Calvados

Politique

Mondeville ne veut pas d’Amazon sur son territoire

Par Isabelle Evrard, le 28 novembre 2019

Le géant mondial du e-commerce Amazon envisage d’installer un centre logistique sur la commune de Mondeville, destiné à desservir ses commandes sur le territoire du Calvados. Mais la maire de Mondeville, soutenue par le président de la communauté urbaine de Caen la Mer, refuse cette implantation.

Mondeville dit NON à Amazon ! — Photo : Amazon

Après New-York et Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), c’est au tour de la ville de Mondeville (Calvados) de dire non à Amazon. Le géant américain du e-commerce a en effet entamé des tractations, via un aménageur privé, pour installer un entrepôt logistique de 10 000 m2, sur un terrain de 50 000 m2, sur la commune. Le site est destiné à assurer les commandes de Caen et du département. Amazon y annonce la création de 150 emplois nets sur Mondeville. Un argument réfuté par la maire de la ville Hélène Burgat (divers gauche), farouchement opposée à cette implantation, de même que le président de Caen la Mer, Joël Bruneau (également maire de Caen).

Analyse de Mounir Mahjoubi

Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au Numérique.
Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au Numérique. - Photo : Gilles Cayuela - Le Journal des Entreprises

Dans un communiqué de presse, Hélène Burgat dénonce l’impact social, économique et environnemental du géant du e-commerce. « La création d’entreprise ne doit pas se faire au détriment de l’intérêt commun », avance l’élue.

Elle se base sur une note d'analyse de Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’Etat au Numérique, parue il y a quelques jours. Ce document, intitulé Amazon : vers l’infini et Pôle Emploi, a réalisé une estimation de l’impact sur l’emploi du géant américain en France : « Amazon détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée. A chiffre d’affaires équivalent, ses entrepôts embauchent 2,2 fois moins de salariés que les commerçants traditionnels. Son activité retail, soit hors marketplace, a potentiellement supprimé 10 400 emplois dans le commerce de proximité (en équivalent temps plein). Marketplace comprise, ce seraient 20 200 postes en moins », avance l’ancien secrétaire d’Etat.

Fausse promesse de créations d'emplois ?

Pour Hélène Burgat, « de nombreux rapports révèlent que, pour un emploi créé par Amazon, plus de 2 seraient détruits dans le commerce physique traditionnel. À Mondeville, la promesse est de 150 emplois nets créés : combien de centaines seraient détruits sur l’agglomération ? »

« Nous devons envoyer un signal fort à Amazon pour qu’il sache qu’ici, à Mondeville, son modèle de société n'est pas le bienvenu. »

Et la maire de poursuivre sa démonstration : « En termes d’impôt, premier levier de la solidarité, l’essentiel du chiffre d’affaires d’Amazon réalisé en France serait dissimulé. Ses bénéfices seraient très largement sous-estimés, grâce à un système d’optimisation, d'évasion fiscale via le Luxembourg. En échappant à l’impôt, non seulement Amazon ne prend pas sa part de la solidarité, mais elle pratique également une concurrence déloyale qui pèse sur tout le secteur de la vente en ligne et sur le commerce physique. Ensuite, les conditions de travail et les techniques managériales imposées à une main d’oeuvre précaire peu qualifiée seraient particulièrement pénibles. Enfin, en termes d’impact écologique, le volume des achats (15 milliards par an), le stockage numérique de ses données, le développement de la livraison ultra-rapide, impactent fortement l’environnement. »

Le maire de Mondeville dit être consciente que « juridiquement, nous n’avons que peu de marges de manœuvre. Nous devons envoyer un signal fort à Amazon pour qu’il sache qu’ici, à Mondeville, son modèle économique, et plus largement, son modèle de société, ne sont pas les bienvenus. » Le dossier sera abordé ce jeudi 28 novembre en bureau communautaire.

Mondeville dit NON à Amazon ! — Photo : Amazon

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