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Coronavirus : dans le Var, les acteurs du BTP se sentent "trahis" par le gouvernement

Par Hélène Lascols, le 20 mars 2020

Touchées par les conséquences de l’épidémie de coronavirus Covid-19 et du confinement, les entreprises du BTP du Var et leur fédération locale montent au créneau pour demander une position claire de l’État. Le chômage partiel peut-il bénéficier aux entreprises du BTP ou doivent-elles reprendre le travail au mépris des consignes sanitaires?

Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var.
Jean-Jacques Castillon, président de la Fédération du BTP du Var. — Photo : Fédération du BTP 83

Alors que la polémique enfle entre les fédérations professionnelles du BTP et le ministère du Travail sur la continuité ou non de l'activité des chantiers de construction, les entrepreneurs du BTP varois ne savent plus sur quel pied danser et ne sont pas loin de penser que le gouvernement les a "trahis".

À titre personnel, le président de la fédération du BTP du Var, Jean-Jacques Castillon, a fermé son entreprise SNTC, à Salernes (Var), pour 15 jours, précisant qu’il ne voulait « prendre aucun risque pour ses salariés ou son statut de dirigeant. » Pour le secrétaire général de la Fédération du BTP du Var, Cyril Bolliet, estime que plus des trois quarts des entreprises sont arrêtées, mais que les travaux d’urgence et petits chantiers ont été maintenus. « Une entreprise d’électricité m’a rapporté que son fournisseur direct constatait que 80 % de ses entreprises clientes étaient à l’arrêt. Ça donne une idée ! », ajoute-t-il.

Dans ce contexte, les propos du gouvernement passent mal : le ministère de l’Intérieur indiquant qu'il « est bien évidemment admis que les personnes qui exercent une activité qui les oblige à travailler en extérieur (chantier de BTP notamment) doivent la poursuivre », ou la ministre du Travail qui a dénoncé le « manque de civisme » des entreprises de bâtiment qui ont décidé de cesser toute activité.

Des entrepreneurs du BTP déstabilisés

« Nos entreprises sont accusées d’arrêter trop hâtivement leurs chantiers pour profiter du dispositif d’activité partielle. Les accusations sont inacceptables et honteuses. Les dirigeants du BTP varois sont totalement déstabilisés après avoir mis en priorité la santé de leurs salariés et avoir, malgré eux, fermé leurs entreprises et les voilà menacés de ne pas pouvoir bénéficier du soutien de l’État au motif de la nécessaire poursuite de l’activité économique de la Nation. A-t-on seulement pensé à nos salariés ? sont-ils des salariés de seconde zone ? Selon la Direccte, la situation n’est pas stabilisée pour le chômage partiel dans le BTP. Cette situation est vécue comme une trahison », déplore Jean-Jacques Castillon.

« Les dirigeants du BTP varois sont totalement déstabilisés après avoir mis en priorité la santé de leurs salariés et avoir, malgré eux, fermé leurs entreprises. »

Depuis l’intervention du Président de la République le 16 mars instaurant le confinement généralisé, les SMS et appel affluent en nombre vers la Fédération du BTP du Var. Pour répondre à leurs interrogations, Jean-Jacques Castillon a sollicité une audience auprès du Préfet du Var et travaille de près avec la Direccte et se mobilise pour sécuriser la procédure d’activité partielle.

« Nous réclamons une position claire. Nous avons besoin d’une parole qui les (entrepreneurs du BTP, NDLR) rassure et sans ambiguïté sur le soutien de l’État et sur le bénéfice des outils qu’il déploie pour soutenir l’économie et l’emploi. Nous demandons au Préfet du Var qu’il indique clairement si le chômage partiel peut bénéficier au BTP ou si les entreprises doivent reprendre le travail au mépris des consignes sanitaires. La question de la responsabilité devra également être clairement posée et assumée par l’État. L’inquiétude est certaine mais notre combativité pour faire entendre raison à nos interlocuteurs est intacte », rappelle le président de la fédération varoise.

La responsabilité de l’État en question

La Fédération du BTP du Var fait aussi savoir que si ses entrepreneurs et ses salariés repartent au travail, elle demande que l’État assume ses responsabilités : « d’un côté, il ne souhaite pas que des amis puissent aller faire du sport ensemble et de l’autre, il accepte que des salariés se retrouvent tous ensemble sur un chantier. Mardi (17 mars, NDLR), des policiers et des gendarmes arrêtaient certains chantiers. C’est ubuesque et ce serait même risible si la situation n’était pas dramatique », affirme Cyril Bolliet.

Et puis, si les entreprises du BTP reprennent le travail, il faudra aussi rouvrir les chantiers, notamment fermés par de nombreux maîtres d’ouvrage publics, les magasins d’approvisionnement en matériaux, les centrales à béton, etc. Enfin, le secrétaire général s’interroge sur la manière dont les entreprises peuvent respecter les règles sanitaires de protection : « nous n’avons ni masque, ni gel hydroalcoolique et c’est compliqué pour les salariés d’un chantier de se laver les mains régulièrement. En outre, ils n’occupent pas de postes fixes et ils sont finalement les premiers à avoir du mal à comprendre pourquoi on leur demande de travailler et de se confiner une fois rentrés chez eux. »

Face aux impératifs sanitaires, la fédération varoise demande, outre une position claire, dix jours de répit pour identifier sur quels chantiers il est possible de maintenir le travail.

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