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Distribution

Philippe Nantermoz (Legallais) : « Nous voulons faire de Legallais une entreprise inspirante »

Par Isabelle Evrard, le 12 décembre 2019

Créée en 1889, Legallais a entamé un virage stratégique près d’un siècle plus tard, en 1985, après son dépôt de bilan. L’entreprise normande spécialiste de la distribution de quincaillerie s’est relevée de ses cendres et enregistre une croissance exceptionnelle de 10 % chaque année. Avec plus de 50 000 références produits au catalogue, un centre logistique de 24 000 m2 et 23 points de vente en France, elle devrait enregistrer 280 millions de CA fin 2019.

Philippe Nantermoz, PDG de Legallais à Caen-Hérouville
Philippe Nantermoz: "Chez Legallais, l’investissement le plus important est humain." — Photo : © Maryvonne Desdoits

En forte croissance jusque dans les années 1970, Legallais a connu un dépôt de bilan en 1985, puis une renaissance avec un chiffre d’affaires multiplié par neuf en 30 ans. Comment réussit-on un tel virage stratégique ?

Philippe Nantermoz : Au début du XXsiècle, Legallais n’était qu’une petite quincaillerie du quartier de Vaucelles à Caen. L’entreprise s’est rapidement développée pour devenir, après la Seconde Guerre mondiale et, avec le marché généré par les reconstructions des villes françaises détruites par les bombardements, la 2e plus grosse quincaillerie de France derrière le BHV à Paris. Au total, ce sont alors 65 collaborateurs qui évoluent dans un nouveau magasin sur 5 niveaux et 10 000 m² le long de l’Orne. Mais au début des années 80, l’entreprise forte de 330 salariés, gère mal le tournant de la distribution moderne et de la concurrence des supermarchés du bricolage : elle se voit alors contrainte de déposer le bilan en 1984.

Pour sauver l’entreprise, le dirigeant de l’époque, Philippe Cazenave-Peré (aujourd’hui président du groupe, NDLR), décide de prendre un virage stratégique avec l’abandon de son activité de vente aux particuliers. Un nouveau projet d’entreprise est déployé, avec 80 salariés, et un recentrage de l’activité : Legallais se tourne vers les professionnels du bâtiment avec des outils de plomberie, électricité, bâtiment... Nous comptons plus de 50 000 références au catalogue. Avec une stratégie commerciale offensive, une politique de ressources humaines ancrée sur l’humain, et des implantations grignotant l’Est parisien, (Saint-Etienne-du-Rouvray, Mantes-la-Jolie), le pari est réussi ! Aujourd’hui, Legallais a franchi le seuil des 1 000 salariés et devrait afficher 280 millions de chiffre d’affaires à la fin de son exercice 2019.

Quelles sont les perspectives de développement et les investissements à venir ?

P. N. : Chez Legallais, l’investissement le plus important est humain. Nous continuons à embaucher toutes les semaines 2 à 3 salariés, notamment dans les métiers commerciaux et ceux de l'informatique. Nous avons également deux grands projets logistiques : le premier, dans le Calvados, à côté de notre siège d’Hérouville-Saint-Clair, avec la construction d’un bâtiment de 2 000 à 3 000 m² dédié à l’équipe chargée des relations clients. L’investissement prévu est évalué entre 5 à 10 M€ et l’équipement sera opérationnel en 2022. Par ailleurs, nous avons en projet la construction d’un nouveau centre logistique en France, avec un investissement prévu d’environ 20 millions d’euros.

La société d’investissement européenne Gimv est sortie l’été dernier du capital de Legallais. Comment est constitué l’actionnariat de l’entreprise aujourd’hui ?

P. N. : Aujourd’hui, la famille historique et Philippe Casenave-Péré détiennent chacun un peu plus de 40 % du capital, les managers un peu plus de 10 %. Nous sommes en train de finaliser l'entrée d’un nouveau fonds d’investissement, mais je ne peux en dire plus à ce stade. L’idée est de conserver un capital très régional, avec un fonds ultra-minoritaire servant à assurer des liquidités pour les actionnaires mais aussi d’orienter le groupe sur tel ou tel challenge.

Legallais a été la première entreprise normande à être labellisée « Great place to work » en 2018. Quelles ont été les décisions prises par l’entreprise pour être récompensée pour la qualité de vie au travail ?

P. N. : C’est le résultat d’une culture d’entreprise nourrie par son histoire d’entreprise familiale qui a su s’adapter et proposer ce que l’on appelle aujourd’hui un management participatif et bienveillant. Nous pensons que l’entreprise doit trouver un juste équilibre entre trois modèles : « le client est roi ; l’actionnaire est roi ; le salarié est roi ». Si un salarié est épanoui dans son travail, il y a de grandes chances pour que le client ressente cette satisfaction et achète dans l’entreprise, qui gagne ainsi de l’argent et donc satisfait les actionnaires. Nous faisons en sorte de créer de la valeur partagée et de faire de Legallais une entreprise « inspirante ». Ainsi, nous avons mis en place une politique d’intéressement en direction des salariés, mais aussi des primes de fin d’année. Nous pratiquons le management agile, via des groupes de projets, un comité de direction et des managers intermédiaires très attentifs à la qualité de vie au travail. Une fois par mois, nous organisons les « mardis Legallais » sur des thématiques variables, dans lesquels les salariés peuvent s’inscrire. Chaque année, un arboriculteur local met à disposition plus de 700 kg de pommes sur tous les sites de l’entreprise.

Legallais possède sa propre Fondation. Quel est son rôle et comment fonctionne-t-elle ?

P. N. : La fondation d’entreprise Legallais a été créée en 2010 et découle d’une réelle volonté de renforcer nos engagements en matière de développement durable et de responsabilité sociétale. Le conseil d’administration de la fondation est constitué de 15 membres, dont 10 sont des collaborateurs Legallais, et 5 sont des personnes extérieures à l’entreprise. Chaque année, la Fondation distribue plus de 100 000 euros d’aides pour l’emploi et le logement des personnes les plus démunies.

« Nous voulons conserver un capital très régional »

Philippe Nantermoz, PDG de Legallais à Caen-Hérouville
Philippe Nantermoz: "Chez Legallais, l’investissement le plus important est humain." — Photo : © Maryvonne Desdoits

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