Pyrénées-Atlantiques

Aéronautique

Interview Optima Aero : "L’Europe pourrait être un marché plus fertile que l’Amérique pour le recyclage d’hélicoptères"

Entretien avec Toby Gauld, fondateur et président d’Optima Aero

Propos recueillis par Gaëlle Coudert - 13 juin 2022

L’entreprise québécoise Optima Aero, spécialisée dans le recyclage d’hélicoptères, a créé une filiale française, Optima Aero France, basée à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Les activités ont officiellement démarré le 4 mai 2022. Une vingtaine de postes devraient être créés.

Toby Gauld, président d’Optima Aero
Toby Gauld, président d’Optima Aero — Photo : Optima Aero

Quelles sont les activités que vous allez développer au sein de votre filiale française Optima Aero France ?

Les activités vont être les mêmes que ce qu’on fait ici, à Optima Aero Canada. C’est-à-dire l’acquisition et le démantèlement d’hélicoptères, le stockage et la vente de composants d’hélicoptères et de moteurs, l’assemblage de moteurs en optimisant les stocks en fin de vie et dans un deuxième temps, la réparation et certification de buses à carburant. Nous allons également distribuer en Europe nos produits nettoyants et dégraissants non toxiques et biodégradables de la filiale Limz. Nous avons un bail de trois ans pour un local de 1 000 m2 à Anglet à partir du mois de novembre. En attendant, nous avons pris un local temporaire à Labenne, dans les Landes, pour nous permettre de commencer nos activités. À partir de 2023, on va commencer les recherches pour construire un local d’environ 3 000 m2 avec des espaces un peu semblables à ce qu’on a à Montréal. L’objectif serait d’ouvrir ce site pour 2024 ou 2025, en fonction des délais de construction.

Comment se passe le démarrage de l’activité de la filiale française ?

Le modèle d’affaires est confirmé. Les ventes ont déjà commencé au mois d’avril, avant l’installation. Nous avons travaillé avec des sous-traitants qui démontent les hélicoptères achetés, puis les pièces sont directement livrées du centre de démantèlement au client. Nous avons déjà généré au-delà d’un million d’euros de ventes. Ce sont des activités soutenues par l’équipe de Montréal. En France, nous avons pour le moment deux salariés, la directrice France et un technicien logistique. On vise une autre embauche d’ici novembre.

Pourquoi avez-vous choisi de vous implanter en Europe et plus spécifiquement au Pays basque ?

L’Europe est le deuxième marché mondial de l’hélicoptère après l’Amérique du Nord. On y retrouve environ 22 % des hélicoptères occidentaux. C’est une flotte d’hélicoptères vieillissants qui ont environ 5 ans de plus que les hélicoptères nord-américains, au niveau civil. La raison de notre installation en France est la proximité et la réduction des coûts de transport des hélicoptères pour les clients. Les ramener en Amérique entraîne 2 à 3 mois de délai et 40 000 à 50 000 euros par transport. Les transports par voie terrestre ou même aérienne en Europe sont beaucoup moins chers. Et c’est aussi une question d’économie au niveau de l’empreinte carbone liée au transport. Le choix du Pays basque, c’est parce que j’aime le Pays basque ! Cela permet de joindre l’utile à l’agréable.

Quels sont vos principaux clients sur le marché européen ?

Nous venons tout juste d’être référencés auprès d’Airbus Helicopters. C’est un client majeur. Nous travaillons également avec Babcock France, Babcock Espagne, Patria en Suède et nous avons des clients au Royaume-Uni et en Allemagne. Certains étaient déjà nos clients. Le grand avantage de l’Europe c’est de pouvoir voir tous nos clients avec un maximum de 2 heures de vol alors qu’en Amérique il faut 6 à 7 heures de vol pour aller plus loin. Nous avons aussi des clients en Afrique et au Moyen Orient, et souhaitons nous y développer. L’idée c’est de pouvoir mieux desservir ces clients avec l’accès France.

Quel est le montant des investissements liés à la création d’Optima Aero Europe ?

Les investissements à court terme sont de 2 millions d’euros. Après, avec la phase de construction, cela atteindra 10 millions d’euros d’ici 3 ans. La phase de construction va être conditionnée à l’obtention de soutiens qui nous permettront d’accélérer notre développement. Les premiers investissements (à hauteur de 2 millions d’euros, NDLR) ont été faits sur fonds propres. Nous avons une activité au Canada qui marche très bien depuis 11 ans. Le chiffre d’affaires était de 18 millions de dollars l’an dernier et nous visons l’objectif de 21 à 25 millions l’an prochain. Donc là, il s’agit d’une nouvelle phase d’expansion et d’investissements. Nous avons un bon soutien financier des partenaires au Québec pour le moment. Et on espère obtenir le soutien de Bpifrance, de la région Nouvelle-Aquitaine et potentiellement de la CCI.

Quelles sont vos perspectives en termes de chiffre d’affaires et de croissance en Europe ?

Mon objectif, c’est d’avoir quelque chose de similaire à ce qu’on fait au Québec d’ici 3 à 4 ans, donc 20 millions d’euros de chiffre d’affaires et une vingtaine de salariés. J’ai l’impression que l’Europe va même être un marché plus fertile que l’Amérique car l’Europe est sensible au développement durable. Et la France est le premier pays mondial en termes de fabrication (Airbus) et de motorisation d’hélicoptères (Safran). Être proche de ces joueurs-là devrait nous aider à développer nos services et notre offre pour aider au maintien en vie d’hélicoptères vieillissants et à la réduction de l’empreinte carbone des appareils.

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