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Interview Fédération BTP du Var : « Si les chantiers redémarrent, ce sera très progressivement et de façon très limitée »

Entretien avec Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var

Propos recueillis par Hélène Lascols - 23 mars 2020

Suite à la polémique entre les fédérations professionnelles du BTP et le ministère du Travail sur la continuité ou non de l’activité des chantiers de construction, Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var, a rencontré le préfet du Var. Il revient sur les réponses qu’il a pu obtenir.

Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var.
Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var. — Photo : Fédération du BTP 83

Le Journal des Entreprises : Concernant les demandes d’activité partielle pour le secteur du BTP, quelle réponse avez-vous obtenue de la part du représentant de l’État dans le Var ?

Jean-Jacques Castillon : Les demandes faites par les entreprises sont traitées par la Direccte dans le Var et les entreprises de BTP peuvent recourir à l’activité partielle : il n’y a pas de veto de la part de la Direccte pour instruire les demandes du BTP. Il faut toutefois noter que les temps de réponse sont longs en raison d’un nombre important de demandes : 10 millions d’heures toutes activités confondues en Région Sud à ce jour (vendredi 20 mars, NDLR).

J’attire l’attention des dirigeants d’entreprise sur un point : les dossiers déposés ne doivent pas être basés exclusivement sur le risque lié au virus et ses conséquences directes sur vos salariés et votre gestion. Ils doivent viser la stricte réalité, à savoir l’impossibilité de travailler qui découle des fermetures de chantier par certains maîtres d’ouvrage, de la rupture des approvisionnements par les fournisseurs, de la cessation d’activité, pour les gros chantiers, des coordinateurs en matière de sécurité et de protection de la santé et plus généralement de la maîtrise d’œuvre, interdisant de continuer le chantier sous peine d’infraction.

"Les dossiers déposés (pour demande de chômage partiel) doivent viser la stricte réalité, à savoir l’impossibilité de travailler."

Pour tous ces cas de figure, je demande à mes adhérents de demander des preuves et de les conserver en cas de contrôle a posteriori. Enfin, je leur conseille de ne pas mettre tout leur effectif en chômage partiel et d’exclure du dispositif les salariés pouvant télétravailler et ceux occupant des postes isolés (atelier, entretien de véhicules…)

Alors que le gouvernement a insisté pour maintenir une activité jugée essentielle, quelle position sera adoptée par les entreprises varoises du BTP ?

J.-J.C. : Sur le plan pratique, la fédération du Var a repris à son compte la position des organisations professionnelles du BTP au plan national : la suspension provisoire de chantier doit permettre d’étudier les possibilités de reprise. C’est la seule posture possible à ce jour pour valider le dispositif d’activité partielle qui permet d’envisager cette période difficile avec un peu moins de pression économique pour se consacrer au volet technique et sanitaire.

Nous avons donc convenu que les chefs d’entreprise allaient mettre à profit cet arrêt d’activité provisoire pour réfléchir au cas par cas aux modalités d’une reprise très progressive d’activité en prenant en compte toutes les contraintes auxquelles ils sont confrontés sur chaque situation de travail : réticences voire refus des salariés, chaîne d’approvisionnement dégradée et imposant de fortes contraintes pour les commandes, difficultés à remobiliser tous les interlocuteurs de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre, manque d’équipements de protections pour éviter les risques de contagions, etc.

Un guide national sera édité pour le 24 mars et nous avons l’engagement de Direccte pour aider à travailler à sa déclinaison dans le Var. Nous sommes d’accord pour réfléchir à un redémarrage mais ce redémarrage se fera très progressivement et de façon très limitée en raison de la dégradation de l’ensemble de la chaîne économique de la construction.

Je veux enfin rappeler que le BTP dans le Var, c’est 22 500 salariés, près de 10 000 artisans seuls, 2 500 équivalents temps plein en intérim et environ 50 000 intervenants, partenaires de l’acte de bâtir. Soit un total de 85 000 actifs. Si l’activité devait reprendre pour moitié, il nous faudrait 42 500 masques adaptés, devant être remplacés toutes les 4 heures, soit 85 000 masques par jour, et 425 000 par semaine. Il nous faudrait aussi 42 500 paires de gants étanches par jour mais aussi 75 ml de gel hydroalcoolique pour la moitié d’entre eux tous les deux jours, soit environ 4 000 litres de gel hydroalcoolique par semaine.

"Si l’activité devait reprendre pour moitié, il nous faudrait 42 500 masques adaptés, devant être remplacés toutes les 4 heures, soit 85 000 masques par jour, et 425 000 par semaine."

À l’issue de votre rencontre avec le préfet du Var, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

J.-J.C. : Si nous avons obtenu des éclaircissements, il n’en reste pas moins que la pression du gouvernement pour faire reprendre le travail au BTP est en totale contradiction avec le message présidentiel du 16 mars au soir. Il est choquant de constater que le gouvernement donne la priorité aux considérations économiques avant les considérations sanitaires et la protection des personnes.

"Il est choquant de constater que le gouvernement donne la priorité aux considérations économiques avant les considérations sanitaires."

Les chantiers sont-ils une activité de première nécessité à la vie de la Nation en cette période ? La question mérite d’être posée alors que l’État, maître d’ouvrage du chantier de Notre-Dame de Paris, a fermé ce chantier le 17 mars.

Et, alors que l’on ne peut ni se rendre en forêt, ni à la plage, comment peut-on demander aux ouvriers du BTP de retourner travailler et comment rassurer les salariés mais aussi le dirigeant quant à son exposition à des poursuites de son personnel en cas d’infection par le virus ?

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