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Pierre-Jean Leduc (Medef Normandie) : "La ligne rouge du Medef c'est un système de retraites non déficitaire"

Par Sébastien Colle, le 19 février 2020

Réforme des retraites, élections municipales, Université des entrepreneurs Normands… Pierre-Jean Leduc, président du Medef Normandie, décrypte les enjeux politiques de ce début d’année et fait des propositions. Après le succès de l’Université des entrepreneurs Normands en 2019, il souhaite une nouvelle édition tournée vers l’international.

Pierre-Jean Leduc, président du Medef Normandie.
" Il serait impensable de ne pas aller jusqu’au bout de la réforme des retraites. Pour cela, il faut passer par des compromis ", précise Pierre-Jean Leduc, président du Medef Normandie. — Photo : S.C

Quelle peut-être la place des entreprises dans les élections municipales des 15 et 22 mars prochains ?

Pierre-Jean Leduc : Il y a eu un avant et un après élections présidentielles. Avant, on ne parlait pas des entreprises. Cette fois, les entreprises sont dans tous les programmes. L’entreprise n’est plus perçue de la même manière, elle est vue comme un acteur économique local important. On voit bien que dans ces élections, les entreprises font partie intégrante de la donne car elles amènent de l’emploi et sont vecteur de dynamisme pour les territoires. Cette fois, nous sommes force de proposition et on nous écoute ! Bien sûr, le Medef à son mot à dire, ainsi que les groupements inter-entreprises des territoires. Lorsque les politiques vont à la rencontre de ces groupements, ils ont les problématiques de leur territoire en direct. Sur nos territoires, les élus et candidats ont facilement accès aux chefs d’entreprise. L’époque où les maires se désintéressaient des acteurs économiques est révolue. La conscience de l’importance de l’entreprise dans la vie de nos collectivités devient de plus en plus prégnante. Et ce rapport de proximité entre élus et dirigeants sera d’autant plus fort, si ceux qui s’engagent dans les groupements inter-entreprises sont nombreux. Cette communication améliorée entre tous les acteurs doit permettre aux candidats de faciliter l’écriture de leur programme. Mais nous ne sommes pas là pour porter leurs programmes.

Quelles sont pour vous les priorités auxquelles les candidats doivent prêter attention sur notre territoire normand ?

L’une des priorités, c’est le déploiement de la fibre, faire en sorte que l’ensemble du territoire soit maillé en haut débit, car cela devient essentiel, vital, notamment pour les entreprises. Avoir une connexion téléphonique de qualité sur un téléphone mobile participe des mêmes enjeux de compétitivité. Et il n’est pas normal qu’il y ait encore des disparités sur le territoire.

La question de l’accessibilité des trains et leur nécessaire cadencement pour permettre aux usagers d’arriver à l’heure est un autre sujet majeur. On en a besoin ! Pouvoir se rendre à Paris facilement, sans prendre une voiture, doit devenir une priorité.

Pour ce qui concerne les aéroports régionaux, j’ai une vision très américaine des choses (Dedienne Multiplasturgy Group ; 630 salariés ; 66 M€ de CA ; a racheté une entreprise américaine à Chicago en 2016, NDLR). Aux États-Unis, dans un état, un aéroport regroupe plusieurs villes importantes. C’est ce que l’on aurait dû faire en Normandie avec un seul aéroport à Deauville. Avoir des stratégies communes est une force.

Le déploiement de la fibre est une priorité en matière de compétitivité

Dans l’actualité de ce début d’année, la réforme des retraites tient le haut du pavé. Quelle est la position du Medef ? Êtes-vous à l’origine de cette réforme ?

Contrairement à ce que l’on a pu entendre, cette réforme ne vient pas du Medef. Elle faisait partie du programme du Président Macron. La réforme par points, c’est l’idée de la CFDT ! En revanche, au Medef, nous avons conscience qu’il faut réformer. Mais jusqu’alors, aucun gouvernement n’a eu le courage d’enclencher ce mouvement. Cette réforme par points existe déjà pour les cadres, avec la gestion des régimes de retraite par points Agirc et Arrco, qui ont démontré que nous sommes capables de le faire. Et le système fonctionne ! Autre constat auquel on ne peut déroger, la population est vieillissante avec une espérance de vie de plus en plus élevée. À la mise en place du système de retraite actuel, après la guerre, il y avait quatre retraités pour 6 actifs et aujourd’hui nous avons 1,6 actif pour un retraité. On voit bien que le système ne peut pas continuer et fonctionner de la même manière. Et les régimes spéciaux nous coûtent 7 milliards d’euros dans nos impôts !

Quelle est la ligne rouge du Medef dans cette réforme des retraites ?

Le système actuel est la résultante du passé, alors que le programme du Président Macron cherche à mettre en place un système plus égalitaire. Mais, une fois de plus, nous constatons la difficulté à réformer la France. Bien sûr, cette réforme concerne tout le monde, elle est donc hypersensible ! Mais, cette réforme, il faut la faire pour nos enfants. Ce serait impensable de ne pas aller jusqu’au bout. Pour cela, il faut passer par des compromis. Le schéma qui se présente aujourd’hui est plus redistributif, car les plus impactés seront les plus hauts revenus. Mais, l’attention s’est focalisée sur l’âge pivot, et les régimes spéciaux. La volonté du Medef est d’arriver à un régime équilibré quelle que soit la solution. C’est notre ligne rouge, nous ne voulons pas d’un système déficitaire !

La seconde édition de l’Université des entrepreneurs Normands s’est tenue en novembre 2019 à Deauville avec 900 participants. Quel est, pour le Medef Normandie, l’enjeu d’une telle manifestation ?

La création du Medef Normandie en 2015 a permis d’amener à nos adhérents une offre de service plus homogène sur le territoire. Notre organisation doit être extrêmement proche des territoires, et c’est le rôle des Medef territoriaux. La nouvelle organisation de la France avec les grandes régions nous a donné raison sur la création du Medef Normandie. Nous sommes maintenant dans une nouvelle ère qui cadre avec la réorganisation du Medef national destinée à être au plus près des entreprises. Et c’est ce que nous nous évertuons à mettre en place en Normandie, avec la volonté que les Medef territoriaux (6 en Normandie, NDLR) travaillent ensemble, mutualisent leurs besoins. L’Université des entrepreneurs Normands, c’est le moyen de concrétiser et de visualiser tout ce travail de rayonnement territorial et régional. L’ensemble de nos Medef territoriaux contribue à l’organisation de l’événement, piloté par le Medef Normandie, avec des partenaires comme le CJD, ou encore le réseau Entreprendre, afin de regrouper le maximum d’entreprises adhérentes, ou pas, du Medef. Notre objectif avec cette université, c’est de contribuer au rayonnement de l’entrepreneuriat en Normandie, et de promouvoir la fierté d’être normand.

Notre objectif est de rapprocher territoires et entreprises

Avec le succès de cette seconde édition, qui a accueilli 900 personnes, vous annoncez déjà une troisième Université pour la fin de l’année. Que trouvera-t-on dans cette nouvelle édition ?

Avec l’Université des entrepreneurs Normands, nous souhaitons que nos chefs d’entreprise prennent conscience de leur force. Nous sommes la première région industrielle de France ! À cause de la scission historique de notre territoire, entre Haute et Basse Normandie, nos entrepreneurs ne se connaissent pas suffisamment. Cette journée permet à tous les chefs d’entreprise de se retrouver et de pouvoir témoigner lors d’ateliers thématiques (image de son entreprise sur Internet, innovation, international, faire des collaborateurs les ambassadeurs de la société, E-réputation… NDLR), mais aussi de recevoir des invités prestigieux, du politique au philosophe, en passant par l’aventurier ou le sportif. Cette seconde édition a prouvé tout l’intérêt que lui porte les chefs d’entreprise avec une forte hausse de fréquentation, de 700 participants en 2018 à 900 en 2019. Pour l’édition 2020, qui aura également lieu en novembre et à Deauville, nous attendons plus de 1 000 participants et nous allons mettre l’accent sur l’international ! Nous voulons ancrer cette manifestation dans le paysage économique normand. Autre moment important lors de l’Université, la convivialité et les « moments réseaux », avec le soir un dîner « carrousel » ou les participants changent de table à chaque plat afin de rencontrer le plus de personnes possible au cours de la soirée. Dans cette approche d’animation du territoire pour fédérer et faire travailler ensemble, nous avons l’objectif de créer un maillage et de donner l’image d’une Normandie « Business friendly ». Et les chefs d’entreprise ont un rôle primordial à jouer dans cette partition.

BIO

Naissance à Evreux en 1964

Diplômé de l’École nationale d’ingénieurs de Metz (Enim) en 1987 suivi d’un MBA à l’EDHEC en 1988

1991: intègre la société Dedienne

2004 : rachat de l’entreprise familiale Dedienne par MBO

2015 : président de l’Institut supérieur de la plasturgie (Alençon) / président du Medef de l'Eure

Décembre 2018 : président du Medef Normandie

2020 : intègre le Comex du Medef national

"L'Université des entrepreneurs Normands doit permettre de contribuer au rayonnement de l’entrepreneuriat en Normandie, et promouvoir la fierté d’être normand", assure le patron du Medef Normandie.
"L'Université des entrepreneurs Normands doit permettre de contribuer au rayonnement de l’entrepreneuriat en Normandie, et promouvoir la fierté d’être normand", assure le patron du Medef Normandie. - Photo : S.C

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