Iter : 2027, sous le "petit soleil" de Haute-Provence

Par Laurie Maneval, le 01 février 2013

ENERGIE L'inauguration du siège d'Iter à Saint-Paul Lez-Durance, dans l'enceinte du CEA de Cadarache, a été l'occasion de faire le point sur l'avancée des travaux.
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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le projet Iter de réacteur international de fusion thermonucléaire expérimental entre désormais dans une phase de réalisations. Avec l'accident nucléaire de Fukushima, les contestations en justice lors de l'attribution de marchés dans le cadre d'appels d'offres internationaux aux montants colossaux, les difficultés budgétaires... Iter a pris deux ans de retard sur le programme initial. Mais, en ce début d'année 2013, un grand nombre de chantiers sur le site ont été menés à bien. À commencer par le siège d'Iter Organisation, imposant bâtiment sombre, conçu par les architectes Riciotti et Bonhomme. « Dans les étages de ce bâtiment, des physiciens, des ingénieurs, des techniciens nourrissent de leur savoir, de leur énergie, de leur créativité, l'une des plus grandes collaborations scientifiques de tous les temps, une entreprise qui pourrait infléchir le cours de notre civilisation, estime Osamo Motojima, le directeur général d'Iter. Huit ans se sont écoulés depuis la création officielle d'Iter Organisation et, il y a deux ans la construction de l'installation a véritablement commencé. La maîtrise de l'énergie de fusion n'est plus un rêve c'est un objectif. Créer un petit soleil n'est toutefois pas chose aisée ».




Iter Organisation : un siège pour sept

En effet, l'Europe, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis sont impliqués dans ce programme de recherche. Mais le "petit soleil" ne verra pas le jour avant 2027 au mieux. En effet, les travaux d'aménagement du site et de l'installation des différents composants dont le fameux réacteur (tokamak) devraient durer près de sept ans. À quelques mètres du siège, une imposante fosse de 120 mètres de long pour 40m de large a été creusée et renforcée par d'épais murs de soutènement. La dalle constituant les fondations a été coulée. Le système de protection parasismique est en place, composé de 493 colonnes dotées de patins à l'épreuve des tremblements de terre Les travaux de réalisation d'une deuxième dalle devraient débuter en ce début d'année. La construction du complexe Tokamak, le coeur du système, va pouvoir commencer. Le consortium composé de Vinci, Razel Bec et Ferrovial s'est vu confier, en décembre dernier, les travaux de génie civil du complexe pour 300M€. La fabrication des premiers éléments de la machine a débuté et les premières pièces de ce puzzle international sont attendues sur le site en 2014. Derrière la fosse, un imposant hangar couleur ocre vient tout juste d'être achevé. Compte tenu de l'importance des cinq aimants annulaires destinés à créer le champ poloïdal, ces pièces seront directement construites dans cet atelier. Seule une sixième bobine de taille plus modeste construite par les Russes arrivera par la route. Au total, d'ici 2020, 39 bâtiments doivent être édifiés sur la plate-forme Iter. « Les enjeux sont considérables en terme d'emploi. Nous allons accueillir 2.500 salariés chargés de la construction d'Iter. De nombreuses entreprises vont s'installer. Nous devons faire face également à l'enjeu du logement, avec deux catégories de personnels : d'un côté, les chercheurs qui résideront longtemps dans notre région, et de l'autre, les travailleurs présents seulement pendant la durée du chantier », explique Hugues Parant, préfet de la région Paca. De son côté, le conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur a décidé d'accompagner l'implantation du projet international par une contribution financière de 152M€, dont 55millions pour la construction de l'école internationale de Manosque, qui accueille les enfants des personnels étrangers.




16milliards d'euros

Pour l'Europe, qui abonde à hauteur de 6,6milliards d'euros à ce projet d'un coût global évalué à 16milliards, l'année 2013 s'avère être une année charnière. Le commissaire européen à l'énergie Günter H. Oettinger, présent à Cadarache, s'est dit optimiste quant à la capacité de Bruxelles à « résoudre les difficultés financières ». Depuis la fin 2011, le budget annuel d'Iter fait l'objet d'un vote par le parlement européen à raison de 650M€ par an, ce qui n'est pas sans poser quelques inquiétudes pour les sous-traitants. « Une décision du Conseil européen et du Parlement européen devrait se prononcer en février sur un programme multi-annuel jusqu'en 2020 ». De son côté, La France s'est engagée à hauteur d'1,2milliard jusqu'en 2017. « J'ai augmenté le budget pour les trois ans à venir de 100M€ par an et je compte sur un vote positif de l'Europe le mois prochain pour bénéficier d'une vision pluriannuelle, car nous avons besoin de constance », a souligné Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

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