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Numérique

Interview Aline Bsaibes (ITK) : "La crise climatique favorise l'acceptation du numérique dans l'agriculture"

Entretien avec Aline Bsaibes, PDG d’ITK

Propos recueillis par Anthony Rey - 06 janvier 2022

Classée parmi les 25 femmes les plus influentes de la tech en Europe, Aline Bsaibes dirige ITK, un des leaders de l’agriculture numérique. La PME montpelliéraine, éditrice de logiciels, se positionne comme un moteur du changement dans la filière, de sorte qu’il soit plus maîtrisé et moins subi.

Aline Bsaibes, PDG de l’éditeur de logiciels montpelliérain ITK.
Aline Bsaibes, PDG de l’éditeur de logiciels montpelliérain ITK. — Photo : ITK

ITK vient de lever 10 millions d’euros en faisant entrer EDF à son capital. Que dit cette opération sur la maturité de l’entreprise ?

Depuis sa création en 2003, ITK s’est toujours associé à des grands groupes pour développer et distribuer ses services. En nous adossant à un géant français tel qu’EDF, nous trouvons les moyens de dérouler cette stratégie à une large échelle. Il était trop ambitieux de vouloir impacter, à nous seuls, un sujet comme la décarbonation dans l’agriculture, qui reste le deuxième secteur le plus émetteur de carbone. Inversement, le groupe EDF, qui est lui-même engagé dans la décarbonation, veut travailler avec des entreprises comme ITK : elles ont la compréhension des problématiques et sont déjà installées sur un marché qu’il découvre.

L’appétence pour l’innovation progresse-t-elle dans l’agriculture française ?

Dire que l’agriculteur n’est pas innovant est un raccourci. La réalité est qu’il n’a jamais autant subi de contraintes qu’aujourd’hui, dans un contexte où il perd des revenus. Le consommateur lui demande de produire avec toujours plus de qualité environnementale. Quand il appartient à une coopérative, il doit en plus répondre à un cahier des charges pour pouvoir vendre aux acheteurs. Il doit s’adapter aux coups de gel imprévus. Et on lui demande de séquestrer plus de carbone. Comment gérer tout cela de front ? La digitalisation lui permet de grouper ces facteurs pour le guider dans ses décisions. C’est une révolution, comme la mécanisation à une autre époque, qui suppose donc de gagner sa confiance. Nous avons notamment développé, avec notre filiale Medria, un collier connecté qui se fixe autour du cou des vaches laitières, afin de mesurer leurs mouvements. Cette approche a l’avantage de rassurer les éleveurs.

La taille des exploitations françaises, plus petites qu’aux États-Unis, n’est-elle pas un frein à cette évolution technologique ?

Les grandes fermes américaines ont souvent un employé qui est conseiller de l’exploitation, si bien que l’utilisateur de ces technologies est à l’intérieur de l’entreprise. ITK est très présent sur ce marché, où nous développons nos outils. Nous passons par des leaders d’opinion, qui ont envie de tout essayer en matière de technologie. En France, l’agriculteur se charge de tout, tout seul. C’est plus un problème d’investissement en temps qu’en argent. Il doit aussi gérer les effets très tangibles de la crise climatique. Il est donc plus apte à accepter de nouvelles préconisations quand les anciennes pratiques ne suffisent plus. À la différence du passé, les exploitants viennent vers nous. ITK peut leur proposer une plateforme assez riche, qui couvre une quinzaine de cultures, en plus des vaches allaitantes et des vaches à viande. Nous avons même des demandes de la filière aviaire. Si la prise de conscience est plus ancienne aux États-Unis, elle se généralise chez nous depuis trois ans.

Comment faire mieux ?

Si l’agriculteur n’a pas de moyens pour compenser ses nouvelles pratiques sur le plan financier, la bascule ne se fera pas. La révolution que j’évoquais ne fonctionnera pas seulement avec de la bonne volonté. Certains bénéfices sont déjà mesurables : là où l’utilisation des capteurs se développe, on observe une régénération des sols ; les rendements s’améliorent et donc les revenus de l’agriculteur sont bonifiés. Mais il faut aller plus loin, et mettre en place un marché du carbone suffisamment lucratif. C’est une action politique à mener au niveau de l’Europe. Elle est compliquée, car la filière est toujours en phase d’apprentissage. Mais un acteur comme ITK fournit des éléments pratiques pour démontrer qu’il existe des moyens de le faire.

Aline Bsaibes, PDG de l’éditeur de logiciels montpelliérain ITK.
Aline Bsaibes, PDG de l’éditeur de logiciels montpelliérain ITK. — Photo : ITK

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