Nouvelle-Aquitaine

Finance

Interview François Cavalié : "Le fonds Aquiti Ventures vise 60 millions d’euros"

Entretien avec François Cavalié, président d’Aquiti Gestion

Propos recueillis par Romain Béteille - 03 février 2023

25 ans après sa création, Aquiti Gestion, l’un des principaux spécialistes régionaux du capital-investissement présidé par François Cavalié, continue de diversifier son offre. Il s’apprête à lancer un nouveau fonds à destination des start-up "deeptech", baptisé Aquiti Ventures, et prend de plus en plus en compte dans ses choix d’investissements des critères extra-financiers.

François Cavalié, président d’Aquiti Gestion.
François Cavalié, président d’Aquiti Gestion. — Photo : Aquiti Gestion

Aquiti Gestion, gère plus de 200 millions d’euros de capital investissement et a accompagné plus de 1 000 entrepreneurs régionaux, des start-up aux ETI en 25 ans. L’été dernier, elle a lancé le fonds Relance Nouvelle-Aquitaine, destiné aux PME impactées par la crise. Quelle ampleur a-t-il prise depuis sa création par rapport aux autres fonds déjà en place ?

RNA a été lancé avec une équipe de quatre personnes déployées à Bordeaux, Limoges et Poitiers. Nous avons déjà trois opérations d’investissements (Technima, Euclide et Flovéa) pour un peu moins de 4 millions d’euros, qui représentent 20 millions d’euros de renforcement des fonds propres sur l’ensemble des opérations liées. Il y a donc un effet d’entraînement très significatif dans lequel RNA a sa part importante en lead des opérations. Une quatrième entreprise se profile dans le domaine industriel, le comité d’investissement a donné un avis favorable. Nous lancerons l’opération avant fin mars.

Vous avez dix fonds en gestion, ont-ils été aussi actifs ?

Certains sont en phase d’investissements et les plus anciens sont en phase de désinvestissement. Les fonds "evergreen" qui ont une longue durée de vie, notamment ACI et PCE, ont été très actifs en 2022 tant dans les investissements que dans les désinvestissements, ce qui a permis de générer de la trésorerie avec de belles plus-values.

L’un de vos principaux chantiers de 2023 sera la création d’un nouveau fonds dédié aux start-up de la deeptech, qui investira des tickets de 50 000 à 6 millions d’euros dans les secteurs de l’industrie, des éco-technologies, du numérique et des sciences de la vie. Quels seront ses spécificités et ses objectifs ?

Ce fonds se nomme Aquiti Ventures et nous nous sommes en train de le structurer. Nous sommes déjà très actifs dans le venture à travers ACI notamment. Là, nous aurons un outil et une équipe dédiée avec une prise en compte prioritaire des éléments extra-financiers des start-up. Nous sommes une vingtaine aujourd’hui, nous prévoyons un à deux recrutements dans la partie venture pour compléter l’équipe à Bordeaux.

Il s’agit pour nous de renforcer notre présence dans le continuum de financement des entreprises. Ce fonds sera positionné sur l’amorçage, sur lequel nous avons une grande expertise aussi bien dans les domaines des biotechnologies que du logiciel ou de la photonique. Nous voulons approfondir notre sillon de capitaux dans cet amorçage. La région nous a déjà fait part de son soutien pour ce fonds, nous aurons aussi BPI, Arkéa et, nous l’espérons, un certain nombre d’autres investisseurs. Nous voudrions que le fonds atteigne 60 millions d’euros pour être un actionnaire de long terme avec des poches plus profondes pouvant accompagner les entreprises dans leur phase de démarrage mais aussi dans les phases suivantes.

À quelle échéance prévoyez-vous son déploiement ?

Nous envisageons un premier closing à 30 millions à l’été 2023 et un second closing du même montant un an plus tard. Aquiti Ventures vise principalement des entreprises de la deeptech qui opèrent des innovations de rupture.

A-t-il vocation à devenir majoritaire dans les start-up ?

Non. Notre positionnement, c’est de ne pas être suiveurs mais catalyseurs. Nous cherchons à faire des tours de table permettant de franchir les étapes de développement avec des gens qui connaissent le domaine, ont une ouverture à l’international et complètent bien notre approche de proximité et d’accompagnement dans l’écosystème. Ils doivent avoir les mêmes valeurs que nous sur l’engagement, le suivi et la performance qui est aussi extra-financière avec des critères comme la création d’emplois, le respect de l’environnement et de la sobriété énergétique. Nous sommes déjà très actifs dans le venture à travers ACI notamment. Là, nous aurons un outil dédié avec une équipe entièrement priorisée et une prise en compte prioritaire des éléments extra-financiers des start-up.

Comment prenez vous en compte ces critères extra-financiers ?

Ce qui est très complexe aujourd’hui, c’est qu’ils sont au moins aussi importants que les critères financiers. La performance financière est simplement une question de survie pour un fonds mais n’est plus un critère suffisant. La création d’emploi a toujours été dans l’ADN d’Aquiti dont l’objectif est notamment de densifier le tissu économique régional, notamment industriel, dans une perspective de long terme. Pour ce qui est de l’évolution de la consommation d’énergie et de la rationalisation de son usage, nous sommes très soucieux de ne pas investir dans des entreprises qui ne prendraient pas en compte ce virage-là.

Nous vérifions donc qu’il soit pris en compte dans les orientations stratégiques et le choix des investissements. Ça commence toujours par un effort d’investissement, de manière à ne pas se risquer d’être en situation vulnérable si la conjoncture en venait à être moins favorable. Les fonds propres permettent de surmonter le côté périlleux de ce virage dans les résultats et d’affronter l’avenir. À cinq ou dix ans, les entreprises qui auront su faire les bons choix auront une bien meilleure valeur. Nous avons des critères de notation extra-financières sur ces questions de manière systématique. Aucun dossier n’est traité sans prise en compte de ces éléments.

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