Orne

Métallurgie

Interview Karl Lemaire (groupe AC-DIS) : " J’ai racheté Eurofac pour recréer une dynamique économique sur le site "

Entretien avec Karl Lemaire, dirigeant du groupe AC-DIS

Propos recueillis par Isabelle Evrard - 07 juin 2022

À la tête du Groupe AC-DIS depuis 1994, société spécialisée dans la distribution d’accessoires métalliques, Karl Lemaire s’est fixé un nouveau défi en rachetant son sous-traitant Eurofac à Rai dans l’Orne : celui de réindustrialiser le site normand et d’y créer une nouvelle dynamique économique.

Karl Lemaire : "Depuis que je suis entré dans le monde entrepreneurial, mon combat a toujours été de m’approvisionner en France et Europe".
Karl Lemaire : "Depuis que je suis entré dans le monde entrepreneurial, mon combat a toujours été de m’approvisionner en France et Europe". — Photo : AC-DIS

Vous avez racheté Eurofac, entreprise ornaise spécialisée dans le matriçage du laiton pour la fabrication d’accessoires métalliques à la barre du tribunal en 2020. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette société ?

"Je dirige le groupe AC-DIS (50 salariés ; 6 M€ de CA) depuis 1994, une société spécialisée dans la distribution d’accessoires métalliques pour différents secteurs dont celui de la maroquinerie haut de gamme, et Eurofac était un de mes sous-traitants. Cette entreprise existe depuis 1929, et travaille le matriçage du laiton à Rai, près de l’Aigle. Quand elle a été mise en liquidation judiciaire, je me suis rendu sur place et j’ai découvert un site extraordinaire doté de machines qui sont aujourd’hui quasiment introuvables en France. Dans les années 1990 l’usine comptait encore 250 salariés, alors qu’au moment de la liquidation elle n’en employait plus que quatre ! Il n’était pas question de laisser partir ces équipements à la déchetterie et de perdre tout ce savoir-faire ancestral. J’ai eu un véritable coup de cœur pour l’entreprise, et en la rachetant, cela m’a permis par la même occasion de sauver mon propre sous-traitant et de conserver mes productions."

Ce n’est pas la première entreprise que vous rachetez dans ce domaine…

"Effectivement, je suis en train de me spécialiser dans le sauvetage des outils de production centenaires, qui sont irremplaçables par des machines modernes. J’ai racheté en 2003, une fonderie d’étain basse pression située à Paris au bord de la faillite ; en 2012, la société belge Unifast Daudé, créée par G.Daudé, l’inventeur de l’œillet en métal, et quatre ans plus tard, la Maison Poursin, bouclerie parisienne historique spécialisée dans la production de pièces pour attelage, harnachement et maroquinerie du luxe. Ma dernière acquisition en date, c’est la Manufacture d’articles métalliques Usine Union en Belgique en 2021. Ce sont des marchés de niche, mais nous sommes partout : sur les sacs, les chaussures, les ceintures, dans les haut-parleurs de voitures…"

Quel est votre projet pour le site d’Eurofac ?

"Le projet global se monte à près de 700 000 euros d’investissement. L’activité de l’usine était davantage orientée sur des marchés industriels, tels que des compresseurs ou des percolateurs. Je souhaite diversifier l’activité de cette usine pour l’adapter notamment à la maroquinerie de luxe."

Quelles sont les prochaines étapes de la réindustrialisation du site ?

"Nous disposons de 20 000 m2 de surface avec quatre gros bâtiments. En parallèle, j’ai racheté le matériel industriel de plusieurs sous-traitants victimes de la crise sanitaire. Une vingtaine de machines sont destinées au site ornais pour y développer un département polissage et un département production. Mon prochain objectif est de trouver les financements et de relancer l’activité sur d’autres types de fabrication, non plus sous le nom de Eurofac mais sous le nom d’AC-Dis Production, et de récréer sur le site une nouvelle dynamique économique avec, sur place, trois à quatre sociétés. D’ici quatre ans, la plus ancienne partie des bâtiments du site de L’Aigle, accueillera la collection équestre de la maison Poursin : elle sera transformée en une boutique/musée : une façon d’attirer une clientèle internationale, notamment les Émirats arabes unis où la culture du cheval est très développée. Une quinzaine de salariés pourraient travailler sur le site d’ici quatre à cinq ans."

Quelle place la relocalisation industrielle tient-elle dans votre démarche ?

"Depuis que je suis entré dans le monde entrepreneurial, mon combat a toujours été de m’approvisionner en France et Europe. Je suis pro-européen à 850 % et force est de constater que depuis 27 ans maintenant, mon éthique n’a pas varié et s’est avérée payante. Non seulement, j’ai réussi à sauver des équipements centenaires mais aussi un savoir-faire, une mentalité attachée à une région."

Quel est le moteur de votre engagement entrepreneurial ?

"Je suis dans le monde de la TPE et PME depuis 30 ans. J’ai une relation humaine très importante et je crois beaucoup en la valeur de l’homme. On me pose souvent la question de savoir pourquoi je ne regroupe pas toutes mes entreprises en une seule : c’est parce que chaque entité à sa spécialisation et il ne faut pas tout mélanger, il faut conserver l’âme de chaque entreprise tout en laissant de l’autonomie à ses employés. Mon grand plaisir du week-end est de faire le tour de mes entreprises, c’est mon art de vivre. Souvent on me compare à Bernard Tapie, sauf que moi, quand je sauve des boîtes c’est pour les faire durer !"

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