Montpellier

Industrie

Altrad engrangera plus d'un milliard d'euros par croissance externe en 2022

Par Anthony Rey, le 15 décembre 2021

Spécialisé dans les services à l’industrie, le groupe montpelliérain Altrad progresse de 4,2 % sur l’exercice 2020-2021. Mais s’il pèse déjà 2,7 milliards d’euros, il ne compte pas s’arrêter là : la stratégie de rachats en cours lui permettra d’intégrer plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire.

Spécialisé dans les services à l’industrie, le groupe Altrad regroupe 120 filiales dans le monde.
Spécialisé dans les services à l’industrie, le groupe Altrad regroupe 120 filiales dans le monde. — Photo : Monty Rakusen

Né avec l’acquisition d’une première entreprise à Béziers (Hérault) en 1985, le groupe montpelliérain Altrad (38 500 salariés), fondé par Mohed Altrad, a connu une croissance stratosphérique au cours des 36 années écoulées. Agrégeant désormais 120 filiales, réparties dans plus de 100 pays et sur 5 continents, l’entreprise spécialiste des équipements et des services à l’industrie reste en capacité d’élargir toujours plus son empreinte mondiale. Publiant son bilan pour l’exercice 2020-2021, Altrad affiche un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros, en hausse de 4,2 %. L’activité reste en deçà du niveau d’avant-Covid, où elle dépassait les 3 milliards d’euros, mais le groupe assure être sorti sans dommage de cette phase de ralentissement économique généralisé.

Endel, une acquisition emblématique

Mieux, Altrad aborde 2022 avec l’intention de rattraper les quelques retards accumulés lors de la pandémie. "Nous continuons à construire le groupe, avec une très grande stabilité financière. Notre ADN repose sur la croissance organique et la croissance externe. Plusieurs projets d’acquisition sont en cours, et nous avançons même plus vite que prévu sur certains d’entre eux pour 2022", résume Ran Oren, directeur général d’Altrad. Les meilleurs prospects du groupe se situent en Europe continentale, avec une inflexion vers le Royaume-Uni enclenchée depuis de nombreux mois, et dans la zone Pacifique : des opportunités se dessinent en Nouvelle-Zélande, même si l’Asie reste à conquérir. "C’est un marché où les concurrents sont nombreux, mais notre métier nous pousse aussi à relever ce type de challenge", affirme Ran Oren.

À regarder sa feuille de route de plus près, la balance penche largement du côté des croissances externes. Historiquement positionné dans la location-vente d’échafaudages et de matériel pour la construction, le groupe s’est très largement diversifié dans les services à l’industrie, dont la liste ne cesse de s’allonger au gré des acquisitions : solutions d’accès, isolation, protection anticorrosion, maintenance, travaux mécaniques, etc. Ainsi, en 2021, Altrad a absorbé les 3 sociétés britanniques Actavo, RMD Kwikform et Muehlahn, ainsi que l’australien Valmec, parmi d’autres.

Au sein de cette stratégie intensive, une cible retient l’attention des observateurs français : Endel, la filiale du groupe Engie spécialisée dans les services au nucléaire et la maintenance industrielle. Leader en France sur ces marchés, elle emploie près de 6 000 salariés. Après la signature d’un premier protocole en août 2021, Altrad se trouve dans la dernière ligne droite avant de racheter cette entreprise emblématique. En attendant le feu vert de l’Autorité de la concurrence, et même s’il anticipe un avis négatif des représentants du personnel, Mohed Altrad considère que la signature est acquise, d’ici fin janvier 2022 au plus tard. "Altrad a une activité similaire à celle d’Endel, mais notre volume d’activité sur le marché français est assez réduit. Donc, l’opération se fera. C’est une addition de près de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires pour nous", détaille le fondateur et président du groupe montpelliérain.

Des milliards en plus d’ici 2025

Si le groupe ne communique pas sur le montant exact de ces opérations, le niveau d’activité des entreprises concernées est éloquent. Endel mis à part, les dossiers d’acquisition signés par Altrad sur l’année 2021 représentent 1,14 milliard d’euros de chiffres d’affaires cumulés, et l’intégration de 8 000 ou 9 000 salariés. À l’horizon 2025, le groupe planifie déjà d’absorber 2 milliards supplémentaires, en suivant la même stratégie de croissance externe continue. Ses dirigeants évoquent des opportunités à l’étude à Singapour, au Royaume-Uni ou en Afrique. "La croissance externe nous permet de développer de nouvelles synergies commerciales, selon les parties du monde concernées, et d’élargir notre gamme de services et de produits. Le marché a besoin d’un fournisseur leader pouvant apporter des services supplémentaires", justifie Ran Oren.

Jusqu’où le groupe peut-il aller dans cette voie ? "Les services à l’industrie sont un secteur très atomisé. J’estime le marché mondial à 100 milliards d’euros. Il n’y a donc pas de limite (à cette stratégie de croissance externe, NDLR). Tout dépend de la taille de la cible. Par exemple, nous pourrions refuser de reprendre une entreprise chinoise réalisant 10 millions, parce qu’elle est trop petite, et trop éloignée", poursuit Mohed Altrad.

Des ambitions dans le développement durable

Par ailleurs, le groupe montpelliérain surveille tous les indicateurs pouvant révéler des fragilités dans cette course à la croissance. En termes de stabilité financière, le bilan 2020-2021 laisse apparaître un résultat net consolidé de 170 millions d’euros, contre 84 millions un an plus tôt. La trésorerie disponible, quant à elle, dépasse le milliard d’euros. "Notre ratio d’endettement financier net se chiffre à 0,84, soit bien en dessous de 1. Songez que chez la majorité des groupes de notre taille, ce ratio est cinq fois plus élevé", insiste Mohed Altrad.

En termes d’image, le groupe amorce aussi un virage vers le développement durable en 2022. Tout en étant prestataire des pétroliers et des gaziers, Altrad ne peut probablement pas se tenir à l’écart d’un monde où la lutte contre le réchauffement climatique devient une priorité globale. Le groupe vise la neutralité carbone à l’horizon 2050. D’ici 2030, il ambitionne de réduire sensiblement ses émissions carbone, en basculant ses véhicules de chantier et ses stations de recharge vers les énergies décarbonées. "Nous transférerons aussi la plupart de nos approvisionnements vers les énergies vertes", rajoute Ran Oren. Cette ambition de durabilité s’étend même jusqu’à l’égalité femme/homme : 17 % des postes de haute direction et de cadres intermédiaires sont à ce jour occupés par des femmes, et Altrad promet d’aller bien au-delà à la même échéance.

Spécialisé dans les services à l’industrie, le groupe Altrad regroupe 120 filiales dans le monde.
Spécialisé dans les services à l’industrie, le groupe Altrad regroupe 120 filiales dans le monde. — Photo : Monty Rakusen

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