Normandie

Réseaux économiques

Interview Pascal Esnouf : "Avec Sotraban, nous pouvons chasser en meute"

Entretien avec Pascal Esnouf, directeur de Sotraban (cluster d’entreprises de sous-traitance)

Propos recueillis par Isabelle Evrard - 01 septembre 2022

Cluster dédié aux sous-traitants industriels normands, Sotraban célèbre son cinquantième anniversaire. Pour l’occasion, le cluster sort un livre blanc destiné à faire un état des lieux de la sous-traitance industrielle normande et sur les nouveaux enjeux auxquels elle doit faire face.

Pascal Esnouf, directeur de Sotraban : "Le point névralgique de la croissance de toutes les entreprises, c’est le recrutement."
Pascal Esnouf, directeur de Sotraban : "Le point névralgique de la croissance de toutes les entreprises, c’est le recrutement." — Photo : JBQUETIN

Quelles sont les missions de Sotraban ?

Sotraban est un cluster créé il y a 50 ans, en 1972, à l’initiative de Michel d’Ornano, l’ancien maire de Deauville. Il avait décelé, déjà à l’époque, que les chefs d’entreprise avaient besoin de travailler en réseau et de rompre leur solitude. Sotraban regroupe aujourd’hui plus de 100 entreprises de sous-traitance adhérentes, ce qui représente environ 5 000 emplois sur les cinq départements normands. Des adhésions qui sont en augmentation de 25 % depuis mon arrivée à la direction il y a quatre ans. Notre mission est de fédérer les entreprises pour leur proposer des formations, des montées en compétences, de l’information, des participations collectives à des salons de sous-traitance industriels, mais également de répondre à des appels d’offres de façon collective pour chasser en meute.

Sotraban vient de réaliser un livre blanc sur les sous-traitants normands. Quel est son objectif ?

Le poids de la sous-traitance en France est important : il représente 57 338 entreprises, soit 551 744 salariés et 124 630 millions d’euros de chiffre d’affaires. Malheureusement, aucune étude n’a été réalisée sur le territoire normand et nous n’avons aucune donnée précise sur le nombre de sous-traitants en Normandie. D’où l’idée de réaliser ce Livre blanc et de faire un état des lieux, sur ce que représente la sous-traitance en Normandie, ses difficultés et ses enjeux. Cet ouvrage sera distribué auprès de tous les politiques, les EPCI ainsi que nos adhérents.

Quelles sont les problématiques rencontrées par vos adhérents aujourd’hui ?

Le point névralgique de la croissance de toutes les entreprises, c’est le recrutement. L’industrie, souffre encore malheureusement d’une image un peu désuète. Notre objectif est d’attirer le grand public et les jeunes. Notre rôle va être de multiplier les actions de communication, notamment via des vidéos métiers sur les réseaux sociaux, ainsi que des portes ouvertes dans nos entreprises normandes. Beaucoup de jeunes ne savent même pas ce qu’est la sous-traitance industrielle ! Selon une enquête que nous avons réalisée auprès de nos adhérents, 76 % des entreprises sont freinées dans leur développement en raison du manque de main-d’œuvre.

On parle beaucoup de relocalisation, d’achats locaux. Est-ce une réalité pour les sous-traitants normands ?

Effectivement, nous sentons un rebond. Notamment, avec les coûts de l’énergie qui ont flambé, de plus en plus d’acheteurs commencent à se poser des questions sur l’opportunité de traiter avec des sous-traitants locaux plutôt qu’avec des entreprises à l’autre bout du monde. Nous essayons de communiquer au maximum sur cette action et de signer des conventions avec des associations qui promeuvent la relocalisation.

Les fournisseurs de rang 1 des futurs parcs éoliens en mer se sont engagés à travailler avec les sous-traitants régionaux en signant une charte destinée à structurer une filière française des énergies marines, lors du dernier Salon Seanergy. Qu’en pensez-vous ?

C’est une avancée. Nous avons signé une convention avec WPD, la Banque des Territoires et Vattenfall. Mais ce n’est qu’une charte, il faudra voir dans les faits ! Quelques entreprises normandes ont obtenu des marchés, mais pas encore suffisamment à notre goût. Nous accusons trop de retard en France concernant l’éolien offshore. Les pays étrangers, comme la Grande-Bretagne, ont une dizaine d’années d’avance sur nous et la plupart des pièces sont fabriquées à l’étranger.

Quel est l’impact de la guerre en Ukraine pour les entreprises de sous-traitance ?

Les carnets de commandes des entreprises normandes sont bons, mais nous sommes freinés par les pénuries d’approvisionnements dans certaines comme le titane qui vient de l’Est. De même, nous sommes pénalisés par les problèmes de délais.

Quelle est la place de la RSE dans la sous-traitance ?

Elle prend une place de plus en plus importante. Sotraban était un précurseur en la matière puisqu’il y a 50 ans, l’idée, c’était de travailler ensemble et de trouver des partenaires locaux sans aller en chercher à des centaines ou des milliers de kilomètres. La RSE s’est étendue à d’autres enjeux aujourd’hui telles que l’économie, la pollution, la réactivité.

Comment la sous-traitance industrielle évoluera-t-elle dans le monde de demain ?

Au lieu de faire de la sous-traitance de capacité pour une ou deux pièces, nous répondrons à des marchés pour des sous-ensembles complets où toutes les pièces seront mélangées, de la mécanique à l’électronique, en passant par le plastique. C’est la force des entreprises de notre cluster d’être capable à plusieurs de pouvoir répondre et livrer un produit clé en main, contrôlé et prêt à fonctionner.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition