Marseille

Collectivités locales

Plus d'un milliard d'euros suspendu à la réorganisation de la métropole Aix-Marseille-Provence

Par iDidier Gazanhes, le 22 décembre 2021

Les financements annoncés par Emmanuel Macron pour faire "Marseille en grand" arriveront-ils jusqu'à la cité phocéenne ? La Métropole Aix-Marseille-Provence, réclamée à cor et à cri par le monde économique en 2016, est aujourd'hui sur la sellette. 1,5 milliard d'euros est suspendu à sa réorganisation et à une remise à plat de ses compétences.

La mobilité et les transports demeure le problème majeur de la métropole Aix-Marseille-Provence.
La mobilité et les transports demeure le problème majeur de la métropole Aix-Marseille-Provence. — Photo : D.Gz.

Si le monde économique avait largement milité pour la constitution d'une métropole par fusion des six intercommunalités existants en 2016, force est de constater que l'actuelle métropole Aix-Marseille-Provence n'a pas comblé les espoirs des chefs d'entreprise. "Nous voulions une métropole pleine et entière, forte, dotée de moyens. Nous souhaitions la fin du Département et des conseils de territoire. Finalement, jusqu'à aujourd'hui rien n'avait été fait. Le mille-feuille administratif s'est doté d'une couche supplémentaire et les frais de fonctionnement n'ont cessé d'augmenter", regrette ainsi Philippe Korcia, président de l'UPE 13. 

Frictions autour de la taxe transport

Les regrets virent parfois en colère, comme en octobre dernier, lorsque Martine Vassal, présidente d'Aix-Marseille-Provence,a lancé l'idée d'augmenter d'un point (de 2 à 3%) la taxe transport payée par les entreprises afin de financer le déficit d'investissement en termes de mobilité. La décision a fait bondir Philippe Korcia : "La taxe transport a été multipliée par trois en dix ans pour atteindre 350 millions d'euros en 2020 et nous sommes toujours dans l'attente de solutions efficaces pour nos collaborateurs. Qu'ont-ils fait depuis toutes ces années avec ces millions d'euros payés par nos entreprises ? Un tiers des chercheurs d'emploi sont contraints de refuser nos propositions faute de transports en commun efficaces", assure-t-il.

Face à la levée de boucliers du monde économique, l'augmentation de la taxe transport a été abandonnée par la métropole. Mais la question de la mobilité n'est en rien résolue. Accepter un poste à Vitrolles ou à Fos-sur-mer quand on habite à La Ciotat demeure une mission quasi impossible... Pour Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix Marseille Provence, le territoire, sans RER, sans liaison rapide entre les centres-villes de Marseille et d'Aix-en-Provence et l'aéroport, aurait plus de quarante ans de retard.

La Métropole doit faire sa révolution pour toucher le pactole de Macron

La mobilité, problème numéro un d'Aix-Marseille-Provence, frein au développement des entreprises et à l'attractivité du territoire, était au cœur des annonces faites par Emmanuel Macron en septembre dernier. Sur les 1,5 milliard de financements prévus pour Marseille, l'Etat s'est en effet engagé à apporter un milliard d'euros pour les projets de transport, dont 250 millions d'euros en subvention publique et 750 millions d'euros en avances remboursables. Une somme capable de faire faire au territoire le saut quantique que Jean-Luc Chauvin appelle régulièrement de ses vœux. Le Président de la République n'a pas hésité à souligner que, selon lui, la collectivité passait beaucoup trop de temps à redistribuer et qu'elle avait du mal à porter des projets. Pour Emmanuel Macron, la gouvernance de la métropole doit évoluer. Une  condition sine qua non à l'intervention de l'Etat pour remettre à niveau la deuxième ville de France. L'aide de l'Etat est ainsi liée à un renforcement de la capacité d'action de la Métropole et à une remise à plat de ses compétences.

Fin des conseils de territoires

Ce sont les conseils de territoires, instances issues des anciennes intercommunalités qui sont ainsi visés en priorité. A la fin octobre, la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, venue rencontrer les édiles du territoire, a clairement annoncé leur suppression. "Il est inutile de les laisser perdurer. L'intercommunalité, c'est la Métropole. Il faut la renforcer", a-t-elle précisé. Une décision qui satisfait le monde économique. Philippe Korcia estime en effet que la suppression des conseils de territoire est également l'occasion de redonner des compétences aux maires. "Le maire est le mandat préféré des citoyens. Il faut lui rendre du pouvoir, sur différents sujets. Nous avons  finalement été entendus avec cinq années de décalage. La suppression des conseils de territoire, prévue dorénavant fin 2022, était pour nous un préalable pour faire de cette Métropole un véritable outil capable d'investir sur le territoire. Pour les entreprises, c'est la fin du jeu de dupe entre les conseils de territoire et l'autorité métropolitaine, auquel nous avons assisté ces cinq dernières années".

Dans le collimateur de l'Etat se trouvent également les enveloppes de compensations reversées par la métropole aux communes. Reversements que l'Institut Montaigne avait pointés du doigt en novembre 2020 dans son document "Construire la métropole Aix-Marseille-Provence de 2030" : "Les revenus perçus par la Métropole demeurent largement inférieurs à ceux collectés pour les communes. Cette différence s'explique en grande partie par les reversements qu'Aix-Marseille-Provence effectue au profit de ses communes membres (plus de 60 % de ses dépenses réelles de fonctionnement, contre 28 % en moyenne pour les Métropoles françaises)".

Pour le document de l'Institut, cette situation limite clairement la capacité de la métropole à porter des projets d'investissement structurants à l'échelle du territoire. "Face à cette situation singulière, une évolution institutionnelle, dotant la Métropole de moyens adaptés, doit être envisagée". Mais les querelles locales, évoquées par Emmanuel Macron comme frein au développement économique concerté du territoire, ont encore la vie dure. Dernier rebondissement en date, la nouvelle maire d'Aix-en-Provence, Sophie Joissains a démissionné fin novembre de son poste de deuxième vice-présidente de la Métropole, accusant la présidente de l'institution, Martine Vassal, d'un double discours à propos des attributions de compensations aux communes et protestant clairement contre la disparition des conseils de territoire et le projet de réduction des versements aux communes.

Gérer la Métropole en mode "entreprise"

Pour le président de l'UPE13, la solution serait clairement d'organiser la collectivité à l'image d'une entreprise. "La Métropole doit se mettre en mode " holding ". Elle a 92 communes à aider à tour de rôle. Il faut que l'antagonisme fort qui règne entre les élus disparaisse. Ce n'est pas parce qu'on est pas le patron d'une holding que l'on perd le pouvoir. Tous les chefs d'entreprises savent cela. Peut-être avons-nous des égo moins forts que ceux de nos élus… Avec un financement d'un milliard d'euros, la Métropole va avoir une force d'emprunt extraordinaire. Elle pourra redistribuer ", insiste-t-il. Reste que pour que les sommes envisagées arrivent vraiment sur le territoire, il faut maintenant faire table rase des éternelles querelles du passé et, comme le dit Jean-Luc Chauvin, que les mots d'amour de l'Etat deviennent enfin des preuves d'amour.

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