Toulouse

Chimie

Le chimiste AB7 investit pour suivre les ventes de ses produits de santé animale

Par Philippe Kallenbrunn, le 12 octobre 2021

L’ETI familiale toulousaine AB7, spécialisée dans la R&D et la fabrication de produits vétérinaires, cosmétiques et pour la maison, investit dans un laboratoire pharmaceutique et dans de nouvelles machines. L’objectif est d’accompagner l’accélération de sa croissance, stimulée par le marché de la santé animale.

Philippe, René et Christophe Chelle (de gauche à droite).
Philippe, René et Christophe Chelle (de gauche à droite). — Photo : DR

Une "pépite française", twittait Franck Riester, ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, au sujet d’AB7, le 6 septembre. Le groupe toulousain (38,6 M€ de chiffre d'affaires en 2020, 240 salariés dont 200 en France), fondé en 1971 par René Chelle sous le nom de "société d’études techniques en recherches industrielles et commerciales" (Setric), se compose de trois sociétés spécialisées dans la R & D, l’industrialisation et la fabrication de produits vétérinaires, cosmétiques et pour l'hygiène de la maison (AB7 Innovation, AB7 Santé, AB7 Industries) et d’une filiale aux États-Unis (AB7 America).

"Depuis sa création, l’entreprise fabrique des produits d’entretien pour la maison, le jardin et la piscine, retrace Christophe Chelle, le PDG du groupe AB7 et fils de René Chelle (son frère Philippe Chelle dirige pour sa part la filiale américaine). Si nous poursuivons bien sûr dans ce domaine qui connaît une croissance organique, les deux tiers de notre activité proviennent aujourd’hui de la santé animale, de la cosmétique et des soins humains." Elle commercialise ses produits d’entretien domestique en France, auprès de magasins spécialisés, sous marques propres (Dr Rechell, Ecogene). Sur le plan de la santé animale, elle fabrique des produits pour ses propres marques mais aussi des produits vétérinaires pour des laboratoires internationaux, en Europe et aux États-Unis, qui constituent ses deux plus grands marchés mondiaux.

L’activité des CDMO (Contract development and manufacturing organization) comme AB7, c’est-à-dire des producteurs à façon de matières actives ou médicaments chimiques ou biologiques, est en plein boom. Ces sociétés bénéficient d’un environnement de plus en plus favorable avec l’avènement d’une médecine plus personnalisée qui sonne le glas des médicaments "blockbusters" et des sites de production monoproduits opérés par les grands laboratoires pharmaceutiques.

Une croissance par palier

En 2019, le chiffre d’affaires d’AB7 a bondi de 70 % grâce au lancement de produits antiparasitaires pour les animaux de compagnie, après que l’entreprise avait remporté un marché auprès d’un laboratoire européen pour la fabrication à façon et la vente en Europe et aux États-Unis d’une nouvelle gamme d’antiparasites. Le développement et la fabrication de produits pour six grands laboratoires vétérinaires européens et américains représentent d’ailleurs aujourd’hui 90 % de son activité dans la santé. Entre 2017 et 2020, le chiffre d’affaires du groupe a quasiment doublé (de 20,2 M€ à 38,6 M€), et le nombre de salariés de sa filiale “santé” est passé de 34 à 98.

“Nous avons connu une forte croissance entre 2019 et 2020, étaye Christophe Chelle. Mais ce n’est pas une activité linéaire. Les produits doivent être moins dangereux et plus efficaces avec l’évolution réglementaire et il faut investir dans la R & D, ce qui demande plusieurs années. Nous investissons beaucoup dans la recherche, notamment pour les médicaments vétérinaires. Cela induit d’autant plus pour nous une croissance par paliers parce que les montages de dossiers sont très longs avant d’obtenir des autorisations de mise sur le marché. Nous devrions maintenant franchir un nouveau palier en 2023.” De nouveaux médicaments antiparasitaires, sous forme de colliers, pipettes et shampoings, devraient alors être commercialisés. Un second palier est ensuite attendu en 2025, avec l’objectif de franchir la barre des 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et de se renforcer à l’export aux États-Unis et en Asie (Corée du Sud, Japon, Taïwan).

Un management restructuré

Pour accompagner ces projets, le groupe AB7 a acheté à la communauté d'agglomération Sicoval un terrain de 7 000 m2 qui jouxte les bâtiments de son siège à Deyme (Haute-Garonne). Un nouveau laboratoire pharmaceutique de 2 500 m2 va y être construit, qui devrait être opérationnel dans le courant de l’année 2023. Un investissement “entre 5 et 6 millions d’euros” selon le président d’AB7.

Parallèlement, le groupe investit 1 million d’euros dans de nouvelles machines destinées à accroître la capacité de production et à améliorer le conditionnement de produits vétérinaires. Il bénéficie pour cela d’un soutien de “Territoires d’Industrie” à hauteur de 302 000 euros. Pour augmenter son fonds de roulement, AB7 avait levé 6 millions d'euros en mai 2020 auprès du fonds régional Irdi Soridec Gestion et de Grand Sud-Ouest Capital (filiale du Crédit Agricole).

Avec le retrait progressif du fondateur René Chelle, le groupe, passé du rang de PME familiale à celui d’ETI en quelques années seulement, a dû également restructurer son management. Un comité de direction s’est notamment constitué depuis deux ans autour des frères Chelle, qui réunit toutes les générations.

Des vins moins alcoolisés

Alain Caparros, directeur général adjoint d’AB7 Industries et responsable laboratoires, y siège. Embauché en 1997, il est un témoin privilégié de l’impressionnante ascension du groupe AB7, ainsi qu’il le confie dans le livret édité spécialement pour le cinquantième anniversaire de l’entreprise. "Au fil des années, témoigne-t-il, AB7 est devenu un groupe international encore plus performant, mené par une nouvelle équipe dirigeante très impliquée et dont le succès repose toujours sur cette volonté d’innovation : son évolution permanente, organisationnelle, sociale et structurelle(...)”

C’est dans les années quatre-vingt-dix qu’avaient été lancées les premières études sur la technologie des polymères actifs afin de comprendre et d’améliorer le fonctionnement du collier antiparasitaire. La soif d’innovation a toujours guidé le fondateur René Chelle, de l’eau de Javel en grains au bracelet antimoustiques livré à 35 000 exemplaires à l’Île de la Réunion frappée par la crise du chikungunya en 2001. Elle habite plus que jamais le groupe aujourd’hui et l'incite à proposer son savoir-faire à de nouveaux marchés prometteurs. AB7 Industries a par exemple développé un nouveau procédé breveté pour réduire la teneur finale des vins en alcool grâce à une méthode biologique. Avec l'international en ligne de mire, la filiale a déposé une demande d’enregistrement d’un programme de R & D aux États-Unis fin juillet.

Philippe, René et Christophe Chelle (de gauche à droite).
Philippe, René et Christophe Chelle (de gauche à droite). — Photo : DR

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