Région Sud

Mécénat

Interview Admical : "Marseille et la région Sud sont un laboratoire d'initiatives collectives de mécénat"

Entretien avec Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical

Propos recueillis par Hélène Lascols - 17 mai 2021

Selon le dernier baromètre du mécénat d’entreprise en France publié par l'Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical), la région Sud Paca comptabilise seulement 2,7 % d’entreprises mécènes. Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical, avance un certain nombre de raisons territoriales et note une dynamique collective forte, porteuse d’avenir pour le mécénat.

Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical.
Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical. — Photo : Admical

Selon votre enquête, seulement 2,7 % des entreprises de la région Sud Paca ont des actions de mécénat. Comment analysez-vous ce chiffre ?

Ce chiffre est très étonnant, il est l’un des plus faibles des treize régions françaises, juste avant la Corse. Il est le résultat d’une enquête que nous réalisons tous les deux ans. J’y vois plusieurs raisons, et la première est que beaucoup de dons ne sont pas forcément déclarés en région. Par ailleurs, la région Sud ne compte que très peu de grandes entreprises et les actions locales de grands groupes comme Total ou EDF, qui sont réelles sur notre territoire, sont comptabilisées au niveau national puisque leurs sièges sociaux sont à Paris. Enfin, nous remarquons également que la ville de Marseille, en particulier, abrite de nombreuses entreprises familiales qui font du mécénat sans le savoir, qui mènent des actions de charité, là encore pas forcément déclarées. La Fondation de France Méditerranée explique aussi cette faiblesse du mécénat privé par un soutien plus important qu’ailleurs des institutions publiques.

Il est toutefois important de souligner que le mécénat progresse puisqu’entre 2010 et 2018, le nombre d’entreprises ayant déclaré des dons en Paca a été multiplié par 3,7. Quant au montant des dons déclarés, il a été multiplié par 3,3, atteignant 55,4 millions d’euros.

La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur le mécénat ?

Indéniablement, oui, et à double titre. Nous avons constaté une accélération de l’envie d’agir. Ainsi des PME comme Villages Clubs du Soleil ont ouvert des chambres, au sein de leurs hôtels, pour accueillir des SDF. Le parfumeur marseillais Corania s’est lancé dans la fabrication de gel hydroalcoolique. Beaucoup d’entreprises se sont révélées grâce au Covid. Nous constatons aussi que 72 % des entreprises qui font du mécénat ont maintenu leurs actions de mécénat.

Concernant la destination des fonds, l’aspect social est revenu en tête, passant devant la culture. Néanmoins, la culture n’est pas pour autant délaissée et est même très souvent soutenue dans la perspective de sa réouverture. À titre d’exemple, le Festival international de piano de La Roque d’Antheron a récemment levé 20 000 euros en moins de deux semaines en financement participatif.

Quels sont les leviers pour développer le mécénat ?

Les initiatives collectives se développent de plus en plus et, à ce titre, Marseille est même devenu un vrai laboratoire à l’échelle nationale. La cité phocéenne abrite de nombreuses initiatives, qui agrègent institutions publiques et entreprises pour mener des projets de solidarité.

Qu’il s’agisse de l’Épopée, un tiers lieu porté par l’association Synergie Family, du mouvement Entrepreneurs pour la planète en faveur de la protection de l’environnement, mais aussi du Digital Art Club dans le domaine des arts numériques ou de la récente Fondation de Marseille, tous ces collectifs permettent de mutualiser des compétences, des expertises et des moyens. Les dirigeants y retrouvent une dynamique collective forte, ils ont le sentiment de participer à une aventure, d’être acteurs de projets plus grands. Ces exemples, en favorisant l’émulation collective, constituent l’avenir du mécénat car ils permettent de dépoussiérer l’image du mécénat et de donner l’envie à des entreprises de mettre le pied à l’étrier.

Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical.
Catherine Gineste, déléguée régionale Grand Sud d’Admical. — Photo : Admical

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