Normandie

Aéronautique

Interview Normandie AeroEspace : « Nous voulons emmener nos membres au niveau européen »

Entretien avec Fabienne Folliot, déléguée générale Normandie AeroEspace

Propos recueillis par Sébastien Colle - 11 juin 2020

Si la situation de nombreux membres de la filière NormandieAeroEspace (NAE) est difficile, les annonces de soutien au secteur aéronautique ont redonné de l’espoir. Déléguée générale de NAE, Fabienne Folliot explique la stratégie mise en place par la filière pour aider les entreprises à surmonter une crise inédite pour un secteur jusqu’ici en plein développement.

"L’enjeu de compétitivité impose aux entreprises de garder une longueur d’avance, de se différencier sur le plan technologique et donc de développer toujours plus de Recherche Technologies Innovations (RTI)", souligne Fabienne Folliot.
"L’enjeu de compétitivité impose aux entreprises de garder une longueur d’avance, de se différencier sur le plan technologique et donc de développer toujours plus de Recherche Technologies Innovations (RTI)", souligne Fabienne Folliot. — Photo : NAE

Comment se portent les entreprises de la filière ?

Fabienne Folliot : C’est très variable selon les entreprises et leur niveau de dépendance au secteur de l’aéronautique. Celles qui sont très attachées à l’aéronautique souffrent beaucoup en termes de chiffre d’affaires. La situation est difficile également pour les entreprises multisectorielles dépendantes de l’aéronautique et du secteur automobile, également très impacté par la crise sanitaire. Par contre, celles qui disposent de relais dans les secteurs du médical ou encore du ferroviaire s’en sortent mieux. Au total, ce sont environ un tiers de nos entreprises qui subissent une forte tourmente face à la crise. Et si l’on entend que l’automobile pourrait reprendre véritablement en 2021, de son côté, l’aéronautique pourrait ne retrouver un niveau normal d’activité qu’en 2023. Le fait qu’il y ait, ou pas, une seconde vague épidémique sera très important pour le redémarrage des activités.

Les entreprises se sont-elles massivement servies des mesures d’aides ?

Fabienne Folliot : Oui, une immense majorité d’entre elles ont actionné le chômage partiel, certaines dès le début de la crise, d’autres seulement maintenant car elles ont pu tenir avec des commandes ou encore des congés. Beaucoup d’entreprises ont également déposé des dossiers pour le prêt garanti par l’État (PGE), avec, il faut le souligner, beaucoup d’accords de la part des banques. C’est une très bonne chose pour les trésoreries même si, sur le fond, cela reste un endettement.

Comment avez-vous accueilli les annonces de soutien à la filière par le gouvernement ?

Fabienne Folliot : Ce sont de bonnes nouvelles, attendues, même si nous attendons également de savoir dans quelle mesure le chômage partiel sera prolongé pour notre secteur d’activité, ses modalités et sa durée. Et même si près de la moitié des 15 milliards annoncés est destinée au soutien d’Air France, c’est aussi, à terme, la possibilité que la compagnie nationale puisse commander des avions. Ce qui est intéressant également c’est le court terme, avec les commandes du gouvernement d’A 330 ravitailleurs et d’hélicoptères pour l’Armée de l’air, la Gendarmerie et la Sécurité civile.

Les annonces vont aussi dans le sens de l’avion décarboné, et davantage de RTI (Recherche Technologie et Innovation, NDLR), avec un programme qui devrait permettre de gagner quinze ans pour ce nouveau type d’avion, passant à un objectif de développement complet pour 2035, contre 2050 précédemment, et un démonstrateur dès 2027 ! Si le tout électrique pose des problèmes de poids, notamment en matière de batteries, l’hydrogène a été identifiée comme une technologie prometteuse, et nous avons en région des spécialistes en ce domaine comme ArianeGroup à Vernon.

Comment NAE a-t-elle soutenu ses membres pendant cette période ?

Fabienne Folliot : Nous avons acheté 380 000 masques pour les entreprises de la filière, notamment par le biais de la Région Normandie. Nous nous sommes mobilisés pour leur venir en aide chaque jour, notamment en matière d’information. Nous avons également mis en place des groupes d’échanges par thématiques et niveaux de difficultés rencontrés, le tout afin de favoriser les bonnes pratiques.

Nous lançons également plusieurs initiatives pour aider les entreprises, avec en juin une action destinée à comprendre comment envisager une diversification de production. Nous allons proposer une action pour apprendre aux commerciaux comment travailler avec les nouvelles méthodes digitales de vente. En matière de ressources humaines, nous allons monter une plateforme dédiée car des entreprises de la défense ou du médical ont encore de forts besoins de recrutement. À l’inverse, certaines entreprises vont avoir moins de besoins et nous allons ainsi travailler au prêt de main-d’œuvre entre membres de NAE. Nous allons aussi accélérer nos actions dans le domaine de la défense, qui reste porteur.

Vous avez annoncé vouloir emmener vos membres au niveau européen. Quelle est votre stratégie ?

Fabienne Folliot : L’enjeu de compétitivité impose aux entreprises de garder une longueur d’avance, de se différencier sur le plan technologique et donc de développer toujours plus de Recherche Technologies Innovations (RTI). Renforcer sa Recherche & Technologie pour se diversifier encore plus par l’innovation est un objectif d’autant plus impérieux pour réagir face à la crise économique que nous traversons. Cet objectif est freiné par la diminution des subventions au niveau national et doit prendre en compte un retour sur investissement long pour la RTI dans les secteurs d’activité de l’aéronautique, du spatial et de la défense, d’où l’importance d’intégrer les opportunités RTI dans une feuille de route stratégique globale. C’est pourquoi nous avons identifié deux leviers majeurs avec la recherche de financements en subvention qui est plus important au niveau européen. Et également, le développement d’un éco-système facilitant l’émergence et le développement de cette RTI (industriels, laboratoires, partenaires, veille…). Les financements européens sont plus importants qu’au plan national, mais n’en sont pas moins complexes, c’est pourquoi nous voulons faciliter l’obtention de ces fonds européens par la connaissance des mécanismes européens et grâce à un réseau de partenaires-consultants experts, mais aussi améliorer l’identification et la reconnaissance de la filière dans les réseaux européens. L’objectif est aussi d’accéder aux appels d’offres RTI européens et de se positionner sur les futurs programmes RTI. Dans ce sens, NAE a focalisé ses efforts sur le programme européen CLEANSKY qui vise à réduire l’impact environnemental de l’aéronautique via différentes solutions technologiques qui permettront de diminuer l’émission de CO2, de NoX ou encore les émissions polluantes de bruit.

Comment vos entreprises pourront-elles répondre à ces appels d’offres très exigeants ?

Fabienne Folliot : NAE déploie un dispositif baptisé « Joyaux » qui regroupe des PME ou laboratoires membres de la filière, possédant une technologie ou un savoir-faire différenciant, et désireux de renforcer leur Recherche et Technologie/Développement via une stratégie sur le long terme, et de se positionner au niveau européen en allouant des ressources spécifiques à cet effet. À ces entreprises ou laboratoires, NAE propose une série de trois ateliers, un appui individualisé, du networking au niveau européen et le recours à des experts, en particulier pour le montage de dossier. Le dispositif Joyaux comporte déjà une première grappe qui regroupe 8 entreprises et laboratoires (Areelis Technologies, Arelis Normandie, Calip Group, laboratoire Coria, Heatself, Ingeliance, l’ISPA et Power System Technology, NDLR). L’objectif de l’action « Joyaux » est de pouvoir structurer en six mois un projet idéal pour les financements européens, les clés de lecture via des outils de veille technologique et d’acteurs, ainsi qu’une meilleure connaissance des financements européens avec un ciblage de call européen dédié. L’idée est de répondre à ces appels d’offres importants à plusieurs pour multiplier les chances.

"L’enjeu de compétitivité impose aux entreprises de garder une longueur d’avance, de se différencier sur le plan technologique et donc de développer toujours plus de Recherche Technologies Innovations (RTI)", souligne Fabienne Folliot.
"L’enjeu de compétitivité impose aux entreprises de garder une longueur d’avance, de se différencier sur le plan technologique et donc de développer toujours plus de Recherche Technologies Innovations (RTI)", souligne Fabienne Folliot. — Photo : NAE

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