Rouen

Chimie

Lubrizol : un sinistre industriel majeur

Par Sébastien Colle et Isabelle Evrard, le 30 septembre 2019

Le Premier Ministre Edouard Philippe s’est rendu lundi 30 septembre, dans la soirée, sur le site de Lubrizol à Rouen pour « comprendre l’impact de l’incendie ». La direction a porté plainte contre X pour « dégradation involontaire de biens. » La situation reste difficile avec de nombreux fûts endommagés à traiter. Un plan d'aide aux entreprises impactées a été mis en place.

Le Premier ministre Edouard Philippe à Rouen suite à l'incendie du site chimique Lubrizol en septembre 2019
Edouard Philippe a constaté l’ampleur des dégâts sur le site de Lubrizol, à Rouen, lundi soir — Photo : © Sébastien Colle/JDE

Dans la nuit du 25 au 26 septembre, un feu a impacté les unités d’entreposage et d’enfûtage du site de Lubrizol France à Rouen. L’incendie n’a heureusement fait aucune victime mais les dégâts sont considérables au niveau de la zone de stockage des produits de cette usine qui fabrique des produits additifs pour lubrifiants. D’importantes fumées noires ont notamment envahi toute une partie de l’agglomération rouennaise, et les vents aidant, le panache de fumée a été vu jusque dans les Hauts de France. Une enquête est en cours depuis jeudi pour déterminer les causes de l’incendie.
Selon la direction, « la vidéo surveillance et des témoins oculaires indiquent que le feu a tout d’abord été observé et signalé à l’extérieur du site de Lubrizol Rouen, ce qui suggère que l’origine du feu est extérieure à l’usine et que le feu s’est ensuite propagé sur le site. » Des constatations confirmées par le P.-D.G. France de Lubrizol, Frédéric Henry, lors de la venue du Premier Ministre, Édouard Philippe, sur le site lundi soir. La société Lubrizol a donc déposé une plainte contre X pour « destruction involontaire par explosion ou incendie ». Le parquet de Rouen a ouvert une enquête pour « destructions involontaires » et « mise en danger d’autrui ».

Présence de dioxine

Sur place, le Chef du Gouvernement a constaté l’ampleur des dégâts : « C’est un incendie considérable, spectaculaire et dangereux. Les odeurs sont dérangeantes, mais elles ne sont pas nocives. Le Gouvernement est mobilisé pour en déterminer les causes et conséquences du sinistre. Nous voulons l’absolue transparence sur ces événements. » À ce stade de l’enquête, le Premier ministre n’a toutefois pas commenté les hypothèses sur les causes de l’incendie et dit avoir toute « confiance dans les analyses scientifiques effectuées quant à la pollution de l’air. » Même s’il a par la suite admis devant les membres du Sénat « Nous ne savons pas tout aujourd’hui ». Depuis, l’INERIS (institut national de l’environnement industriel et des risques) a rendu public les premiers résultats de mesures révélant que l’incendie de Rouen a probablement provoqué des émissions de dioxines, des polluants organiques toxiques persistant dans l’environnement, mais dont les niveaux mesurés « sont relativement faibles ».

Le Premier ministre s’est par ailleurs engagé à « accompagner » les agriculteurs de Seine-Maritime et des autres régions qui pourraient être touchés par les conséquences de l’incendie. Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume a, pour sa part, promis une indemnisation totale aux agriculteurs dont la production a été touchée par les suies issues de l’incendie de l’usine chimique de Lubrizol.

L’Assemblée nationale a créé une mission d’information qui doit amener des informations complémentaires sur les quelques 5 200 tonnes de produits chimiques (hydrocarbures, huiles, additifs) partis en fumées dans l’entrepôt de l’usine. La publication de la liste des produits stockés dans le bâtiment a été autorisée mardi par le Premier Ministre. Le Sénat a pour sa part choisi de créer une commission d’enquête dédiée afin d’étudier les faits et réactions de l’exécutif, le tout pour une durée de six mois.

Un nuage d'épaisses fumées noires, de 22 km de long et 6 km de large, s'est répandu sur l'agglomération rouennaise et jusqu'aux Hauts de France, suite à l'incendie de l'usine chimique de Lubrizol.
Un nuage d'épaisses fumées noires, de 22 km de long et 6 km de large, s'est répandu sur l'agglomération rouennaise et jusqu'aux Hauts de France, suite à l'incendie de l'usine chimique de Lubrizol. - Photo : S.C

Vers une reprise de l’activité ?

Au lendemain de l’incendie, l’entreprise a dépêché une trentaine de ses employés rouennais pour aider les pompiers et contribuer à la réalisation des tests environnementaux, au nettoyage et aux différentes enquêtes. « Nous avons également commencé à préparer le site pour le retour aux opérations afin de permettre aux 420 employés de Rouen de reprendre leur travail en toute sécurité et lorsque les conditions seront acceptables. Les premiers éléments indiquent qu’en dehors des zones d’enfûtage et d’entreposage, le site de Rouen été très peu, voire pas du tout, endommagé » indique la direction dans un communiqué. L’entreprise espère une reprise prochaine de son activité. D’autres salariés travaillent également depuis le site Lubrizol du Havre pour fabriquer et d’expédier les produits.

Traitement des pollutions

Cependant, près de 160 fûts endommagés par l’incendie, et qui continuent à dégager de fortes odeurs, doivent être traités par Lubrizol qui a fait appel à un spécialiste de l’élimination des déchets industriels. Un dispositif d’élimination a été validé par le préfet qui « impose la méthodologie d’action à Lubrizol », sur la base de l’installation d’une tente fermée de 55m sur 25 m sur la zone contenant les fûts endommagés. La tente sera reliée au dispositif pérenne du site pour l’élimination des émissions de mercaptan (utilisé comme traceur pour le gaz de ville à l’origine d’un incident sur le site rouennais en 2013) et d’hydrogène sulfuré. De plus, 15 hydrocureurs résorbent la nappe de boue issue de l’extinction de l’incendie. La nappe devrait être supprimée d’ici la fin de semaine, selon la préfecture.

Suite à l’explosion de la toiture en fibrociment de la zone de stockage, une campagne de prélèvements est réalisée dans un rayon de 800 mètres autour du site. Les fragments de la toiture retrouvés aux environs du site, et parfois à distance, sont éliminés par des entreprises spécialisées dont le coût et la mise en œuvre des opérations d’élimination est « entièrement pris en charge par Lubrizol », précise la préfecture.

Un plan de soutien pour les entreprises impactées

Les entreprises situées dans un périmètre de 500 m autour de l’incendie du site Lubrizol, bénéficient de plusieurs dispositifs de soutien. Parmi ceux-ci, le dispositif de l’activité partielle, une aide aux entreprises confrontées à une baisse d’activité, pour lequel le Préfet de Seine-Maritime a décidé de faciliter la mobilisation. Un numéro d’appel d’urgence (02.32.76.16.60) permet également de répondre aux questions des chefs d’entreprise (35 appels depuis le 26 septembre). De leur côté, la DRFIP et l’URSAFF indiquent faciliter les demandes de délais de paiement des charges fiscales et sociales en cas de difficultés.

Le Premier ministre Edouard Philippe à Rouen suite à l'incendie du site chimique Lubrizol en septembre 2019
Edouard Philippe a constaté l’ampleur des dégâts sur le site de Lubrizol, à Rouen, lundi soir — Photo : © Sébastien Colle/JDE

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