Marseille

Création

Interview Laurence Olivier : « La Place de l’innovation est une pépinière différente »

Entretien avec Laurence Olivier, directrice de la pépinière Marseille Innovation

Propos recueillis par Didier Gazanhes - 09 mai 2019

Laurence Olivier dirige la pépinière Marseille Innovation qui existe depuis 1996 et qui accompagne en moyenne chaque année près de 150 start-up au sein de ses différents sites. Depuis septembre 2018, un quatrième espace dédié aux entreprises et monté en partenariat avec le CICI a vu le jour, baptisé : la Place de l’innovation.

Laurence Olivier, directrice de Marseille Innovation.
Laurence Olivier, directrice de Marseille Innovation. — Photo : D.R.

Vous venez d’ajouter la Place de l’innovation à l’éventail de vos pépinières dédiées à l’accompagnement des entreprises innovantes en création (Hôtel technologique à Château-Gombert, Hôtel Technoptic et Pôle Media la Belle de Mai). Pouvez-vous revenir sur ce site ?

Laurence Olivier : La Place de l’innovation est une pépinière différente. D’abord parce qu’elle est située en plein centre-ville de Marseille. Cette pépinière est installée dans d’anciens locaux du CIC. La Banque souhaitait s’adosser à une structure reconnue dans le domaine de l’accompagnement. Nous avons ainsi ouvert une pépinière de 1 500 m² en septembre dernier, après une année de travaux. Un délai qui nous a permis de communiquer en amont sur cette ouverture et de débuter quasiment au complet. Actuellement, la Place de l’innovation compte 24 start-up et quatre partenaires (CIC, User Lab, Fing et Webforce 3). A terme nous devrions arriver à totaliser 28 entreprises que nous accompagnerons sur quatre années… 

Comment se déroule la sélection des projets ? Quels sont les principales raisons de rejet des dossiers ? 

L.O : Nous travaillons sur 450 nouveaux prospects par an. Nous réalisons une première sélection sur dossiers et nous retenons 200 projets que nous rencontrons ensuite pour en retenir 50 nouveaux par an. Les critères  reposent sur l’innovation, la qualité des équipes et la maturité du projet. 50% des porteurs de projet sont issus des sciences de l’ingénieur et 50% ont un profil plutôt management, école de commerce et viennent chercher chez nous des compétences techniques. Il y a dix ans, nous recevions beaucoup de projets liés au transfert de technologie, les choses ont évolué. Nous avons ainsi des créateurs de plus en plus jeunes, mais qui restent à 80% des hommes. 50% des dossiers présélectionnés sont liés à l’industrie numérique, le web, l’IA, le cloud ou l’ingénierie informatique. 20% sont liés aux industries du futur et, enfin, 30% sont positionnés dans le tourisme, la santé ou le maritime. Le rejet est souvent lié à une insuffisante maturité du projet. Nous pouvons ainsi renvoyer les porteurs de projet vers les dispositifs liés à l’ante-création, comme les incubateurs. Il arrive que certains dossiers nous reviennent deux ou trois ans plus tard...

Marseille-Innovation est une sorte de pionnier en termes d’accompagnement à la création, mais depuis ces dernières années les structures ont fleuri : pépinières, accélérateurs de tout style… Comment vous positionnez-vous au sein de cette concurrence nouvelle ?

L.O : Notre approche n’a pas changé et est différente des accélérateurs, par exemple. Notre accompagnement se fait ainsi, tout d’abord, sans prise de participation et il s’étale sur une durée longue de quatre ans. Nous prenons vraiment le temps afin que l’entreprise s’implante durablement dans le territoire et dans son écosystème. En 2018, 471 emplois ont ainsi été créés par nos start-up. De plus, cet accompagnement long permet d’obtenir un taux de survie à 5 ans de 90%. Nous travaillons également dans des lieux, nos pépinières, au sein desquels les entreprises accompagnées s’installent. Ce qui est essentiel afin de créer un véritable réseau entre les porteurs de projets. Nous ne faisons pas d’accompagnement hors-sol. Nous sommes enfin une structure privée, qui a été créée en 1996 par Christian Rey et Pascal Fouache, et dont le budget ne dépend qu’à hauteur de 30% de subventions publiques, notamment les collectivités qui nous soutiennent depuis maintenant 20 ans.

Laurence Olivier, directrice de Marseille Innovation.
Laurence Olivier, directrice de Marseille Innovation. — Photo : D.R.