Gironde

Industrie

Duffau Technologies sur le chemin de l'ETI

Par Astrid Gouzik, le 20 janvier 2022

L’industriel girondin, spécialisé dans les technologies d’air comprimé, a fait appel à Bpifrance et Ouest Croissance pour l’aider à financer de possibles opérations de croissance externe, des recrutements. Et son PDG, Mathieu Duffau, prépare déjà la suite.

Mathieu Duffau veut faire de l’entreprise créée par son père en 1980 une entreprise de taille intermédiaire.
Mathieu Duffau veut faire de l’entreprise créée par son père en 1980 une entreprise de taille intermédiaire. — Photo : Astrid Gouzik

En temps normal, Mathieu Duffau préfère ne pas s’étendre sur les ambitions de son entreprise. Mais en cette fin d’année 2021, la PME spécialisée dans l’installation, la maintenance et l’ingénierie des technologies de l’air comprimé, des gaz neutres et du vide, attaque une nouvelle phase de son développement.

Dans les couloirs de son site industriel de Talence (Gironde), à quelques encablures du bois de Thouars, le dirigeant annonce avoir fait appel à Bpifrance et Ouest Croissance (société de capital investissement des trois Banque Populaire BPGO, BPACA et BPVF), via des obligations à bons de souscription d’actions, pour atteindre son prochain objectif : placer Duffau Technologies (24 millions d’euros de chiffre d’affaires et 120 salariés) sur le chemin de l’ETI. Le tout en conservant les rênes de l’entreprise fondée par son père en 1980.

Ne pas devenir une proie

Et de se remémorer : "j’ai repris l’entreprise en 2006. Il y a 8 ans, j’ai connu une période de flottement. Au même moment, j’ai reçu deux appels insistants d’un groupe industriel me proposant de racheter ma boîte". Un élément déclencheur selon lui. "J’ai envisagé la possibilité, un quart d’heure peut-être, mais je savais que je ne vendrai pas. En revanche, cela m’a vexé, profondément. J’ai compris que si on m’appelait pour nous racheter, c’est que nous étions devenus une proie, nous étions affaiblis. Il fallait remettre la société en mouvement".

Qu’à cela ne tienne, un chantier de restructuration de l’entreprise est engagé, avec comme première brique la montée en puissance du service ingénierie. Le Girondin se met à fabriquer des bancs de tests pour des industriels dans le secteur de l’aéronautique notamment. Duffau gagne en valeur ajoutée technologique et ajoute à ses compétences la gestion de projets. "Et j’ai placé des ingénieurs dans les quatre services de l’entreprise, au service commercial notamment, pour répondre efficacement aux besoins de nos clients", explique Mathieu Duffau. Ces clients sont issus des industries de l’aéronautique-spatial-défense-naval, du nucléaire-énergie, de la pétrochimie, de la métallurgie, pharmaceutiques ou encore de la papeterie. Vingt ingénieurs sont actuellement salariés de l’entreprise.

Viser 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023

Plus récemment, en 2020, la PME boucle sa première opération de croissance externe et avale SPI Énergie, lui aussi spécialiste de l’air comprimé et du vide industriel, situé à La Ravoire en Savoie. L’entreprise dispose de six agences en Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté - venant s’ajouter aux implantations de Duffau à Talence, Angoulême (Charente) et Pau (Pyrénées-Atlantiques) - et réalise un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros. "Notre stratégie repose sur le fait de racheter des entreprises qui ressemblent à ce que nous étions il y a dix ans et de les mener au même niveau de maturité que nous", esquisse le dirigeant.

Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Pour que son entreprise devienne une ETI, Mathieu Duffau entend mener deux nouvelles croissances externes pour accélérer son maillage territorial. L’objectif étant d’atteindre 30 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Cela passera aussi par de la croissance organique via son développement commercial. Duffau renforcera également son pôle études et R & D pour conserver une certaine avance compétitive.

C’est là qu’interviennent Bpifrance et Ouest Croissance, en appui à ces perspectives ambitieuses de développement. Une opération de cash-in permettant de réagir rapidement si une opportunité de croissance externe se présentait. "D’autant plus que j’avais fait un emprunt pour racheter Spi Énergie, j’aurais pu continuer à m’endetter mais je me suis dit que le cash-in se substituerait à la dette financière". Et d’ajouter "j’aurais pu faire sans les fonds d’investissement mais c’est quand on n’en a pas besoin qu’il faut faire ce genre d’opération, on maîtrise les choses", soutient Mathieu Duffau. "Et puis, j’ai 50 ans, je me suis dit que me mettre cette petite contrainte - qui n’en est pas vraiment une d’ailleurs - allait me pousser dans le bon sens pour développer le groupe".

Préparer la transmission

C’est aussi pour lui une manière de lancer progressivement la transmission de l’entreprise. "Ne pas attendre les dernières années car la valorisation élevée du groupe ne me permettrait pas de céder à qui je veux. Je voulais me laisser le choix de céder le groupe à mes enfants ou à des cadres de l’entreprise, ou les deux !". L’entrepreneur comprend alors que s’il garde 100 % des parts durant encore 10 ou 15 ans, seul un gros industriel serait en capacité d’acheter son entreprise. "Vendre une partie de mes parts avant cela, peut être jusqu’à 49 %, cela signifie vendre, un jour, les parts restantes, la majorité, à qui je veux, et lui faire payer la moitié du prix du groupe. Ensuite, l’acheteur se débrouillera avec les banques ou les fonds actionnaires". Quant à savoir si l’un de ses deux enfants serait prêt à reprendre l’entreprise, le dirigeant botte en touche : "il est encore trop tôt pour le dire" glissant toutefois que son fils travaille actuellement à ses côtés.

Le dirigeant réfléchit également à faire entrer des cadres au capital pour les impliquer dans le développement et leur faire conduire le vaisseau de temps en temps sur le chemin de l’ETI. Sur ce chemin, Duffau Technologies a notamment été accompagné par la Région Nouvelle-Aquitaine, Bpifrance et ADI NA au sein de la deuxième promotion de l’accélérateur PME-ETI qui sélectionne chaque année 30 entreprises régionales, pour un total de 110 entreprises accélérées depuis 2017. Les sélectionnés ont ainsi accès à un accompagnement individuel et collectif pendant deux ans, de la formation, du conseil et de la mise en relation.

Pour l’heure, Duffau se prépare à une course d’endurance. Un marathon qui s’avère indispensable dans un secteur où il se trouve mis en concurrence avec des géants de l’acabit d’Air Liquide. Et où il sera confronté à de nouveaux défis technologiques sur des marchés qu’il ne maîtrise pas encore comme celui de l’hydrogène.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition