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Réseaux

Normandie : pourquoi se créent autant de réseaux de femmes chefs d'entreprise ? 

Par Isabelle Evrard, le 11 mars 2019

Le territoire normand connait un boom des réseaux dédiés aux femmes chefs d’entreprise. Au total, pas moins de treize réseaux permettent aux dirigeantes de se rencontrer pour partager expériences professionnelles et personnelles autour du monde de l’entrepreneuriat au féminin. Avec un objectif : accompagner les femmes dans leurs démarches et leur donner des outils pour réussir.

Le club Normandie Pionnières a embauché en début d'année 2019 une salariée en CDI
Le club Normandie Pionnières vient d'embaucher une salariée en CDI et compte une soixantaine d'adhérentes: ici à Deauville, à Normandes en Tête, le 8 mars 2019 — Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

Il en pousse aujourd’hui comme des champignons. De nombreux réseaux réunissant des dirigeantes et cadres d’entreprise ont vu le jour ces dernières années en Normandie. On en décompte au moins treize dans la région. Tous étaient représentés à la manifestation Normandes en Tête, le grand rendez-vous des femmes dirigeantes et de celles qui souhaitent se lancer dans la création d'entreprise, le 8 mars dernier, au Centre international de Deauville.

Ces réseaux rassemblent parfois des centaines de femmes. C’est le cas de Femmes & Challenges, lancé en novembre 2017 sous l’égide de la CCI Seine Estuaire. En un peu plus d’un an, le club a su réunir pas moins de 500 membres ! La moitié d’entre eux sont des dirigeantes et chefs d’entreprise de plus de trois ans d’activité, un quart sont à la tête d’entreprises de moins de trois ans. Le club réunit aussi des porteuses de projet et des influenceuses. Pourquoi un tel succès ? « Nous voulons construire un réseau agile, au service de l’audace entrepreneuriale des femmes », explique sa fondatrice Léa Lassarat, également présidente de la CCI Seine Estuaire.

Il faut dire que la France a encore du chemin à parcourir en ce qui concerne l’entrepreneuriat féminin. En 2018, seulement une entreprise sur trois est créée par une femme dans l’Hexagone. Et, la Normandie n'est pas la meilleure élève. Loin de là. La région ne se place qu’au 8e rang sur 12, en ce qui concerne les créations d'entreprises par des femmes.

Montrer la réussite au féminin

Le réseau Femmes & Challenges compte plus de 500 membres
Le réseau Femmes & Challenges compte plus de 500 membres - Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

Pour lutter contre cette disparité hommes-femmes, les dirigeantes normandes affichent un besoin croissant de se regrouper en réseaux pour partager des expériences et de démontrer que « la réussite au féminin, c’est possible ».

Comme beaucoup d’autres réseaux, Femmes & Challenges organise des rendez-vous autour de soirées conférences-débats, de partages d’expériences et solutions business opérationnelles, de workshops (table ronde ou visite d’entreprise), mais aussi le Femmes & Challenges Academy, un programme de formation complet et sur mesure pour la future femme entrepreneur.

« Les clubs et les réseaux contribuent à rompre l’isolement du chef d’entreprise et à créer du lien. Mais avec un réseau dédié aux femmes, on peut plus facilement trouver un écho à des problématiques communes, comme la difficulté à trouver des financements, se faire entendre dans des milieux professionnels où les femmes mettent plus de temps que les hommes à s’imposer. Avec l’objectif de trouver des solutions en commun pour avancer grâce à des réponses concrètes », commente Karine Soyer, membre du réseau Femmes & Challenges et à la tête de l’agence Heureux qui communique au Havre.

« Nous ne sommes pas un réseau féministe dans le sens revendicatif. Au contraire, nous cherchons à démontrer en quoi une femme qui entreprend a une valeur ajoutée. »

Un sentiment partagé par Clotilde Boyer, présidente et cofondatrice du réseau. « Toutes pour elles - Osez entreprendre », à Cherbourg, dans la Manche. Avec près de 70 adhérentes sur le département, le club, créé il y a trois ans, affiche sa volonté de sensibiliser les décideurs locaux, afin qu’ils reconnaissent les femmes entrepreneures comme un partenaire économique à part entière. « Nous ne sommes pas un réseau féministe dans le sens revendicatif, mais au contraire, nous cherchons à démontrer en quoi une femme qui entreprend a une valeur ajoutée : elle sait davantage que les hommes tisser du lien social, et statistiquement, les entreprises créées par les femmes durent plus longtemps », confirme la présidente.

Le club Work In Trouville était présente à Normandes En Tête 2019
Le club Work In Trouville était présente à Normandes En Tête 2019 - Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

De fait, selon le dernier baromètre Parité de Manageo, qui s’appuie notamment sur des données financières et sur le nombre d’entreprises « entrées en défaillance », souligne que les TPE gérées par des femmes ont 40 % de risque en moins de déposer le bilan qu’une TPE pilotée par un homme. Là encore, malgré ces bons chiffres, les mentalités doivent encore évoluer.  Dans les banques par exemple : les femmes obtiennent moins de financement que les hommes lors de la création d’une entreprise. Leur taux de rejet de crédit est ainsi de 4,3 %, soit près du double de celui des hommes.

Abattre les barrières

Un simple réseau Facebook dédié à l’entrepreneuriat féminin peut aussi faire le buzz : c’est le cas du réseau normand créé en juin 2017, « jekiffemaviedentrepreuneuseennormandie », qui rassemble déjà plus de 310 membres dans le Calvados, l’Eure et la Seine-Maritime, soit plus de 100 adhérentes en moins d’un an. « En créant ce réseau, j’avais envie de dire aux femmes "osez", car les hommes osent plus que nous. Toutes ensemble, on est plus fortes et on peut y arriver sans se mettre de barrières », précise la fondatrice Linda Marion.

Les réseaux féminins normands ont toutes un point commun : une volonté forte de se lancer dans le monde de l’entreprise et montrer que l’on peut s’y épanouir tout en conciliant sa vie privée de mère et d’épouse.

Le club Normandie Pionnières a embauché en début d'année 2019 une salariée en CDI
Le club Normandie Pionnières vient d'embaucher une salariée en CDI et compte une soixantaine d'adhérentes: ici à Deauville, à Normandes en Tête, le 8 mars 2019 — Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

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