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Interview Jaguar Network : « Avec la crise du coronavirus, les géants du Web vont devenir encore plus puissants »

Entretien avec Kevin Polizzi, directeur général BtoB chez Iliad et fondateur de Jaguar Network

Propos recueillis par Nathalie Bureau du Colombier - 24 mars 2020

Depuis le début du confinement lié à l’épidémie de coronavirus, seuls 6 % des 300 salariés de Jaguar Network, hébergeur et opérateur data et internet, travaillent sur les sites français de l'entreprise basée à Marseille. Kevin Polizzi, fondateur et dirigeant de Jaguar Network, par ailleurs directeur général BtoB du groupe télécoms Illiad, revient sur l’organisation de son entreprise.

Kevin Polizzi, fondateur et dirigeant de Jaguar Network.
Kevin Polizzi, fondateur et dirigeant de Jaguar Network. — Photo : D.R.

Le Journal des Entreprises : En tant qu’opérateur télécoms, ressentez-vous une tension sur les réseaux depuis le 17 mars ?

Kevin Polizzi : Oui, l’utilisation des réseaux a augmenté de 25 %. Nous sommes en capacité d’absorber cette croissance significative. Sur ce point, il ne faut pas avoir d’inquiétudes. Les flux professionnels ne consomment pas grand-chose au regard de l’utilisation globale d’internet. Les 19 et 20 mars, YouTube et Netflix ont accepté de réduire de moitié la qualité de leur diffusion, ce qui donne une bouffée d’oxygène aux réseaux. Les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon,  Microsoft, NDLR), qui concentrent à eux seuls 70 % des flux d’Internet, vont devenir encore plus puissants dans le cadre de ce confinement mondial. Les courses se font sur Amazon, les films se regardent sur Netflix, les échanges avec les familles via Facebook… Il y aura un "avant" et un "après" le coronavirus et tout l’enjeu consiste à savoir ce que l’on veut conserver. Les entreprises déjà digitalisées vont moins souffrir que les sociétés traditionnelles.

Comment organisez-vous le travail chez Jaguar Network depuis le 17 mars, premier jour de confinement de la France ?

Jaguar Network emploie 300 salariés à Paris, Marseille, Lyon, Nantes et Annecy. 6 % de mes collaborateurs travaillent encore sur les sites. Ce sont les techniciens des data centers, qui sont équipés et respectent des consignes particulières. Durant toute cette période ils effectueront les actes de gestion à titre gracieux afin de limiter les déplacements de nos clients sur nos data centers. Nous proposons gratuitement aux entreprises de nouveaux outils comme la visioconférence.

La très grande majorité des salariés a basculé en télétravail ce qui impose de nouvelles méthodes de management. Le matin, avant 9 heures, nous nous retrouvons autour de « l’open café » une visio lors de laquelle nous discutons de choses et d’autres, comme si nous étions autour de la machine à café. Durant cette période, nous optimisons nos procédures, consolidons notre relation client et dressons l’état des lieux de notre stratégie. J’anticipe par exemple une petite baisse de moral des équipes la semaine prochaine mais je suis fier d’eux car ils révèlent tout leur professionnalisme. Quant aux plus jeunes, cette situation leur fait prendre conscience de l’importance de notre métier. Nous comptons 1 300 clients dont des opérateurs d’importance vitale, des entreprises sensibles.

Vous avez présenté le 5 mars un grand projet à 100 millions d'euros d’aménagement d’un futur campus du numérique dans les quartiers nord de Marseille appelé "Théodora". Les banques continuent-elles de vous suivre ?

Oui bien sûr, nous poursuivons la réalisation du projet avec un décalage de trois à six mois mais qui n’aura aucun impact, y compris sur le financement. Les banques prennent la mesure de mener à bien un projet tel que "Théodora". Le BTP risque d’être confronté à des difficultés au redémarrage mais nous avons prévu de concevoir des modules préfabriqués, ce qui permettra de pallier le manque de main-d’œuvre disponible.

Quel regard portez-vous sur ce qui se passe en Provence-Alpes-Côte d’Azur ?

Je suis heureux que la Banque centrale européenne déploie un plan massif de soutien à l’économie. Et que la Région Sud apporte son soutien aux entreprises régionales après avoir épaulé, juste avant l’épidémie, les sociétés affectées par les grèves sur le port de Marseille. En revanche, je suis inquiet pour nos sous-traitants de l’industrie et nous devons leur tendre la main pour ne pas couler. Le groupe Iliad (dont Jaguar Network fait partie, NDLR) a annoncé une initiative de solidarité en faveur des sous-traitants TPE et PME qui l’accompagnent au quotidien. Pour soulager leur trésorerie, le groupe s’engage à̀ payer immédiatement leurs factures en cours sans attendre le délai de 45 jours fin de mois.

Kevin Polizzi, fondateur et dirigeant de Jaguar Network.
Kevin Polizzi, fondateur et dirigeant de Jaguar Network. — Photo : D.R.

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