Réseaux économiques

Interview "Après une première implantation à Toulon, Défense Angels va créer d’autres antennes en régions"

Entretien avec Guy Gourevitch, président de Défense Angels

Propos recueillis par Hélène Lascols - 16 décembre 2022

Créé par Guy Gourevitch et François Mattens en octobre 2021, Défense Angels vient d’ouvrir sa première antenne locale à Toulon. Le premier réseau de Business Angels en Europe dédié aux technologies et applications stratégiques apportant des solutions souveraines pour la Défense et la sécurité, prévoit déjà d’ouvrir d’autres antennes territoriales en 2023.

Guy Gourevitch, président de Défense Angels
Guy Gourevitch, président de Défense Angels — Photo : DR

Pour quelles raisons avez-vous décidé de créer un réseau thématique dédié à la Défense ?

Étant moi-même ancien président de France Angels, je suis bien placé pour savoir que notre réseau est très bien implanté en régions avec 65 réseaux actifs. Sous ma présidence, nous avons commencé à développer des réseaux sectoriels (mer, santé, cosmétique, etc.) pour regrouper des investisseurs sensibilisés et expérimentés sur chaque secteur. L’intérêt principal de ce découpage sectoriel est de former une structure globale avec des réseaux d’experts et des réseaux généralistes et de favoriser ainsi le co-investissement.

L’idée de créer le réseau Défense Angels a émergé à la lecture d’un rapport de la commission Défense de l’Assemblée nationale datant de la fin d’année 2021. Ce rapport était un appel au secours constatant que les entreprises de la Base industrielle et technologique de Défense (BITD) et que les entreprises souhaitant accéder aux marchés de la Défense avaient un mal fou à trouver des financements, des fonds propres, comme des crédits. Les banques sont en effet très frileuses à investir dans ce secteur pour des raisons de réglementation, mais aussi pour des raisons d’image.

Un an plus tard, pourquoi créez-vous une antenne à Toulon ?

Je souhaite donner une assise territoriale et nationale à Défense Angels et ce n’est pas un hasard si nous avons choisi Toulon pour y implanter notre première antenne, couvrant la région sud. Toulon abrite le premier port européen de projection, une base navale qui est une ville dans la ville, un important tissu économique de Défense. Nous avons pu constater cette richesse et le potentiel d’innovation des entreprises locales lors des journées consacrées au secteur de la Défense en juillet dernier et depuis, nous avons préparé ce lancement avec Var Business Angels et l’agence de développement économique de la métropole toulonnaise, TVT Innovation, qui a facilité notre installation. Désormais, nous allons travailler à développer un écosystème financier autour de l’industrie de Défense.

En 2023, d’autres antennes locales pourraient voir le jour à Bordeaux, Toulouse, Rennes, Strasbourg.

Quelles cibles Défense Angels adresse-t-il ?

Défense Angels adresse les technologies stratégiques ou celles qui relèvent de la souveraineté. Rien qu’au sein de la BITD, il existe plus de 4 000 entreprises. Mais nous pouvons aussi financer toutes les sociétés qui ont développé des technologies qui peuvent avoir des applications dans la défense et la sécurité.

Il y a un vrai marché, qui justifie la création de ce réseau thématique et beaucoup d’investisseurs se sont montrés intéressés.

Quel bilan dressez-vous de la première année d’activité de Défense Angels ?

Défense Angels a vu le jour en début d’année 2022. En moins d’un an, le succès est considérable. Nous avons reçu plus de 125 dossiers et 50 investisseurs ont adhéré.

Alors que le président Emmanuel Macron a rappelé la nécessité de financer l’innovation de Défense et l’effort de guerre dans un contexte géopolitique et économique tendu, nos business Angels ont joué leur rôle en participant à trois levées de fonds, bouclées par trois start-up françaises : EOS Technologie (Nouvelle-Aquitaine) a levé un total de 2,5 millions d’euros pour ses drones à voilure fixe aux caractéristiques novatrices ; Opus Aerospace (Île-de-France) a levé 1,4 million d’euros pour développer des engins spatiaux et des lanceurs légers afin d’accélérer l’exploration spatiale ; Snowpack (Île-de-France), spin-off du CEA, a bouclé un financement de plus de 2 millions d’euros avec sa solution basée sur l’anonymisation de l’ensemble des flux internet.

"En une année, nous avons investi dans trois start-up françaises."

Le succès est au rendez-vous mais nous devons aller encore plus loin car les besoins de financement sont vraiment importants. Ces besoins avoisinent bien souvent des montants compris entre 1 et 3 à 4 millions d’euros.

Quels sont vos objectifs pour l’année 2023 en région Paca ?

Nous essayons de rester raisonnables : nous voudrions financer 3 à 5 belles start-up en région Paca, compter une bonne vingtaine de business Angels et renforcer les liens avec l’écosystème local : TVT Innovation, la Région, les fonds régionaux, le cluster System Factory, les pôles de compétitivité et incubateurs.

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