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WaveRiding Solution fait déferler sa vague de surf "écoresponsable" à Poitiers

Par Romain Béteille, le 26 juillet 2022

La promesse de Wave Riding Solution laisse rêveur : installer des atolls de surfs démontables sur des plans d’eau déjà existants pour y créer des vagues artificielles en "écoconception". Grâce à une levée de fonds de 22 millions d’euros, la première vague doit voir le jour près de Poitiers à l’été 2023, avant la Seine-et-Marne et la Gironde.

Une maquette de la future vague artificielle Okahina Wave à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne).
Une maquette de la future vague artificielle Okahina Wave à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne). — Photo : Okahina Wave

Surfer à Poitiers, ce sera bientôt une réalité. Comment ? Grâce à l'entreprise bordelaise Wave Riding Solution. Fondée par le girondin Laurent Hequily et à la fois conceptrice, constructrice et exploitante, elle affiche une promesse : "créer des vagues artificielles sans impact négatif sur l’environnement".

"Nous allons recréer des spots de surf proche des zones urbaines, où habitent l’essentiel des pratiquants", assure Laurent Hequily. Selon la Fédération Française de Surf, le sport en comptait 680 000 en 2020, un marché tout trouvé pour le concept Okahina Wave, qui prévoit de s’implanter à Poitiers en 2023 et, par la suite, à Libourne (sur le lac des Dagueys) et à Vaires-sur-Marne (sur la base de loisirs de Vaires-Torcy), en Seine-et-Marne. Une alternative aux piscines à vagues, installations en béton dont le bilan énergétique est volontiers dénoncé par le fondateur de Wave Riding comme une "hérésie".

Vers une neutralité carbone

Son alternative repose sur un "phénomène de lift, un soulèvement de l’eau qui nécessite moins de puissance". La technologie, brevetée, "s’inspire du mode de fonctionnement d’un atoll polynésien, un ancien volcan sous-marin dont le cratère est devenu un lagon. On va recréer ce système en générant des vagues qu’on va faire déferler sur cet atoll en utilisant la force centripète (vers l’intérieur de l’atoll)", explique Laurent Hequily. Le système sera entièrement démontable et son bilan carbone, qui repose sur l’utilisation de générateurs électriques, consommerait "en termes de puissance maximale deux à trois fois moins qu’une berline électrique. Pour construire l’installation et faire fonctionner la vague, on émettra autant de carbone que l’émission annuelle de deux Français moyens. Nous souhaitons a minima avoir un bilan carbone neutre", continue le porte-parole, surfeur amateur. Le tout produira des vagues de 60 centimètres à un 1,20 mètre à Poitiers, à raison d’une vague toutes les 12 secondes.

Pour améliorer ses atolls, de taille variable en fonction des lieux où ils sont implantés (40 mètres de diamètre à Poitiers, 60 à Libourne et 110 à Vaires-sur-Marne), l’entreprise s’est associée à plusieurs partenaires : Akuo Energy pour produire des tuiles solaires et l’Institut Eco Océan à Montpellier pour installer des nurseries à poissons (alevins) en dessous de l’atoll. "Nous travaillons avec des écologues pour l’implantation de récifs artificiels et nous réfléchissons aussi à l’installation de plantes sur des radeaux flottants", décrit Laurent Hequily, qui souhaite "utiliser la dynamique de la vague pour améliorer la qualité de l’eau en luttant contre l’eutrophisation (asphyxie) des plans d’eau" et en récupérant des cyanobactéries pour contribuer à son oxygénation.

Un déploiement financier encore vague

Au-delà de la simple activité de surf, c’est une approche systémique qu’espèrent développer les spots d’Okahina. Wave Riding est en train de boucler une levée de fonds de 22 millions d'euros pour aider à financer ses trois premières installations, auprès d’investisseurs sur lesquels elle reste pour l’instant discrète. "D’autres projets risquent de s’y greffer", glisse brièvement Laurent Hequily. Certains ont aussi été abandonnés, comme celui du lac du Bourget à Aix-les-Bains (Savoie), auquel la société a renoncé suite à une opposition locale. À Poitiers, en revanche, elle a signé un bail de 25 ans avec le département de la Vienne pour utiliser le lac du Téléport et installer une surf house et un restaurant dans un ancien Resto U' du Crous.

Labellisée Solar Impulse et EnVol, Wave Riding Solutions espère se servir de sa première installation poitevine comme démonstrateur afin de "produire des éléments mesurables et quantifiables pour démontrer que cette vague apporte un impact positif sur l’environnement". Jusqu’à présent reproduite à l’échelle un douzième en laboratoire, la vague de Poitiers, qui a nécessité un investissement de 7,6 millions d’euros, devrait être mise en place dès l’hiver, avec l’espoir de l’ouvrir aux surfeurs à l’été 2023, et mobiliser "36 équivalents temps plein". Les équipements de Libourne (15 millions d'euros) et de Vaires-sur-Marne (environ 20 millions d'euros) suivront.

L’entreprise, qui dispose d’un bureau à Dubaï, espère essaimer. "Le marché est essentiellement à l’export. Nous sommes en contact avec des Australiens, des Américains… Nous allons choisir les projets en fonction du sens qu’ils auront du point de vue environnemental", confie Laurent Hequily. Un modèle duplicable sur lequel elle planche encore.

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