Montpellier

Biotech

La biotech Sensorion investit pour lutter contre les pertes auditives

Par Anthony Rey, le 04 mai 2022

Spécialiste des thérapies innovantes contre les troubles de l’audition, la biotech montpelliéraine Sensorion injecte 2 millions d’euros dans l’expansion de sa plateforme technologique.

Nawal Ouzren, directrice générale de la biotech montpelliéraine Sensorion.
Nawal Ouzren, directrice générale de la biotech montpelliéraine Sensorion. — Photo : DR

Fondée en 2009 à Montpellier, la biotech Sensorion (40 salariés), qui développe des thérapies innovantes contre les pathologies de l’oreille interne, a écrit un nouveau chapitre de son histoire en initiant une collaboration, en 2019, avec l’Institut Pasteur. Ce partenariat, qui porte sur deux programmes de thérapie génique, implique un changement d’approche pour Sensorion. L’entreprise, qui se spécialisait jusqu’ici sur les petites molécules, doit désormais produire en quantité suffisante des lots susceptibles de partir en études cliniques.

Deux outils de recherche et de production

Ainsi, après avoir investi 2 millions d’euros en 2021 dans sa plateforme technologique, Sensorion va mobiliser la même somme, en 2022, pour poursuivre l’expansion de ses capacités de production. Les laboratoires de culture cellulaire mis en place l’an passé, qui disposaient de bioréacteurs de 3 litres, vont être équipés de bioréacteurs de 50 litres d’ici la fin 2022. "Le plus délicat en biotechnologie est de maîtriser la production de façon répétable et reproductible. Car c’est le changement d’échelle qui peut faire dévier un programme de recherche. Or on ne peut pas fournir le marché avec de petits bioréacteurs. Il faut tendre vers une capacité de 200 litres, ce que nous faisons, étape par étape", résume Nawal Ouzren, directrice générale de Sensorion.

De même, Sensorion renforce ses équipes. À la faveur des changements induits par le partenariat avec l’Institut Pasteur, les effectifs sont passés de 19 à 40 salariés en deux ans, et ils devraient atteindre le seuil des 50 salariés en 2022. Une partie de ce recrutement porte sur des postes d’ingénieurs, chargés de faire tourner la plateforme de production. L’autre partie concernera des docteurs et des scientifiques qui, de leur côté, se chargeront de la seconde plateforme opérée par Sensorion, conçue pour identifier des biomarqueurs et optimiser les candidats médicaments de thérapie génique. Pour assurer ces investissements, entre autres, la biotech indique qu’elle dispose d’une trésorerie de 50 millions d’euros, qui la met "en mesure de financer ses activités jusqu’à la fin du second trimestre 2023".

Intégration d’une expertise internationale

Les deux programmes de thérapie génique initiés avec l’Institut Pasteur avancent selon des calendriers distincts. Le premier vise à créer un traitement de la surdité pédiatrique liée à une protéine déficiente (l’otoferline) : avec un candidat-médicament déjà en développement, le programme rentrera en phase clinique en 2023. Le deuxième concerne une autre forme de surdité pédiatrique, liée au gène GJB2 : ici, la sélection d’un candidat-médicament interviendra à la mi-2022.

La collaboration avec l’Institut Pasteur se double aussi d’un renforcement régulier du conseil d’administration (CA) de Sensorion. "Notre plateforme s’enrichissant de nouvelles technologies, les membres du CA ont voulu intégrer des experts en thérapie génique pour qu’ils donnent leur sentiment sur les programmes en cours", explique Nawal Ouzren. Ainsi, Sensorion vient d’accueillir un nouvel administrateur indépendant en la personne du Dr Aniz Girach, qui apporte plus de 22 ans d’expérience dans l’industrie.

Par ailleurs, Sensorion collabore avec d’autres entreprises pour concevoir des solutions mixtes. La biotech travaille notamment avec l’australien Cochlear Limited, un fabricant d’implant auditif, sur une petite molécule destinée aux patients devant recevoir une implantation cochléaire. Le programme est en phase d’étude clinique POC (preuve de concept). Sensorion collabore aussi avec Sonova, leader français des aides auditives, qui est entré à son capital en 2020 : ce partenariat doit déboucher sur une solution combinant interventions thérapeutiques innovantes et appareillage traditionnel pour contrer la perte auditive progressive chez l’adulte. L’étude bénéficie d’un financement de 7 millions d’euros, portés à 30 % par Sensorion.

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