Manche

Industrie

Le verrier Aurys Industries prend un nouveau départ

Par Isabelle Evrard, le 19 septembre 2022

Filiale du groupe Saint-Gobain de 1996 à 2021, l’entreprise manchoise Aurys Industries, spécialiste de la transformation du verre pour l’aménagement intérieur à Carentan-les-Marais, vole de ses propres ailes depuis juillet 2021. Cette séparation avec le groupe multinational a permis à l’entreprise de se réorganiser, de mettre l’accent sur l’innovation et de s’ancrer davantage dans le territoire normand.

Aurys Industries souhaite également investir dans la modernisation de son usine et s’orienter vers une industrie 4.0.
Aurys Industries souhaite également investir dans la modernisation de son usine et s’orienter vers une industrie 4.0. — Photo : Aurys Industries

Installée à Carentan-les-Marais, dans la Manche, depuis 1972, l’entreprise Aurys, spécialiste de la transformation du verre pour l’aménagement intérieur, a retrouvé son indépendance depuis le 1er juillet 2021. En effet, le groupe Saint-Gobain, sa société mère, a décidé de restructurer son portefeuille d’activités pour se concentrer davantage sur l’habitat et la construction. Une stratégie qui a amené le groupe international à se séparer de ses deux filiales de transformation du verre plat : l’allemande GVG Deggendorf, située en Bavière (160 salariés ; 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020) et la normande Aurys Industries (150 salariés ; 25 millions d’euros de chiffre d’affaires). Une séparation qui n’a pas entravé le développement de l’entreprise. "C’est un peu un retour aux sources puisque Aurys était indépendante depuis sa création en 1972 jusqu’en 1996, date à laquelle elle était entrée dans le giron de Saint-Gobain", commente Samir Bou-Obeid, repreneur et président d’Aurys Industries. Le nouveau dirigeant n’est pas un novice dans l’industrie du verre, puisqu’il a effectué sa carrière au sein du groupe Saint-Gobain, comme directeur général de Saint-Gobain Glass France, puis comme vice-président de Saint-Gobain Abrasives Head India & Middle East et vice-président Performance Ceramics & Refractories.

Renouer des liens avec son territoire

Aurys Industries a retrouvé son indépendance depuis juillet 2021.
Aurys Industries a retrouvé son indépendance depuis juillet 2021. - Photo : Isabelle Evrard

La sortie du groupe Saint-Gobain s’est déroulée "en douceur" comme le rappelle le directeur commercial Renaud Le Martret. "Nous avons aussitôt bénéficié d’un avis favorable des représentants du personnel de l’entreprise et la prise de direction s’est montrée relativement rapide car il s’agissait davantage de continuité que de changement."

Lors du rachat, l’entreprise a bénéficié du soutien financier de la Région Normandie à hauteur de 700 000 euros : 500 000 euros pour aider aux investissements nécessaires dans le cadre de la reprise, et 200 000 euros pour pallier le besoin de trésorerie.

Atout non négligeable, ce changement a permis à la direction et aux équipes de redécouvrir leur territoire et de mieux se l’approprier en tissant des liens durables avec le secteur économique normand. "Même si Saint-Gobain reste notre principal client puisqu’il représente 30 % des ventes, nous avons pu reprendre contact avec des fournisseurs locaux comme la Glacerie de Tourlaville à côté de Cherbourg. Des liens avec le territoire qui n’étaient pas forcément mis en avant par la précédente direction de Saint-Gobain davantage tournée vers Paris. C’est un peu la limite de gestion d’un grand groupe multinational. Aujourd’hui, nous avons une gestion plus familiale", confirme Samir Bou-Obeid. Le repreneur a ainsi pu mettre en place une nouvelle stratégie de développement : "En une année, nous avons déjà parcouru beaucoup de chemin : l’orientation clients et l’approche tarifaire ont été optimisées et nous avons lancé une activité marketing avec une identité de marque."

Développer l’export

Aurys Industries, Carentan-les-Marais, verre
Aurys Industries, Carentan-les-Marais, verre - Photo : Aurys Industries

Installé sur un site de 30 000 m² d'ateliers d’où sortent chaque année plus de deux millions de mètres carrés de verre, Aurys est le seul fabricant de miroirs en France, tous verriers confondus. L’entreprise intervient sur deux autres marchés, dont celui des verres laqués destinés au marché de l’aménagement intérieur, de l’ameublement et de la décoration, notamment des parois de douche qu’elle vend sous sa propre marque. L’entreprise transforme également le verre pour des usages industriels tels que le verre de sécurité, le verre sérigraphié, ou encore l’impression digitale sur verre.

Aurys Industries affiche un chiffre d’affaires en croissance à 25 millions d’euros millions en 2021 (contre 21 M€ en 2020) et espère atteindre 27 à 28 millions d’euros à la fin de l’année 2022. Elle réalise 50 % de son chiffre d’affaires à l’export dans dix-huit pays. L’international constitue une des priorités du dirigeant qui souhaite développer la part du chiffre d’affaires à l’export : "Nous avons ouvert une filiale en Allemagne, Aurys Deutschland, avec l’aide de Team France Export, le dispositif d’accompagnement des entreprises à l’international des CCI, et nous commercialisons notre production en Grande-Bretagne et au Benelux. L’entreprise aimerait à présent se tourner vers l’Australie mais aussi vers Dubaï, où Samir Bou-Obeid s’est rendu avec une délégation de chefs d’entreprise et de la Région Normandie fin 2021. "Nous avons pu prendre des contacts intéressants et nous réfléchissons à la création d’une extension de notre usine au Moyen-Orient", ajoute le PDG.

Des carnets de commandes bien remplis

Aurys Industries, Carentan-les-Marais, verre
Aurys Industries, Carentan-les-Marais, verre - Photo : Aurys Industries

Outre le développement à l’international, Aurys Industries veut également investir dans la modernisation de son usine et s’orienter vers une industrie 4.0 : "Au total, quatre millions d’euros seront engagés dans les trois ans à venir à la fois pour automatiser et digitaliser nos outils de production. L’objectif étant d’être plus productifs et de gagner en compétitivité", confirme le dirigeant confiant dans l’avenir : "Nous avons une trésorerie saine et nos carnets de commandes sont pleins avec une visibilité sur deux mois et des projets récurrents. C’est une visibilité normale dans notre métier."

Avec la crise internationale et la guerre en Ukraine, l’entreprise est néanmoins confrontée à une pénurie et une inflation du prix des matières premières : le prix du verre a de fait, été multiplié par deux par rapport au prix historique en une année. Une augmentation qui oblige l’entreprise normande à le répercuter "habilement" sur sa clientèle en lissant les hausses dans le temps. "Nos clients sont très compréhensifs car ils ne veulent pas prendre le risque de subir des ruptures d’approvisionnement." L’entreprise espère aussi équilibrer les hausses et récupérer du capital grâce à la réduction de sa facture énergétique, notamment grâce au remplacement de son four de trempe (pour le traitement thermique des métaux), moins consommateur d’énergie de 30 % par rapport à l’actuel.

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