Aubagne

Artisanat

Interview Santonniers d’Aubagne : « Les achats en ligne ne compensent pas l'annulation des marchés »

Entretien avec Florence Amy, présidente de l’association des céramistes et santonniers d’Aubagne

Propos recueillis par Didier Gazanhes - 14 décembre 2020

Florence Amy, présidente de l’association des céramistes et santonniers d’Aubagne, qui regroupe une trentaine de membres, revient sur la situation économique des santonniers durant la fin d’année 2020.

Florence Amy, présidente de l'association des céramistes et santonniers d’Aubagne.
Florence Amy, présidente de l'association des céramistes et santonniers d’Aubagne. — Photo : D.Gz.

Les santonniers et créchistes ont été durement secoués à l’approche des fêtes de fin d’année, avec l’annulation de nombreuses foires et marchés de Noël. Comment s’est passée cette année 2020 ?

Florence Amy : 2020 a été très compliquée, marquée par deux périodes d’interruption des ventes. Le premier confinement est tombé à un moment généralement creux pour nos métiers, une période où l’on fabrique les santons. Nous avons tous produit sans penser que nous allions nous retrouver dans la même situation à Noël. Nous avons engagé de l’argent dans la fabrication, dans les salaires. Jusqu’à décembre 2020, nous ne savions pas si nous pourrions ouvrir et si les foires aux santons seraient maintenues. Le marché aux santons et à la céramique d’Aubagne devait ouvrir le 14 novembre pour six semaines. Il n’aura finalement duré que quatre semaines, mais nous avons réussi à maintenir la biennale de l’art santonnier, les 19 et 20 décembre. La foire aux santons de Marseille a également eu lieu, sur le Vieux-Port. Heureusement que d’autres petites foires ont été maintenues, sinon nous aurions perdu 80 % de nos chiffres d’affaires. Dans ma société, Santons Sylvette Amy (260 000 euros de chiffre d'affaires), nous serons en repli de 40 %. Quatre des importants marchés de Noël où nous sommes régulièrement présents ont été annulés : Caen, Annecy, Nice et Valence. Il y a bien sûr une croissance des ventes sur internet, mais l’achat en ligne ne compense pas tout.

Des aides ont été mises en place notamment par la Région Sud, sont-elles suffisantes ?

F.A. : Nous avons sensibilisé les pouvoirs publics et nous sommes remontés jusqu'au ministre délégué aux petites et moyennes entreprises. La Région Sud nous a également soutenus. Les santonniers du territoire devraient bénéficier non seulement d’une aide directe de 2 000 euros versée dès janvier, mais également d’une aide de 500 euros versée à 6 000 petites entreprises contraintes de fermer administrativement, dont notamment les 200 santonniers de la région. À Aubagne, la vingtaine de santonniers présents sur la commune a aussi bénéficié d’une aide de 500 euros pour le règlement des loyers, et la mairie a offert leur stand aux 18 santonniers présents sur le marché. À force de lobbying, nous avons également été classés en secteur S1 bis, ce qui nous ouvre la possibilité d’obtenir une aide de 10 000 euros en cas de baisse significative du chiffre d’affaires. Mais nous attaquons 2021 avec des stocks plus importants que jamais.

Le santon est une activité saisonnière, comment organisez-vous la production tout au long de l’année ?

Nous produisons toute l’année, dès février. Dans notre atelier, nous réalisons près de 20 000 santons de toutes tailles par an. En moyenne, les santonniers comptent trois à quatre salariés en interne et quatre à cinq personnes qui, ensuite, décorent les santons. Aujourd’hui, ce sont souvent des autoentrepreneurs qui interviennent pour plusieurs santonniers. Au total, la vingtaine de membres de l’association fait travailler environ une centaine de personnes. Pour 2021, j’aimerais que l’association finance un audit sur la digitalisation des santonniers. Cela permettrait à chacun d’être plus efficace.

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