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À Vernon, ArianeGroup se renforce face aux nouveaux acteurs comme Space X

Par Sébastien Colle, le 16 mars 2021

Face à une concurrence accrue sur le marché des lanceurs, notamment de l'américain Space X, ArianeGroup a dû revoir sa stratégie pour rester compétitif. C'est l'objectif du programme Ariane 6, dont les moteurs sont développés en Normandie, sur le site de Vernon, avec un lanceur deux fois moins cher qu'Ariane 5. Et pour rester dans la course à plus long terme, ArianeGroup développe avec le CNES, à Vernon, le futur moteur Prometheus.

Pour rester compétitif, ArianeGroup développe le programme Ariane 6, un lanceur deux fois moins cher qu’Ariane 5, ici en phase de décollage.
Pour rester compétitif, ArianeGroup développe le programme Ariane 6, un lanceur deux fois moins cher qu’Ariane 5, ici en phase de décollage. — Photo : © ESA-CNES-ARIANESPACE

S’adapter ou être dépassé. C’est l’équation face à laquelle ArianeGroup (9 000 salariés / 3,1 Md€ de CA en 2019), une entreprise détenue à 50/50 par Airbus et Safran, se retrouve confronté. La faute à une concurrence accrue sur le marché des lanceurs spatiaux, avec notamment l’apparition de Space X et de l’approche commerciale " agressive " de l’entreprise d’Elon Musk. "Il y a dix ans, Arianespace bénéficiait d’une part de marché très significative dans le domaine des lancements commerciaux de satellites. Mais Space X a changé la donne avec une démarche très volontariste, soutenue par le gouvernement américain, et des prix significativement plus bas. Cela a été un électrochoc en Europe et a donné naissance au programme Ariane 6, géré et financé par l’Agence spatiale européenne. Ariane 5, en fin de carrière, n’était plus adapté à l’évolution du marché, et devait faire face à l’apparition de nouveaux besoins, comme les constellations (réseau de satellites, NDLR). Avec Ariane 6, le challenge est de proposer un lanceur deux fois moins cher qu’Ariane 5, en s’appuyant sur des technologies et des moteurs déjà existants (grâce à une évolution du moteur Vulcain d’Ariane 5, NDLR) ", explique Jean-François Delange, directeur du site ArianeGroup de Vernon (Eure).

Concurrence de lanceurs étrangers

Jean-François Delange, directeur du site ArianeGroup de Vernon
Jean-François Delange, directeur du site ArianeGroup de Vernon - Photo : Sébastien Colle

Employant 900 salariés, l’usine normande, qui est spécialisée dans le développement et la réalisation de moteurs, joue donc un rôle clé dans l’avenir du groupe qui emploie 9 000 personnes. Elle conçoit, développe, produit et teste des systèmes de propulsion à ergols liquides.  L'essentiel de son activité concerne la propulsion cryotechnique (à hydrogène et oxygène liquides) pour le lanceur Ariane 5 (Vulcain 2 et HM7B) et pour le lanceur Ariane 6 (moteur Vinci et Vulcain 2.1).

La course à la réduction des coûts ne se limite pas au système de propulsion d’Ariane 6. Le groupe spatial européen travaille sur un moteur encore plus économe que celui d’Ariane 6. " Demain, Ariane devra aussi faire face aux autres lanceurs américains, russes et chinois, notamment au lanceur de Jeff Bezos d’Amazon qui bénéficie d’un très important budget de développement. Il nous faut donc être très performants techniquement, en matière de fiabilité, mais aussi amener des éléments disruptifs, des services que les clients ne trouvent pas ailleurs ", souligne le directeur du site ArianeGroup de Vernon.

Des moteurs fabriqués en impression 3D

Les espoirs du groupe spatial résident dans un moteur de nouvelle génération, en cours de développement. Lancé en 2015, le projet Prometheus est un démonstrateur de moteur réutilisable à très bas coût, dont l’objectif est d’être dix fois moins cher que le moteur actuel Vulcain 2 d’Ariane 5. Prometheus est au cœur de la stratégie européenne de préparation des futurs lanceurs. Il a vocation à équiper Themis, un démonstrateur d’étage réutilisable de lanceur spatial (contrat attribué par l’Agence spatiale européenne à ArianeGroup pour un montant de 33 millions d’euros), puis la nouvelle famille de lanceurs européens qui succéderont à Ariane 6 (lanceurs 62 et 64) et Vega-C (gamme de lanceurs légers). " C’est un vrai challenge mais jugé accessible grâce aux approches techniques par impression 3D de pièces métalliques. Ce procédé permet de réduire drastiquement les coûts et il est particulièrement adapté à la production de petites séries. À l’opposé, les procédés de fonderie ou de forge coûtent très cher à l’unité. De plus, l’impression 3D permet de réaliser des pièces dont la géométrie n’est pas envisageable avec des machines classiques. L’impression 3D permet de passer un stade technologique ", souligne Jean-François Delange.

Tests de qualification du moteur Vulcain 2.1 sur le site ArianeGroup de Lampoldshausen en Allemagne.
Tests de qualification du moteur Vulcain 2.1 sur le site ArianeGroup de Lampoldshausen en Allemagne. - Photo : Sébastien Colle

Si, sur Ariane 5, seule une à deux pièces ont pu être réalisées en impression 3D, Ariane 6 a déjà franchi un pas supplémentaire avec le développement complet d’un système propulsif auxiliaire par impression 3D. Mais Prometheus promet d’aller bien plus loin : " Sur Ariane 6, nous avons adapté des technologies déjà existantes, en faisant plus flexible avec des coûts de production de l’ordre de moins 40 %. Prometheus franchira un cap en étant conçu jusqu’à 80 % par impression 3D ", assure le directeur d’ArianeGroup Vernon.

Un contrat, récemment signé entre le Centre national d’études spatiales (Cnes), un établissement public chargé de proposer au gouvernement la politique spatiale française et de la mettre en œuvre au sein de l’Europe, et ArianeGroup renforce le rôle du site normand. Il prévoit notamment des essais sur le site de Vernon dès 2021. Le contrat est financé dans le cadre de la composante spatiale de France Relance qui prévoit aussi un financement spécifique pour Ariane 6 et un investissement dédié au développement des capacités du site ArianeGroup de Vernon. 

Vernon au cœur de la stratégie d’Emmanuel Macron 

Si la compétition est devenue féroce, Jean-François Delange souligne la nécessité du soutien européen pour rester dans la course. " Nous devons pouvoir rester compétitifs sur nos coûts de production et avoir un apport significatif sur les capacités de notre lanceur. Il nous faut donc le soutien de l’Europe ". Un message bien compris par Emmanuel Macron, venu visiter le site ArianeGroup de Vernon, le 12 janvier 2021. Le président de la République a annoncé que le plan de relance de l’État prévoyait 500 millions d’euros à destination du secteur spatial. Un budget dont le site ArianeGroup de Vernon devrait bénéficier à hauteur de 30 millions d’euros, dont 15 millions pour financer le projet Prometheus et 15 autres millions pour développer des projets de diversification dans les technologies de l’hydrogène.

" La venue du Président Macron est très importante et les messages délivrés à l’occasion de cette visite ont encore renforcé le rôle d’ArianeGroup et du site de Vernon dans le paysage spatial, avec des signes clairs de confiance de la part de l’Europe ", se félicite le directeur du site ArianeGroup de Vernon. L'Europe met en effet les bouchées doubles pour remettre sur orbite son industrie spatiale. Elle vient de se doter d'un budget 2021-2027 de 14,8 milliards d'euros, bien supérieur au plan précédant (12 Md€), avec notamment la création d'un fonds pour stimuler l'innovation des entreprises européennes. Mais, au-delà des moyens, l'Europe est en train de retravailler sur la méthode. Objectif : mieux coordonner les efforts dans les différents pays. Les acteurs du secteur doivent ainsi se réunir dans les prochains mois pour définir une alliance européenne pour les futures générations de lanceurs. Une nouvelle étape clé pour ArianeGroup et son site normand.  

 

 

Pour rester compétitif, ArianeGroup développe le programme Ariane 6, un lanceur deux fois moins cher qu’Ariane 5, ici en phase de décollage.
Pour rester compétitif, ArianeGroup développe le programme Ariane 6, un lanceur deux fois moins cher qu’Ariane 5, ici en phase de décollage. — Photo : © ESA-CNES-ARIANESPACE

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