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Interview SpaceFounders France : "Une vingtaine de licornes européennes du spatial devrait émerger"

Entretien avec Lucie Campagnolo, directrice générale de SpaceFounders France

Propos recueillis par Philippe Kallenbrunn - 23 septembre 2022

Lancé en 2021, le programme SpaceFounders soutient des start-up européennes du spatial. Basée à Toulouse, Lucie Campagnolo, sa nouvelle directrice générale en France, veut l'ancrer dans le temps, accroître sa visibilité et rassembler une communauté d'intérêt autour du spatial européen.

Lucie Campagnolo est la nouvelle directrice générale de SpaceFounders France depuis le 1er septembre 2022.
Lucie Campagnolo est la nouvelle directrice générale de SpaceFounders France depuis le 1er septembre 2022. — Photo : Vanessa Madec

Après une carrière au Medes, l'Institut de médecine et de physiologie spatiales, filiale du Cnes, vous avez été nommée directrice générale de SpaceFounders France le 1er septembre 2022. Comment en êtes-vous venue à accompagner des start-up du spatial  ?

J'ai quitté le Medes l'année dernière pour lancer ma société de conseil. Elle aidait les start-up du spatial à obtenir des fonds publics. Mon premier client a été SpaceFounders, que j'ai rejoint d'abord en tant que consultante puis, en février 2022, en tant que directrice des programmes. Les entrepreneurs du spatial sont obligés de nourrir des projets technologiques très créatifs, des projets fous, et c'est ce que j'aime.

Quelle est la mission de SpaceFounders ?

SpaceFounders est un programme européen créé en avril 2021 par le Cnes et le programme d'entrepreneuriat de l'Université de la Bundeswehr de Munich. La France et l'Allemagne en sont à l'origine mais nous allons incorporer d'autres pays européens au fur et à mesure. La mission de SpaceFounders est d'aider les entreprises de la la "spacetech" (technologies reposant sur l'exploitation des données spatiales, NDLR) européenne. Nous accompagnons aujourd'hui deux promotions de dix entreprises chacune, dont la moitié sont françaises. Nous faisons le lien entre les entrepreneurs, les investisseurs et les institutions spatiales européennes, afin que tous se comprennent et parlent le même langage. Nous ouvrons les candidatures de la prochaine promotion à la mi-octobre, pour une sélection fin novembre et un programme d'accélération de janvier à mars 2023.

Quelles sont les problématiques rencontrées par les start-up de la spacetech en Europe ?

Il y a l'enjeu technologique, bien sûr, mais c'est là qu'elles sont les meilleures. Il y a l'enjeu du contexte politique duquel on ne peut jamais dissocier le spatial, notamment au regard des programmes spatiaux extrêmement ambitieux des États-Unis et de la Chine. Et puis il y a l'enjeu économique. De nombreux projets sont basés sur des infrastructures spatiales, c'est-à-dire du matériel qui part dans l'espace. Ils demandent beaucoup de recherche et de développement, des tests en orbite pour qualifier le matériel, une place sur un lanceur etc. Les besoins de financement des entreprises sont très importants avant un retour sur investissement qui n'interviendra qu'à un horizon lointain. Or, la puissance publique ne peut pas supporter ces besoins à elle seule et les fonds d'investissement, même les fonds deeptech, n'ont pas l'habitude de ces temporalités. C'est la difficulté de cet écosystème. Le point positif, c'est qu'il y a un énorme intérêt pour la spacetech et que certaines technologies, comme Galileo, sont stratégiques pour l'Europe.

Des licornes du spatial vont-elles émerger en Europe ?

Trois entreprises se détachent déjà. L'allemand Isar Aerospace (construction de fusées), l'italien D-Orbit (logistique spatiale) et le finladais Iceye (constellations d'observation de la Terre). Nous avons énormément de start-up en devenir. Parmi les françaises, le francilien Exotrail (opérateur de mobilité spatiale) ou le rennais Unseenlabs (technologie satellitaire pour la surveillance maritime) sont en forte croissance. Il n'existait pas de start-up de cette taille chez nous il y a encore quatre ou cinq ans. Une dizaine d'entreprises par pays européen suivent cette trajectoire. Nous devrions voir émerger une vingtaine de licornes spatiales européennes.

Et en Occitanie ?

Il y a une très forte concentration d'entreprises du spatial dans la région, à l'instar de Kinéis et de Loft Orbital. De plus en plus d'entreprises étrangères s'installent d'ailleurs à Toulouse, comme Pangea Aerospace (Espagne) qui y a ouvert sa filiale. Et c'est aussi là le rôle de SpaceFounders. La formation que nous offrons aux entrepreneurs sélectionnés comprend en effet des semaines intensives en présentiel dans différentes capitales du spatial européen. Et nous organisons deux fois par an une semaine à Toulouse pour dix entreprises étrangères.

Quelle est votre feuille de route ?

Ma mission est d'ancrer notre programme dans le temps, de rassembler une communauté de personnes qui veulent contribuer au soutien de la maîtrise spatiale européenne et d'accroître notre visibilité en ne laissant aucune région de côté. Il n'y a aucune raison pour que nous ne soyons pas aussi connus en Lettonie qu'en France. Parce que nous ouvrons les portes de notre écosystème à des entreprises étrangères, nos entreprises françaises pourront conquérir des marchés hors de nos frontières. Le spatial n'est pas un marché local.

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