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Spatial

Nexeya et le CNES investissent dans un premier nanosatellite commercial

Par Agnès Baritou, le 18 mai 2017

Le marché des nanosats est estimé à 800 millions de dollars dans les dix prochaines années. Le CNES et l'industriel Nexeya lancent le développement d'un démonstrateur, qui sera envoyé en orbite en 2019. Son objectif : collecter des données pour le système Argos.

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Ça y est ! Le CNES se lance concrètement dans le soutien à l’émergence d’une filière nanosatellites française. L’agence avait déjà créé il y a un an le Club Nano, pour fédérer les acteurs universitaires, industriels et de la recherche intéressés par ces satellites de petites dimensions, qui facilitent l’accès au spatial. Aujourd’hui, le CNES s’associe avec l’industriel Nexeya pour co-développer un démonstrateur, intitulé ANGELS (Argos Neo on a Generic Economical and Light Satellite).

Collecter de données

Ce nanosatellite sera envoyé en orbite fin 2019, avec l’objectif de collecter des données dans le cadre du programme Argos (outil spatial d’étude de la Terre et de sa faune). « Nous avons décidé que la cinquième génération de cette charge utile Argos, dont le système est opérationnel depuis 1979, sera miniaturisée», annonce Joël Barre, directeur général délégué du CNES. C’est aussi l’occasion pour le CNES de prouver sa capacité « d’innovation disruptive », dans un contexte où le new space bouscule les codes du secteur spatial dans le monde.

Financement par les deux acteurs : 9,4 M€

L’écosystème toulousain est en première ligne dans ce projet, attendu depuis longtemps par certains acteurs précurseurs sur la question comme Nexeya. « Nous innovons sur le management de projet, avance Marie-Anne Clair, directrice des systèmes orbitaux du CNES. Faire un satellite en deux ans et demi, on ne l’a jamais fait. Nous avons donc créé un plateau de projet chez Nexeya à Toulouse où nos ingénieurs vont travailler ensemble. » L’industriel et le CNES ne sont pas engagés dans une démarche client-fournisseur mais dans un co-investissement et une coopération. Ce nanosatellite nécessite ainsi un investissement de 9,4 millions d’euros, financé à 50 % par le CNES et 50 % par Nexeya et ses partenaires. « Pour Nexeya, c’est une aventure qui dure depuis un peu moins de dix ans avec nos plateformes de nanosat Nadege et Elise, rappelle Philippe Gautier, p-dg de Nexeya. Cela débouche sur cette collaboration moderne et équilibrée. Notre objectif est de vendre plus de 100 nanosat dont les trois-quart à l’international en 2023. »

Sous-traitants régionaux

Chargé de développer la plateforme et d’assembler le nanosatellite démonstrateur, Nexeya s’entoure d’entreprises situées pour la plupart à Toulouse : Erems, Mecano ID, Steel, SAFT, CS et Spacebell. Pour ces PME et ETI, l’enjeu est stratégique. « Nous fournissons le centre de contrôle au sol qui permettra de surveiller la santé du nanosat, explique Sylvain d’Hoine, vice-président spatial du groupe CS (1.800 salariés, 176 M€ de CA). Notre volonté ? Nous positionner sur les logiciels dans cette filière nanosat. Nous investissons 400 000 euros dans notre site toulousain. »

Thales Alenia Space conforté dans son expertise

L’instrument Argos Neo qui sera embarqué dans ce nanosatellite sera lui développé par Thales Alenia Space à Toulouse, avec Syrlinks, fabricant d’équipements de radiocommunication et de systèmes de géolocalisation. « La miniaturisation de l’instrument est un défi : les fonctions remplies auparavant par des produits hardware et software seront dans ce nouvel outil intégrées uniquement dans le software, grâce à des multiprocesseurs nouvelle génération », déclare Fabrice Rialet, chef du projet Argos Neo chez Thales Alenia Space, qui doit livrer l’instrument au CNES fin 2018. Le CNES est responsable de cette charge utile, du lancement, des opérations et de l’exploitation du satellite via sa filiale CLS.

De multiples missions

Attention : le nanosatellite permettra de faire des missions sociétales, industrielles et commerciales mais « on ne peut pas tout faire avec, certaines missions sont très difficiles à miniaturiser », tempère Marie-Anne Clair. Ce lancement a le mérite d’ouvrir la voie en France d’un nanosatellite basé sur un marché réel - les nanosats français étant jusqu’à présent l’apanage des universités et écoles. Nexeya cherche déjà d’autres clients en Europe et à l’international, pour garantir un retour rapide sur investissement. D’ici un an, il lui faut décrocher une seconde commande, «probablement du côté de l’Asie», selon Nicolas Multan, directeur de la business unit Space Systems de Nexeya.

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