Calvados

Loisirs

Regain de forme pour Récréa qui vise les marchés des salles de sport et de fitness

Par Sébastien Colle, le 13 juillet 2022

Après avoir souffert du choc de la crise Covid, Récréa retrouve le chemin de la croissance. Exploitant des équipements sportifs et de loisirs - dont beaucoup de piscines publiques -, le groupe normand multiplie les projets de développement. Il vient de remporter la gestion de deux sites olympiques et lorgne les marchés des salles de sport et de fitness.

Récréa gère une centaine d'équipements de sports et de loisirs en délégation de service public.
Récréa gère une centaine d'équipements de sports et de loisirs en délégation de service public. — Photo : DR

Récréa retrouve des couleurs. La crise sanitaire a freiné les velléités de développement de ce spécialiste normand de la gestion d'équipements sportifs. Les effets du Covid ont pesé dès l'exercice 2020 avec un chiffre d'affaires en retrait de près de 10 % (autour de 100 millions d'euros) par rapport à 2019 (108 millions d'euros). Des résultats bien éloignés des projections du groupe, qui prévoyaient d'atteindre les 120 millions d'euros de chiffre d'affaires. Ce niveau d'activité, l'entreprise de 2 300 salariés n'a pas non plus réussi à le tutoyer l'an passé avec un revenu 2021 sensiblement équivalent à 2020. Mais il devrait réussir à l'atteindre, voire à le dépasser, cette année.

La fin des contraintes sanitaires explique pour partie le regain de forme de l'entreprise, dont le siège social est basé à Saint-Contest, dans le Calvados. Les piscines, centres aquatiques, bowlings, patinoires et autres équipements de loisirs peuvent de nouveau fonctionner sans entraves. "Nous sommes en train de retrouver nos niveaux de fréquentation d'avant la crise Covid", indique Gilles Sergent, président de Récréa, dont les équipements de loisirs sont fréquentés par 10 millions d'utilisateurs.

Dans le bassin de Paris 2024

Recrea a décroché la gestion du centre aquatique des Jeux Olympiques de Paris 2024, où se dérouleront les épreuves de waterpolo, de natation artistique et de plongeon.
Recrea a décroché la gestion du centre aquatique des Jeux Olympiques de Paris 2024, où se dérouleront les épreuves de waterpolo, de natation artistique et de plongeon. - Photo : DR

Le gain de nouveaux marchés explique aussi les perspectives de croissance retrouvées de l'entreprise. Dans un marché assez figé et dans lequel on ne décroche pas de nouveaux contrats chaque matin, "nous avons gagné plusieurs nouveaux sites", se félicite Gilles Sergent. Récréa a ainsi récupéré, en 2021, la gestion de l’île de loisirs de Vaires-Torcy, une base de plein air et de sports nautiques basée près de Marne-la-Vallée. "C'est un lieu où se dérouleront certaines épreuves des Jeux Olympiques de Paris comme l’aviron et le canoé", souligne le président de Récréa. Aux côtés de Bouygues, l'entreprise a aussi décroché la gestion du centre aquatique des Jeux Olympiques de Paris 2024, où se dérouleront les épreuves de waterpolo, de natation artistique et de plongeon. "Une belle vitrine pour l’entreprise", se réjouit Gilles Sergent. 

Exploitant une centaine d'équipements de sports et de loisirs en France, en majorité des piscines, Récréa opère généralement en délégation de service public (DSP) - l'entreprise revendique le leadership français sur ce segment.

Cap sur le bien-être

Récréa tend aujourd'hui à sortir de ses marchés d'origine pour diversifier ses revenus. L'entreprise normande a ainsi récemment décroché la gestion de plusieurs centres aquatiques : Aquaspot à Carvin (Pas-de-Calais), Aqua Malo à Saint-Jean-des-Guérets, près de Saint-Malo, ou encore Ileo sur l’Ile d’Oléron. La gestion de ces parcs aquatiques constitue une nouveauté pour Récréa. L'activité peut apparaître similaire à celle d'une piscine, mais la clientèle n'est pas la même. "C’est une clientèle plus touristique et une gestion différente, avec des flux très importants sur les deux mois d’été. Pour nous, il s'agit d'une activité complémentaire à notre activité principale".

Si la hausse de la fréquentation enregistrée en sortie de Covid, ainsi que l’obtention de la gestion de nouveaux équipements, ont permis une reprise du chiffre d’affaires pour Récréa, c’est aussi la pratique du "sport-santé", au sein des piscines, qui dope l’activité, selon le président de Récréa : "La pratique physique régulière s’est développée et nous a permis de développer des offres aqua-sport et fitness". Ce marché est porteur en France, selon Gilles Sergent. "Sous réserve de ne pas raisonner de façon globale. Il faut arriver à satisfaire tout le monde, les nageurs comme les adeptes du sport-santé. On pense qu’en segmentant les activités on va se donner les moyens d’améliorer encore notre business".

Plongeon dans le fitness, le sport et le privé

Recrea a décidé de prendre en main la gestion d'un club de fitness privé, avec bassin de nage, en 2023.
Recrea a décidé de prendre en main la gestion d'un club de fitness privé, avec bassin de nage, en 2023. - Photo : DR

"Notre vocation est de s’ouvrir", appuie Gilles Sergent. C’est pourquoi l’entreprise a décidé de prendre en main la gestion d’un club de fitness privé, avec bassin de nage, en 2023. Une nouvelle activité de gestion d'équipements privés, "mais proche de ce que l’on gère habituellement avec une différence sur la liberté de gestion des tarifs" qui n’en est pas tout à fait une, explique le président de Récréa : "En fait, c’est un retour aux sources pour nous, car le début de l’aventure de Récréa en 1989 commence par un équipement privé sur le port de Caen". L’équipement qui sera situé au cœur d’un nouveau quartier de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) préfigure les futures innovations de Récréa, avec un accompagnement des abonnés sur le modèle des clubs, des outils digitalisés "avancés", mais aussi un volet sport-santé et prévention de pathologies particulières. "Ce sera un équipement haut de gamme que nous allons maîtriser à 100 % et qui va nous permettre d’innover avec de nouveaux outils et de nouvelles offres", explique le dirigeant de Récréa.

Un développement vers la gestion du secteur privé qui devrait s’orienter vers les espaces de type club haut de gamme, sur des zones de chalandises "à fort potentiel". Avec un objectif de gestion d’une dizaine d’établissements de ce type d’ici 3 à 5 ans, soit 10 % de l’activité totale de Récréa, selon la direction du groupe.

Ambitions internationales

Autre relais de croissance pour Récréa, la centaine de sites multisports construits par les collectivités de type "Arena", à l’origine dédiés à un ou plusieurs sports. "Ce type d’équipements n’est pas utilisé en permanence. Notre ambition est de leur apporter une vie complémentaire, car beaucoup de ces salles sont sous-exploitées", explique Gilles Sergent. Un marché difficile d’accès car peu délégué par les collectivités, mais pour lequel le président de Récréa veut se montrer confiant : "A nous de mettre en avant nos réussites pour créer le besoin", explique le Normand qui a récemment remporté l'exploitation du palais des sports d'Issy-les-Moulineaux.

Le spécialiste de la gestion d'équipements sportifs ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, puisqu'il réfléchit à la stratégie de son développement international. Avec pour démarrer, une ambition sur les pays limitrophes de type Belgique et Suisse : "Ils sont francophones et fonctionnent un peu de la même façon que nous", tout en privilégiant la croissance externe sur ce terrain de jeu.

Une gestion contrariée par la crise énergétique

 "Nous sommes en train de retrouver nos niveaux de fréquentation d'avant la crise Covid", indique Gilles Sergent, président de Récréa.
 "Nous sommes en train de retrouver nos niveaux de fréquentation d'avant la crise Covid", indique Gilles Sergent, président de Récréa. - Photo : Sébastien Colle

Si la crise du Covid n'a pas freiné les ambitions de Récréa, ni sa reprise de plusieurs nouveaux établissements, la crise énergétique semble bien plus inquiéter Gilles Sergent à long terme : "La hausse des coûts de l'énergie peut représenter un véritable frein à notre développement, et on a du mal à imaginer combien de temps cela va durer. L'énergie, qui pesait jusqu'ici 20% de nos coûts, représente aujourd'hui 30 % de nos dépenses !"

Pour contrer les effets négatifs du Covid, l'entreprise a pu compter sur un prêt garanti par l'État (PGE) de 6 millions d'euros : "Puis, nous avons réussi à équilibrer les flux financiers", se félicite le dirigeant. Mais la situation est tout autre à gérer avec le prix de l'énergie, reconnaît Gilles Sergent : "L'impact énergétique est plus lourd que celui du Covid, avec une incertitude sur les prix et une tendance haussière. Cette incertitude est d'autant plus compliquée à gérer après le Covid, car elle représente un enjeu financier important".

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