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Interview Jean-Christophe Boisse (IUT Nice Côte d'Azur) : « Notre but est de faire gagner du temps aux entreprises »

Entretien avec Jean-Christophe Boisse, directeur de l’IUT Nice Cote d’Azur

Propos recueillis par Olivia Oreggia - 21 janvier 2020

En 2020, l’IUT Nice Côte d’Azur fête ses 50 ans, l’occasion de lancer de nouveaux projets. Avec 2 600 étudiants, 10 départements et 4 sites répartis dans les Alpes-Maritimes, l'Institut Universitaire de Technologie est l'une des composantes les plus importantes de l'Université azuréenne, et un réel outil pour les entreprises qui se tournent vers lui.

Jean-Christophe Boisse est à la tête de l'IUT Nice Côte d'Azur qui fête ses 50 ans en 2020. Le directeur souhaite développer encore les services aux entreprises.
Jean-Christophe Boisse est à la tête de l'IUT Nice Côte d'Azur qui fête ses 50 ans en 2020. Le directeur souhaite développer encore les services aux entreprises. — Photo : O.oreggia

Présentez-nous l’IUT de Nice.
Jean-Christophe Boisse:  L’Institut a 50 ans cette année. Il a été bâti sur 4 départements historiques - génie électrique, informatique, gestion des entreprises et administrations, et techniques de commercialisation - pour répondre précisément aux besoins des entreprises locales.

Quand les IUT sont nés en France en 1968, c'était expérimental. La volonté était de créer une filière dans l'Université au sein de laquelle les gens pourraient apprendre différemment, en faisant. Les IUT proposent aussi une offre pédagogique différente dans le corps enseignant qui inclut un tiers d’universitaire, un tiers d'enseignant du second degré et un tiers de professionnels extérieurs. Cette répartition n’a pas changé.

Dans cette organisation, quel est le lien entre l’IUT et les entreprises ?

J.-C. B. : Sur les 26 spécialités dispensées dans les IUT en France, nous en organisons 10, choisies en fonction de l'intérêt économique local. A l'instar du DUT informatique qui répondait à une forte demande liée notamment à Sophia Antipolis ou encore les techniques de commercialisation, à Cannes et à Nice, qui adressent le tourisme et l'événementiel. Pour créer une licence professionnelle, nous devons d’ailleurs prouver au Ministère qu'il existe une demande locale et obtenir le soutien des entreprises. Nous procédons à une véritable étude de marché. Si la licence n'atteint pas les niveaux d'insertion immédiate, elle est fermée.

Quelle est la valeur-ajoutée de l’IUT Nice Côte d’Azur par rapport à d’autres IUT de France ?

JC B. : Nous avons choisi de mettre en place un Service relation des entreprises, intégrant la formation continue, il y a plus de 10 ans. Quatre personnes dédiées y travaillent pour proposer des candidatures, écouter les demandes des entreprises afin de faire évoluer les formations... Pour nous c'est important d'avoir cette interface. Nous faisons 600 contrats par an auprès de 450 entreprises. Nous avons choisi de rendre cela aux entreprises en services, nous y consacrons une partie des revenus issus de ces contrats. L’entreprise est exigeante. Si on prétend s’adresser à elle, nous devons encore faire des efforts pour être capables de comprendre ses demandes, nous le savons. Mais nous nous démarquons d’autres écoles et IUT qui n’ont pas ce service-là.

"Nous faisons 600 contrats par an auprès de 450 entreprises."

Quel avantage présente l’alternance ?

J-C. B. : Quand les entreprises acceptent de prendre un alternant, elles participent activement à la formation. C'est là l'intérêt majeur. Au bout de deux ans, le jeune connaît l'entreprise, il a les compétences visées. L'alternance s'est généralisée à toutes les licences professionnelles. Les taux d'insertion sont au minimum à 80% à six mois. Certaines spécialités, comme l’informatique ou le social, atteignent les 100%. Le tissu économique local est plein de diplômés de l'IUT de Nice.

Quelles sont les difficultés dans ce « partenariat » avec les entreprises  ?

J-C. B. : L'immédiateté des demandes est le plus difficile à gérer. Quand une entreprise veut des jeunes qui sachent par exemple programmer en Python, elle les veut tout de suite. Mais les programmes sont nationaux. Nous avons la latitude d’en adapter localement 20% - ce sera 30% dans le bachelor – mais il y aura forcément un décalage le temps que nous les adaptions. Nous comprenons que ce délai ne soit pas "entendable" pour les entreprises.

"Le tissu économique local est plein de diplômés de l'IUT de Nice."

Quelles sont les autres actions concrètes menées pour les entreprises ?

J-C. B. : Nous organisons des job dating en juin et juillet afin que celles qui veulent un alternant puissent venir voir l'ensemble des candidats. Nous allons aussi travailler sur les stages pour les deuxième année de DUT. Les entreprises nous demandent des stagiaires alors qu’il n'y a pas de plateformes efficaces dédiées dans les Alpes-Maritimes. Nous sommes en cours de recrutement pour mettre cela en place. Notre but est de faire gagner du temps aux entreprises. Leur rendre un service supplémentaire.

Vous allez lancez également le projet "Talents pour la Côte d'Azur", de quoi s’agit-il ?

J.-C. B. : Après leur DUT d'informatique ou réseaux et telecoms, beaucoup d'étudiants quittent les Alpes-Maritimes pour intégrer des écoles d'ingénieurs. Or, dans ces métiers-là, il y a une forte tension sur notre territoire. Nous voulons donc mettre en place un service de suivi de ces jeunes dont le profil intéresse les entreprises, pendant les trois ans où ils sont dans ces écoles afin que nos entreprises locales puissent ensuite les recruter. Une centaine de jeunes diplômés en juin dernier de l'IUT sont actuellement répartis dans les écoles sur tout le territoire français. Des entreprises comme Thales, Air France, Orange, Ragni, Tas group ou Bioceanor nous ont déjà assuré de leur soutien. Nous ne demandons pas un soutien financier, mais leur intérêt. Car beaucoup d’entre elles ne pensent pas forcément à nous quand elles veulent recruter des ingénieurs. Nous jouerons encore le rôle d’interface en valorisant le vivier de l'IUT.

Cette année verra aussi la mise en place de la formation continue de courte durée ?

J.-C. B. : La formation continue que nous proposons actuellement se fait sur une année. Or, il y a une forte demande de formations plus courtes. Le gouvernement vient de lancer l'application Mon CPF* (Compte personnel de formation, nouveau droit à la formation qui remplace le DIF, NDLR). Nous essayons nous aussi de nous y adapter. A la rentrée prochaine, nous proposerons donc des modules courts. Par exemple, les agents immobiliers doivent suivre une formation continue d'une durée minimale de 14 heures par an pour obtenir le renouvellement de leur carte professionnelle. Nous pourrons le leur proposer sur une semaine. Cela nous oblige à rester en adéquation avec ce que veulent les salariés, de comprendre au mieux les attentes des entreprises et de rester en phase avec leurs besoins en temps réel.
 

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