Rouen

Jean-Michel Mongrédien : Le cinéma dans la peau

Par la rédaction, le 08 octobre 2010

Passionné de cinéma, Jean-Michel Mongrédien a voué sa vie au septième art. Réalisateur, producteur, directeur de salles, créateur du festival du cinéma nordique à Rouen, c'est un touche à tout insatiable. Chantre du cinéma d'Art et d'essai, il se bat pour le faire perdurer à Rouen.
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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Un homme veut réaliser un film mais rencontre de nombreuses difficultés avec les producteurs, les acteurs... Largement autobiographique, le «Rôle effacé de Marie» tourné en 1978 par Jean-Michel Mongrédien est emblématique de la vie de cet homme de cinéma, touche à tout insatiable. Le directeur du cinéma d'art et d'essai «Le Melville», à Rouen, se découvre très tôt une passion pour le cinéma, grâce à sa mère qui l'emmène plusieurs fois par semaine voir des films: «À l'époque, le cinéma, c'était le rêve. Très vite, j'ai voulu faire partie de ce monde». Dès 1969, alors qu'il travaille comme ouvrier de fabrication chez Saint-Gobain, il commence à réaliser des films de fiction.




Le cinéma en professionnel

Son second long-métrage «Les petites galères», l'histoire d'un jeune homme qui partage sa vie entre deux femmes, réussit à trouver un distributeur et le film sort en salle en 1976. Une période pendant laquelle Jean-Michel Mongrédien vit de petits boulots entre Paris et Rouen. Désireux de vivre différemment de ses parents, son père était ouvrier à la chaîne et sa mère employée de bureau, il teste entre1972 et1975 la vie en communauté à Sotteville lès Rouen. En 1980, il s'installe définitivement à Rouen pour prendre la tête du cinéma d'art et d'essai l'Ariel à Mont-Saint Aignan: il ne le quittera plus jusqu'en 2002. «C'est Pierre Albertini qui m'a confié les commandes, il y avait entre nous un respect du travail». Un intervalle de vingt ans qu'il met à profit, entre autres, pour tourner d'autres films et monter une société de production pour films publicitaires.




Le cinéma nordique

Réalisateur, producteur, directeur de salle, Jean-Michel Mongrédien veut aller encore plus loin dans sa passion cinématographique. Marié à une norvégienne, ses voyages dans sa belle-famille le convainquent que le cinéma d'Europe du Nord recèle un potentiel: «J'ai voulu montrer cette jeune génération occultée par Bergman, et pour laquelle il était important d'être vu en France». Le festival du cinéma nordique nait en 1988: vingt ans après sa dernière édition, il enregistre 33.000 entrées sur douze jours et une centaine de films projetés. Parallèlement, Jean-Michel Mongrédien poursuit sa carrière de directeur de salle et rachète, en 1990, le «Ciné Bijou», ancienne salle de cinéma porno de Rouen, pour la transformer en salle d'art et d'essai: «Le Melville».




Clap de fin?

À partir de 1996 il doit lutter avec l'UGC sur le créneau Art et essai: «C'est le début des difficultés». Mais, le départ d'UGC du centre-ville en 2001 lui offre l'opportunité de récupérer une salle avec quatre écrans. Il est alors soutenu par la ville et les collectivités. En 2001, après le départ de Pierre Albertini, devenu maire de Rouen, il perd la direction de l'Ariel et se replie sur sa nouvelle salle. Si les trois premières années fonctionnent bien, la concurrence d'UGC lui crée à nouveau des problèmes: «À partir de 2005, nous avons demandé des aides, que nous avons eu jusqu'en 2008. Mais, avec le départ de Pierre Albertini et l'arrivée de la nouvelle équipe à la mairie de Rouen, les subventions se sont arrêtées!» Depuis, la ville et la Région ont racheté le cinéma Gaumont en centre-ville avec l'ambition d'en faire une salle d'art et d'essai, dans le cadre d'une délégation de service public. «J'ai monté un dossier pour ce projet mais ma proposition a été rejetée. Pour moi, les jeux étaient faits d'avance, c'est pourquoi j'ai déposé des recours. J'estime que tout cela n'a pas été transparent». L'homme du cinéma d'art et d'essai de Rouen est aujourd'hui amer et inquiet: «Je n'ai besoin que de 80.000euros de subventions par an, une somme dérisoire pour les collectivités concernées. À terme, c'est le public qui sera perdant. Il existe aujourd'hui à Rouen, une vraie menace de désertification cinématographique».



Sébastien Colle

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