrière dans l'automobile, Florent Noiray a rejoint l'entreprise familiale de BTP Spada, dont il a pris la direction commerciale et entamé la diversification. — Photo : Charlotte Gamus

Comment se porte le groupe Spada (150 salariés, 29 M€ de CA consolidé) aujourd’hui ?

Florent Noiray : Nous nous adaptons aux mesures sanitaires. Ce n’est pas évident sur les chantiers de travailler avec le masque, mais les compagnons sont courageux et appliquent les règles à la lettre. Tous les chantiers ont repris. L’activité ne s’est pas écroulée du jour au lendemain, les chantiers étaient en cours. L’interrogation porte plutôt sur l’année prochaine. Nous savons que nous aurons un creux dans l’activité lié aux trois mois minimum d’instruction de permis de construire et autorisations d’urbanisme et qui se répercutent généralement six mois ou un an après. La question est : quelle en sera l’ampleur ?

« Nous n’arrêtons pas de préparer l’avenir. »

Pour autant, nous évitons d’être trop défaitistes. Nous avons recruté trois collaborateurs, cadres et techniciens. Nous n’arrêtons pas de préparer l’avenir car nous pensons que c’est dans ces périodes difficiles qu’il faut préparer la suite. Nous ne réduisons pas la voilure. En restant performants et efficaces, nous continuerons à gagner des marchés.

Vous avez entamé, avant la crise, une diversification de vos activités. Qu’en est-il à ce jour ?

Florent Noiray : Depuis que j’ai rejoint l’entreprise il y a quatre ans pour reprendre très progressivement le flambeau de mon père, Pierre Noiray, qui a officiellement pris sa retraite le 1er juillet, et de ma tante (Laure Carladous, par ailleurs présidente de la Fédération du BTP 06, NDLR), qui la prendra dans deux ans, nous réfléchissons en effet à diversifier nos activités et nos sources de revenus pour assurer la pérennité du groupe. L’idée n’est pas forcément de faire de la croissance pour faire de la croissance mais de diversifier le risque.

La diversification géographique de l’activité construction est un des axes. Nous voulons aller chercher des marchés hors des Alpes-Maritimes, dans le Var et les Bouches-du-Rhône, en restant dans une zone de chalandise accessible par rapport à notre base.
Cette diversification passe aussi par le développement d’une activité de promotion immobilière pour nous permettre de maîtriser un peu notre marché, d’alimenter notre outil de production et de créer notre propre activité. Nous avons commencé les premières prospections de terrain l’an dernier. Trouver du foncier est ce qui prend le plus de temps. Nous allons lancer nos premiers programmes en construction fin 2020 ou début 2021.

Cette activité de promotion immobilière, est-ce un nouveau métier à part entière pour Spada ?

Florent Noiray : Oui, même si nous capitalisons sur notre outil historique. Lorsque nous avons dit que nous souhaitions faire de la promotion immobilière, certains sont venus nous démarcher pour travailler avec nous, connaissant notre nom, notre image de marque et nos valeurs. Mais nous l’abordons de manière assez humble. Il nous faut acquérir de nouvelles compétences. Concernant la partie commercialisation, nous ne savons absolument pas faire, nous nous appuyons sur des partenaires extérieurs qui nous aident à démarrer. Nous y allons avec prudence et modestie, d’abord en sélectionnant nos programmes à savoir, pour l’heure, un projet de 12 logements à Vence et un second à Antibes de 4 logements. Des programmes de taille relativement modeste donc, par rapport à notre outil de production et aux ouvrages que nous menons d’habitude en construction.

Nous avons également recruté cet été un directeur développement qui va travailler sur l’autre volet de notre développement, à savoir le développement durable. Là encore, nous souhaitons capitaliser sur nos métiers actuels et historiques, puisque nous exploitons déjà une installation de stockage de déchets inertes à Roquefort-les-Pins (près de Grasse, NDLR) sur une ancienne carrière. Nous allons essayer de nous développer autour de cette activité, de l’économie circulaire, du recyclage de matériaux, éventuellement de stockage de déchets ultimes. Là encore, ça passe par du foncier, ce sont des projets à beaucoup plus long terme.

Est-ce vous qui avez lancé ces projets ?

Florent Noiray : Mon arrivée a été le catalyseur, là où mon père et ma tante se projetaient davantage vers une cession pour assurer la pérennité de l’entreprise. Il y avait d’ailleurs des discussions assez avancées. Quand on est dans cette vision, on n’essaye pas d’imaginer de nouveaux projets. Mon arrivée a permis de se projeter vers de nouvelles activités. Tout ceci est co-construit, en famille. C’est ce qui a déclenché mon envie d’entrer dans l’entreprise alors que cela n’avait jamais été mon idée, ni pendant mes études ni après. Quand je les voyais chercher un repreneur, je me disais que ce serait maintenant ou jamais.
Je me suis longtemps dit que je ne voulais pas faire comme mon père, et après une première carrière professionnelle de dix ans dans l’automobile chez PSA et Renault, j’ai eu la maturité pour me rendre compte de la valeur et de l’importance de l’entreprise, que j’avais envie de faire perdurer.

Dans une structure à taille humaine, qui plus est en famille, j’ai retrouvé du sens, ce que j’avais un peu perdu dans de grands groupes. Et le BTP, c’est très concret. Quand on passe devant un bâtiment, même si on n’a été qu’un acteur du chantier, on se dit toujours « c’est moi qui l’ai fait ». Il y a toujours ce sentiment d’appartenance.

En 1974, Spada signe ce qui est alors le plus important chantier d’Europe : gagner
200 hectares sur la mer pour l'aéroport de Nice.
En 1974, Spada signe ce qui est alors le plus important chantier d’Europe : gagner 200 hectares sur la mer pour l'aéroport de Nice. - Photo : DR

Quelles sont justement les réalisations de Spada les plus importantes à vos yeux ?

Florent Noiray : En se promenant à Nice ou, plus largement, dans les Alpes-Maritimes, on trouve des réalisations Spada tous les 500 mètres. Certaines ont force de symbole, comme l’extension de l’aéroport de Nice sur la mer. C’est une réalisation d’envergure, très technique, qui montre bien le savoir-faire de Spada à l’époque. Il y a les ports de plaisance de la Côte d’Azur, aussi très techniques, qui ont fait un temps la grandeur de l’entreprise. Moins glamour mais aussi très intéressant techniquement et humainement, quand je suis entré dans l’entreprise, je me suis occupé de la station d’épuration de Cagnes-sur-Mer en cours de finalisation.

Au-delà des réalisations, il y a l’impact humain et social. On rencontre souvent des gens dont l’oncle, le frère ou un grand-père a travaillé ou fait un stage un jour dans l’entreprise. Il y a un lien humain très fort. C’est un plaisir de se battre pour quelque chose qui a du sens. Quand on dit entreprise familiale, ça va au-delà de la famille.

Florent Noiray est directeur commercial de l'entreprise de Bâtiment Spada. Le MAMAC, Musée d'Art Moderne de Nice est une des nombreuses réalisations du groupe.
Après une première carrière dans l'automobile, Florent Noiray a rejoint l'entreprise familiale de BTP Spada, dont il a pris la direction commerciale et entamé la diversification. — Photo : Charlotte Gamus

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