Rouen

Chimie

L'incendie de Lubrizol amène l'entreprise à revoir son organisation

Par Sébastien Colle, le 23 septembre 2020

Un an après le gigantesque incendie du site rouennais de Lubrizol France, survenu le 26 septembre 2019, l’usine du chimiste américain reste fragilisée par les conséquences de l’accident et a dû revoir son organisation.

Nettoyée et totalement dégagée, la zone de l’incendie (11 000m2) porte cependant encore de nombreux stigmates du brasier qui s’est propagé entre les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique ou étaient stockées 9000 tonnes de produits finis en fûts (de type huiles pour moteurs).
Nettoyée et totalement dégagée, la zone de l’incendie (11 000m2) porte cependant encore de nombreux stigmates du brasier qui s’est propagé entre les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique ou étaient stockées 9000 tonnes de produits finis en fûts (de type huiles pour moteurs). — Photo : S.C

L’entreprise Lubrizol est ressortie « fragilisée » par les conséquences du gigantesque incendie survenu le 26 septembre 2019, mais aussi par l’impact de la crise sanitaire liée au Covid-19, a estimé Isabelle Striga, présidente de Lubrizol France, lors d’une conférence de presse organisée le 22 septembre sur le site rouennais du chimiste américain (400 salariés). Nettoyée et totalement dégagée, la zone de l’incendie (11 000 m2) porte cependant encore de nombreux stigmates du brasier qui s’est propagé entre les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique, où étaient stockées 9 000 tonnes de produits finis en fûts (de type huiles pour moteurs).

« L’incident a porté un coup à l’image de l’entreprise et la pandémie s’est ajoutée ensuite. Deux causes de difficultés successives assez invraisemblables », s’est désolée la dirigeante qui a affirmé que le site était « conforme à la réglementation le jour de l’incendie et que Lubrizol a répondu avec abnégation aux exigences qui lui étaient demandées ». Et si les causes de l’incendie demeurent encore pour l’instant « inconnues », selon la dirigeante de Lubrizol, celle-ci souligne tout de même que le fait de connaître la vérité « est essentiel pour Lubrizol car nous avons dû faire face à une déferlante d’informations inexactes. Nous restons perplexes sur le fait qu’il y ait eu suffisamment d’énergie pour faire prendre un feu sur une zone de notre usine qui était sans activité. Un tel incendie était improbable dans ces conditions sur notre site selon nos études. La zone de départ supposée de l’incendie se situe dans un cercle de part et d’autre des limites de propriété des deux entreprises. Aujourd’hui, on en est là ».

Retisser les liens avec le territoire

Face à l’émotion encore vivace chez les Rouennais et les inquiétudes liées au nuage de fumée dégagé par l’incendie, la dirigeante s’est voulu rassurante : « Lubrizol a pris part aux 265 000 résultats d’analyses qui indiquent qu’aucun seuil n’a été dépassé et que les toitures en fibro-ciment n’ont pas généré de dégagement de fibres d’amiante. L’ensemble des données récoltées prouve l’absence d’impact sur la santé et l’environnement de cet incendie ».

Un discours qui vise à apaiser les tensions et à prouver la volonté de l’entreprise à s’engager sur le territoire rouennais : « Nous voulons retisser des liens avec le territoire et agir pour assurer des relations viables entre tous », assure la présidente de Lubrizol qui souligne avoir reçu « à de nombreuses reprises » le comité des riverains depuis l’incendie. Des déclarations qui viennent conforter la continuité d’activité du site rouennais, indispensable à l’entreprise pour Isabelle Striga : « La France est la plus grosse filiale étrangère de Lubrizol. Il y a ici des savoir-faire que nous avons voulu sauver et préserver. Nous voulons continuer à nous engager pour ce territoire ».

"Ce qui s'est passé le 26 septembre 2019 ne pourra plus se passer", assure Isabelle Striga, présidente de Lubrizol France.
"Ce qui s'est passé le 26 septembre 2019 ne pourra plus se passer", assure Isabelle Striga, présidente de Lubrizol France. - Photo : S.C

Réorganisation de la production et de la logistique

La présidente de Lubrizol France a annoncé que le site rouennais, spécialisé dans la fabrication d’additifs pour tout type de lubrifiants (principalement dans les moteurs de véhicules), serait opérationnel à un niveau d’activité « normal » à partir du mois d’octobre (le site avait connu deux reprises d’activité partielle en décembre 2019 pour les unités mélanges et en juillet 2020 sur l’activité dispersants), même si l’usine enregistre un tiers d’activité en moins, certains clients s’étant tournés vers d’autres sites d’approvisionnement suite à l’incendie. Ce qui ne devrait pas entraîner d’impact sur l’emploi précise la présidente de Lubrizol France : « Nous avons gardé tous les salariés et il n’y a pas de prévision de réduction de la masse salariale ». Et si l’usine de Rouen continue de fabriquer une partie des produits intermédiaires (qui entrent dans la fabrication des produits finis) « mais pas tous ceux d’avant l’incendie », une autre partie de ces produits arrive à présent du site havrais et d’autres sites du chimiste américain. Au total, ce sont 90 % de produits conditionnés en moins présents sur le site rouennais, selon la direction.

L’entreprise, qui ne compte plus stocker ses produits sur le site de Rouen, travaille à la refonte complète de sa chaîne logistique. « Les entrepôts de stockage ne seront pas reconstruits sur la zone incendiée. Ce qui s’est passé le 26 septembre 2019 ne pourra plus se passer », assure Isabelle Striga. Sur l’emplacement du sinistre, la direction de Lubrizol souhaite installer des panneaux solaires qui devraient alimenter en partie les besoins en électricité du site, ainsi qu’un lieu végétalisé à usage des salariés.

Nettoyée et totalement dégagée, la zone de l’incendie (11 000m2) porte cependant encore de nombreux stigmates du brasier qui s’est propagé entre les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique ou étaient stockées 9000 tonnes de produits finis en fûts (de type huiles pour moteurs).
Nettoyée et totalement dégagée, la zone de l’incendie (11 000m2) porte cependant encore de nombreux stigmates du brasier qui s’est propagé entre les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique ou étaient stockées 9000 tonnes de produits finis en fûts (de type huiles pour moteurs). — Photo : S.C

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