Région Sud

Tourisme

Enquête La région Sud drague les tour-opérateurs du monde entier

Par Hélène Lascols, le 21 mars 2019

Marseille, la Provence et toute la Région Sud ont accueilli le monde à l'occasion du Salon Rendez-vous en France, plus importante manifestation professionnelle dédiée à la commercialisation de l'offre touristique française, organisée par Atout France. Pour tirer le meilleur parti de cet événement international et hisser les trois destinations Provence, Alpes et Côte d'Azur au rang de destination incontournable au niveau mondial, les acteurs régionaux du tourisme ont déroulé le tapis rouge aux 1 000 tour-opérateurs et journalistes issus de 70 pays venus pour l'occasion.

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En région Sud, l’activité touristique représente 18,9 milliards d’euros de retombées annuelles. — Photo : D.Gz.

Du 14 au 20 mars dernier, Marseille, la Provence et la région Sud ont accueilli le monde à l’occasion du salon Rendez-vous en France 2019. Elles ont profité de cette opportunité unique pour faire valoir leurs atouts touristiques et séduire plus de 1 000 tour-opérateurs et journalistes issus de 70 pays. Un enjeu de taille pour le territoire.

En Région Sud, l’activité touristique représente en effet 18,9 milliards d’euros de retombées annuelles, 12,5% du PIB régional et plus de 140 000 emplois non délocalisables. Et, avec 6 millions de touristes internationaux accueillis, la région se situe au deuxième rang en France au niveau de la clientèle étrangère et enregistre même en 2018 un nombre de nuitées en augmentation (+2,4%) sur ce segment, après une année 2017 déjà exceptionnelle.

Les tour-opérateurs, cible stratégique à séduire

Les acteurs régionaux du tourisme se sont efforcés de montrer en quoi le territoire était une destination incontournable pour la clientèle internationale. « C'est elle qui contribue le plus au développement de notre économie touristique », souligne François de Canson, président du Comité régional de Tourisme (CRT) Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et dans cette conquête, les tour-opérateurs (TO) constituent des partenaires de choix, qui ne demandent qu'à être séduits. « Si on prend l'intermédiation au sens large, 32 % des séjours internationaux en hébergement marchand en région sont en effet intermédiés. On estime à 1,3 million le nombre de séjours internationaux qui le sont, ce total englobant les séjours en hébergement marchand. Les taux d’intermédiation varient de 20 % pour les clientèles européennes à plus de 70 %, voire 80 % pour les clientèles de marchés lointains, comme la Chine ou le Japon », détaille Loïc Chovelon, directeur général du CRT Paca.

« Notre objectif était de casser les habitudes, de montrer que nos destinations se renouvellent et peuvent se "consommer" toute l’année. »

Sachant en outre qu’une telle manifestation sur le territoire fait gagner plusieurs années de promotion internationale, « le CRT a investi en propre 300 000 euros, auxquels il faut ajouter les financements des partenaires Provence Tourisme, l’Office métropolitain de tourisme et des Congrès de Marseille, Atout France et les budgets des départements et offices de tourisme qui ont pris en charge le financement des pré-tours, circuits touristiques à la découverte des plus beaux sites de la région », précise Loïc Chovelon.

Sur les deux jours du salon, 6 500 rendez-vous ont été réalisés entre les destinations de la Région Sud et les tour-opérateurs, 26 parcours thématiques ont permis à 400 TO de découvrir les richesses de la destination régionale. L’expérience « Marseille » a été mise à l’honneur, à travers 5 circuits sur les thèmes du loisir, de la croisière, du tourisme d’affaires, du cinéma et des tournages et des grands événements. « Notre objectif était de casser les habitudes des TO, de leur montrer que nos destinations Provence, Alpes et Côte d'Azur se renouvellent et peuvent se "consommer" toute l’année, qu’elles offrent une diversité d’activités et de paysages infinis sur des distances extrêmement courtes », explique le directeur du CRT. Dans l’espoir que demain les TO programment de nouveaux circuits et des séjours plus longs en région. 

Les acteurs traditionnels se réinventent

Cette stratégie impulsée par les institutions est aussi une réalité quotidienne des acteurs touristiques régionaux, qui n'ont pas hésité à jouer le jeu des pré-tours, à l’image du Bailli de Suffren, qui abrite une résidence, deux hôtels 3 et 4 étoiles et trois espaces de restauration au Rayol Canadel dans le Var, en bord de mer. « Chaque année, nous nous renouvelons : nous organisons des soirées festives, nous proposons le prêt de vélos ou des cours de yoga sur la plage. Cette année, nous avons créé une application proposant des parcours de sport à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement. Nous avons aussi noué des partenariats culturels avec la Villa Noailles, à Hyères, ou la Fondation Carmignac, à Porquerolles, cette dernière étant par exemple mise en valeur au sein de notre hall de réception », détaille Marie Manfra, directrice commerciale et marketing de l’établissement varois. Objectif : conquérir une nouvelle clientèle étrangère, qui a envie de faire du sport, de prendre soin d’elle-même, d’apporter une touche bien-être à ses vacances.

« Les touristes de la génération Z veulent croquer la vie, croquer leurs loisirs, en sachant qu’ils ne reviendront pas au même endroit plus tard. »

Cette nouvelle clientèle étrangère est aussi dans le viseur du directeur général de l’office de tourisme et des congrès d’Antibes Juan-les-Pins, Philippe Baute et ses 40 salariés. Au sein de cette structure institutionnelle qui se vit comme une entreprise, accueillant 100 000 visiteurs annuels pour un volume d'activité de l'ordre de 13 M€, on a compris depuis longtemps qu'il ne suffit plus d’informer le client et qu'il est indispensable de rechercher performance et résultat. « Tout client est aujourd’hui sujet à consommer des choses totalement différentes. C’est la génération Z, "one shot". Ils veulent croquer la vie, croquer leurs loisirs, sachant qu’ils ne reviendront pas. Nous devons donc multiplier nos offres, tout en sachant qu'elles n’ont plus aucune pérennité assurée ! », explique Philippe Baute.

Dans cette logique et à titre d'exemple, le responsable des visites guidées du Cap d’Antibes s’est formé avec un biologiste pour offrir une visite écologique et pédagogique, qui plaît beaucoup aux Scandinaves. Et lors de l’accueil des 19 opérateurs venus en pré-tours, « nous leur avons montré les immanquables, qui forment un composite d'images : dîner sur le port, le Vieil Antibes, vue des remparts sur les montagnes enneigées, bar à absinthe unique au monde, Picasso, déjeuner gastronomique… »

Visite d'ateliers et shopping pour se faire connaître

Aux côtés des professionnels disons traditionnels, de nouvelles offres, quelques fois plus inattendues, ont fait leur apparition et ont profité des pré-tours pour se faire connaître. A l’image de la proposition de Rose et Marius (4 personnes, CA : 500 000 €), première marque de luxe de Provence autour des fragrances, qui a décidé de faire de sa boutique aixoise une destination incontournable des touristes venus visiter la Provence. Pour cela, « nous facilitons l’expérience shopping en boutique, en acceptant de nombreux modes de paiement et en proposant l’expédition en Chronopost international », explique Magali Fleurquin-Bonnard, la dirigeante et créatrice de Rose et Marius. Mais le vrai plus de cette boutique est de « proposer quelque chose de différent, qu’ils ne trouveront nulle part ailleurs. » A savoir des ateliers en français, en anglais, en espagnol, au cours desquels les touristes vont pouvoir fabriquer leur propre bougie parfumée, leur propre parfum d’intérieur.

Toujours du côté d'Aix-en-Provence, le Centre international des arts en mouvement (15 salariés, budget : 1,2 M€), créé en 2013 et dédié aux arts du cirque, a participé pour la première fois de son histoire au salon Rendez-vous en France. Il accueille tout au long de l’année, un festival, des créations et des formations et organise de nombreux événements pour les entreprises, dont certaines ont fait le choix d'être mécènes des lieux. Pour sortir du lot, le centre a développé des ateliers de cohésion d'équipe, de prise de risque ou encore d'intelligence collective, animés par de véritables artistes du cirque. Il cible essentiellement les entreprises qui représentent près de 20 % du budget de l'association, « une part qui va s'accroître », confirme Chloé Béron, la directrice, car « l'engouement est là ».

Pendant une semaine, la Région Sud a montré ses atouts en jouant la carte de la diversité. Elle a aussi déroulé son discours désormais bien rôdé atour de ses trois marques, Provence, Alpes et Côte d'Azur. « Avant le salon, nous avons réalisé une enquête sur les propositions des tour-opérateurs et nous referons la même enquête quatre mois après… Nous espérons que les parcours des tour-opérateurs auront alors changé », confie Loïc Chovelon. Pour mesurer véritablement les premiers effets de cette stratégie de séduction, les professionnels du tourisme de la région devront toutefois attendre encore un an et demi.

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En région Sud, l’activité touristique représente 18,9 milliards d’euros de retombées annuelles. — Photo : D.Gz.