Aude

Agroalimentaire

Le géant Arterris transforme ses pratiques agricoles

Par Anthony Rey, le 30 novembre 2021

Pandémie, grippe aviaire, aléa climatique : les crises à répétition de 2020 et 2021 auraient pu gravement déstabiliser Arterris. Mais le groupe coopératif audois mise sur de nouvelles filières d’excellence et sur un modèle de développement responsable pour s’adapter à ce contexte changeant, avec toute la puissance économique dont il dispose en tant que plus grand acteur agroalimentaire du sud de la France.

Le groupe Arterris s’appuie sur 350 000 hectares de productions, hors prairies.
Le groupe Arterris s’appuie sur 350 000 hectares de productions, hors prairies. — Photo : © Frédéric Scheiber/hanslucas

Durant la crise sanitaire de 2020, la priorité a souvent été donnée par les consommateurs aux biens de première nécessité. Elle s’est pourtant traduite par des résultats contrastés pour un producteur de denrées alimentaires comme le groupe coopératif Arterris (25 000 adhérents, 2 200 salariés), basé à Castelnaudary (Aude). Dans le domaine des produits pour la grande distribution, l’activité autour des produits appertisés comme les pâtes ou les plats cuisinés (sous la marque "La Belle Chaurienne") a explosé, avec des pics de ventes à plus de 30 % selon les zones en région. En revanche, en raison des fermetures des restaurants du fait du confinement, la demande pour les produits destinés à la restauration, comme les produits carnés, s’est effondrée, avec des pertes de plus de 50 %. Globalement, Arterris a enregistré une légère progression du chiffre d’affaires, de 998 millions à 1,01 milliard d’euros. Ces tendances ont été confirmées tout au long de la lente reprise économique de 2021.

Renouveler les vecteurs d’image

Ce rapide bilan prouve que, même pour un géant de l’agroalimentaire, la crise a été un accélérateur de la transformation économique, validant plusieurs options stratégiques prises juste avant ou après la pandémie de Covid-19. Arterris devait en effet, peu de temps avant le premier confinement, prendre un virage sur la distribution des produits issus de ses ateliers ou de ses adhérents. La nouvelle marque "Marché Occitan", ciblant le grand public, devait occasionner la création de magasins ou le changement d’enseignes des réseaux historiques ("Fermiers Occitans", "Laroque").

La crise a obligé le groupe audois à décaler l’ouverture du premier magasin, situé à Balma (Haute-Garonne), à l’automne 2020, avant de reprendre une feuille de route ambitieuse : une douzaine de magasins dans les 4 ans, proposant 500 références dont 70 % de produits issus de ses propres productions. "Nous avons profité de la crise pour lancer le click & collect avec le nouveau site web de Marché Occitan. C’était un autre moyen de nous faire connaître dans un contexte difficile. L’objectif de cette nouvelle marque était bien de dépoussiérer l’image des magasins d’usine et de basculer vers de nouveaux modes de consommation", analyse le directeur général d’Arterris, Christian Reclus.

À côté du pôle distribution, le pôle agroalimentaire d’Arterris (30 % de l’activité globale) affiche lui aussi de nouvelles ambitions en sortie de crise. La production de produits carnés se tourne vers le haut de gamme – notamment chez les bovins, un fait assez inédit dans l’histoire du groupe (lire par ailleurs). De leur côté, les produits appertisés font l’objet d’une nouvelle stratégie. Une seule structure commerciale, La Conserverie du Languedoc, embarque désormais les différentes marques du groupe : "La Belle Chaurienne" (plats cuisinés), "Mon Bon Bio" (plats bio), "Les Bories" (recettes périgourdines) et "Secret d’Éleveurs" (produits issus des élevages de canards et volailles). "Il est assez rare sur le marché français de voir une seule structure porter l’ensemble des produits, des plats cuisinés jusqu’aux pièces de haute qualité issues des élevages de canards IGP dans le Sud-Ouest", souligne Ricard Riu, directeur des produits élaborés chez Arterris.

La création de nouveaux marchés

Au sein du pôle alimentaire, l’activité meunerie (production de farines) est stratégique pour Arterris, premier producteur français de blé dur. Elle s’active elle aussi dans la recherche de nouveaux marchés. Et sur ce point, l’actualité se bouscule. En octobre 2020, Arterris a pris le contrôle de la société Les Moulins Pyrénéens. En février 2021, le groupe a obtenu la certification bio pour une autre de ses filiales, Les Moulins Mercier Capla. Et un projet plus notable encore émerge avec Vegedry, qui ambitionne de créer une nouvelle filière.

Lancée en début d’année, cette nouvelle société de production de farines valorise en effet des aliments anciens, les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches). "Nous avons observé qu’avec les nouvelles habitudes de consommation, l’importance donnée au bien manger, une nette tendance se dessine autour des légumineuses et ce type de protéines végétales", justifie Ricard Riu. Créée en partenariat avec la CIACAM, leader français dans la commercialisation de légumineuses (basé à Vitrolles), Vegedry produira des farines destinées aux industriels, pour quatre types d’usages : les pâtes, la panification, le snacking et les plats cuisinés. L’activité est positionnée sur l’usine de Vitrolles, à qui elle offre un relais de croissance.

Une impulsion plus durable

Ces nouvelles stratégies pour les farines traduisent une volonté plus globale : donner une impulsion durable à l’activité du groupe. En tant que coopérative, Arterris ne produit rien : son activité repose entièrement sur les producteurs adhérents. Mais en maîtrisant l’ensemble de la filière, elle peut leur apporter de nouveaux services et influencer l’évolution des pratiques. Ainsi, Arterris vient de se doter d’une feuille de route ambitieuse pour la production de farines de blé en culture raisonnée et contrôlée (CRC). Pour cela, le groupe investit avec l’achat, en début d’année, d’une unité de conditionnement permettant la désinsectisation, le tamisage mécanique et le stockage en sacs de blé CRC. Il vient d’obtenir une certification bio, comme évoqué plus haut. Au total, Arterris projette de valoriser de 8 000 à 10 000 tonnes de blé CRC d’ici 3 ans. "Notre ambition n’est pas de devenir un groupe mondial. Hormis le blé dur, que nous exportons en partie vers l’Italie et le Maghreb, tout reste en France. Notre salut repose dans une production de qualité, destinée à nourrir les grandes agglomérations dans un rayon de 400 kilomètres", affirme Christian Reclus.

Arterris formalise encore plus cette ambition dans sa nouvelle stratégie RSE. En avril, le groupe a recruté Anne-Laure Millet, une nouvelle responsable sur le sujet, afin de structurer des actions transversales. Sur l’axe économique, par exemple, Arterris s’engage à sécuriser les exploitations de ses adhérents en négociant une assurance multirisque climatiques ou encore des prêts de trésorerie. Sur l’axe environnemental, Arterris veut contribuer à l’antigaspillage et minimiser les déchets. "Le groupe ne produit quasiment plus de déchets aujourd’hui : on régénère des matières organiques ou on envoie les sous-produits à des méthaniseurs", assure Christian Reclus. Pour le directeur général d’Arterris, cette ligne de conduite doit se lire, à nouveau, dans le contexte ouvert par la pandémie : les codes de consommation ont changé, et plus encore, les attentes des consommateurs ont évolué. "Le monde agricole a souvent été décrié pour certaines de ses pratiques. Il est temps, pour un acteur tel qu’Arterris, de faire connaître tous les bienfaits de son activité sur son environnement. Dans le bio ou le conventionnel, notre qualité de production doit être irréprochable", conclut-il. Avec cette ultime nuance : "Tout ce qu’on peut faire en matière de RSE, on le fera… tout en préservant la production agricole. Nous ne produisons pas pour préserver les paysages, mais d’abord pour nourrir les gens".

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