Gironde

Industrie

Le fonds allemand Mutares va racheter l'usine Magna de Blanquefort

Par Romain Béteille, le 23 septembre 2022

L'incertitude se lève peu à peu sur l'usine de boîtes de vitesses Magna à Blanquefort (Gironde). Le fonds allemand Mutares a annoncé la signature d'une offre de rachat qui pourrait donner un avenir au site, où travaillent toujours plus de 700 salariés.

Première mobilisation des salariés de Getrag le 10 septembre 2020 sur le site de Blanquefort, après l'annonce du départ capitalistique de Ford de l'entreprise de boites de vitesses.
Première mobilisation des salariés de Getrag le 10 septembre 2020 sur le site de Blanquefort, après l'annonce du départ capitalistique de Ford de l'entreprise de boites de vitesses. — Photo : JDE

La signature est encore chaude. Le 23 septembre, la holding industrielle allemande Mutares (2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021) a annoncé avoir déposé une "offre irrévocable" pour acquérir l’usine Magna Powertrain de Blanquefort (ex-Ford Getrag), en Gironde, propriété du groupe canadien Magna International. Le site regroupe 740 salariés fabriquant des boîtes de vitesses pour un seul client, le constructeur américain Ford, jusqu’en 2027. Les salariés de Magna étaient dans l’incertitude depuis de nombreux mois face à une érosion programmée de l’activité, Ford restant le client exclusif de l’usine.

Une expertise reconnue

L’annonce d’une reprise semble donc tomber à pic pour la société, qui devrait réaliser un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros en 2022. "La clôture de la transaction et un changement de nom devraient intervenir au premier trimestre 2023, après consultation des instances représentatives du personnel et sous réserve de l’approbation des autorités de la concurrence", précise ainsi Mutares dans un communiqué. L'usine de Blanquefort "viendra renforcer le segment Automobile & Mobilité de Mutares en apportant une expertise et des capacités reconnues en matière d'usinage et d'assemblage", ajoute Mutares.

"L'usine est bien outillée et positionnée pour bénéficier de plusieurs initiatives stratégiques de croissance à venir. Sur la base des capacités technologiques du site, nous prévoyons de développer de nouvelles activités en pénétrant sur les marchés des véhicules hybrides et électriques et en tirant parti des synergies avec nos autres participations dans ce secteur. Nous voyons donc beaucoup de potentiel pour cette activité au sein de notre portefeuille", ajoute le PDG de Mutares, Johannes Laumann. Le groupe évoque "d'autres annonces à venir sur les investissements à mettre en place et la stratégie adoptée", une transformation stratégique s'il en est face à la fin de la vente de voitures thermiques neuves en 2035 en Europe.

Les partenaires sociaux attendent des garanties

Les salariés de l'usine se sont fendus d'un communiqué prudent par le biais de leurs partenaires sociaux (CGT, FO, CFTC, CFDT). Ils évoquent un "échec de Magna quant à la reconversion du site, ou une stratégie de Ford pour liquider notre entreprise à moindre coût. Nous attendons de Ford (engagé dans un contrat commercial évoqué plus haut) qu'il maintienne son engagement sur le site de Blanquefort jusqu'en 2027. Si certains projets ont été développés par nos ingénieurs en interne (...) pour compenser la baisse des volumes Ford (...) nous attendons de Mutares l'arrivée concrète de nouveaux projets afin de maintenir l'effectif actuel".

Les organisations syndicales terminent en confirmant le vote, le 26 septembre, d'une "expertise pour connaître les détails de la cession et les intentions concrètes" du repreneur. Ils rencontreront aussi plusieurs membres de la direction de la holding le jeudi 29 septembre.

La métropole de Bordeaux et la ville de Blanquefort, elles se sont montrées inquiètes "face à l'avenir de l'usine (...) en prolongement d'une série noire sur la zone industrielle. Les institutions locales feront preuve de la plus grande vigilance quant au projet industriel qui sera présenté et au dialogue qui sera mis en place avec elles", préviennent les collectivités dans une communication conjointe.

Le groupe Mutares n’en est pas à son coup d’essai, les rachats d’entreprises en difficulté étant devenus sa spécialité. "Au niveau européen, 13 acquisitions, sur un total de 29, sont situées dans l’industrie automobile", précise une porte-parole de Mutares, dont c’est le dixième rachat en 2022. En août, la société a ainsi fait l’acquisition du normand Sealynx International (groupe GMD), fabricant de systèmes d’étanchéités et de mélanges caoutchouc pour l’automobile. En juin, elle annonçait d’une partie des activités du groupe Man + Hummel, soit trois usines dont celle de Laval (Mayenne).

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