Rouen

Assurance

Interview Groupe Matmut : « Nous nous adaptons pour être en capacité de faire face à un état de crise permanent »

Entretien avec Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut

Propos recueillis par Sébastien Colle - 15 décembre 2020

Malgré les impacts de la crise sanitaire, Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe d'assurance mutuelle Matmut, attend des résultats satisfaisants pour 2020. L'assureur veut poursuivre une stratégie de partenariats mais écarte tout nouveau rapprochement comme celui non abouti avec AG2R La Mondiale en 2019. La Matmut, qui fêtera ses 60 ans en 2021, veut également affirmer sa "raison d’être" et ses valeurs dans le cadre d’un grand projet d’entreprise.

Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut.
"La crise révèle la capacité des entreprises à trouver des trésors d’adaptation pour poursuivre leur activité", estime Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut. — Photo : Matmut

Comment le groupe Matmut (2,25 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, 6 300 collaborateurs) s’est-il adapté à la crise sanitaire ?

Nicolas Gomart : Nous nous sommes adaptés à la nouvelle donne. Nous avons connu, comme tous, ce choc brutal du premier confinement, qui a bouleversé nos modes de fonctionnements. Dès le mois de mars, nous nous sommes adaptés grâce au travail à distance. Pour le second confinement, l’expérience acquise nous a permis de réagir rapidement avec le déploiement des outils de travail à distance. Nous avons défini le cadre de fonctionnement, avec un accord de télétravail à grande échelle. Les choses se font donc de manière plus simple car nous disposons d’un arsenal de dispositifs techniques et de ressources humaines qui nous permet de fonctionner normalement pendant cette période de crise. C’est quelque chose de majeur, qui traduit la capacité des entreprises à trouver des trésors d’adaptation pour poursuivre leur activité. Lors du premier confinement, nous avons connu une forte baisse de l’activité, de l’ordre de 70 % sur la production de nos contrats, puis à partir de septembre une très forte reprise. Le second confinement n'a pas impacté l’activité car l’économie n’a pas ralenti comme au mois de mars. L’activité est stable, avec une hausse de la production en complémentaire santé, car nos concitoyens considèrent qu’il est nécessaire de se protéger.

Quels vont être les impacts sur votre activité ?

N.G : Nous avions réalisé une très bonne année 2019, avec une croissance inégalée depuis dix ans. Je pense que 2020 sera également une bonne année en termes de développement de portefeuille, notamment grâce à la reprise lors du déconfinement. Nous avons aussi pris beaucoup de mesures solidaires pendant cette période de crise, notamment le gel des tarifs d'assurance auto 2021, pour tenir compte de la situation et de la baisse de la sinistralité lors du premier confinement, ainsi que la non augmentation des tarifs pour les entreprises, professionnels et associations.

Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut.
Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut. - Photo : Matmut

« Pour faire face aux crises, une entreprise doit s’adapter à tous les échelons »

Face à cette crise longue et inédite, la stratégie du groupe Matmut s’en trouve-t-elle modifiée ?

N.G : La stratégie reste inchangée, elle consiste à devenir un assureur complet, dans les domaines des biens, de la santé, de l’épargne et de la retraite supplémentaire, pour les particuliers et les petites entreprises. À partir de là, on peut réaliser cet objectif par nous-même ou en partenariat. Le seul aspect impacté par la crise, c’est la dimension « Résilience » de l’entreprise pour être en capacité de faire face à cette forme d'état de crise permanent et s’adapter au mieux. Et donc, aller au bout de la logique du télétravail, promouvoir la délégation interne et la co-construction. Pour s’adapter aux crises, une entreprise doit évoluer, à tous les échelons, chaque équipe, chaque personne doit faire preuve de créativité. Ce qui implique de travailler sur les modes de fonctionnement interne.

Allez-vous poursuivre votre développement sous la forme de partenariats tel que celui conclu avec BNP Paribas sur le marché de l’assurance dommages ?

N.G : Oui, nous allons poursuivre et approfondir nos partenariats existants, en particulier avec BNP Paribas, mais aussi les acteurs digitaux, comme Cdiscount (partenariat de mutuelle santé 100 % à distance, NDLR). Avec le groupe BNP Paribas, nous avons créé Cardif IARD pour accompagner, grâce à notre expertise, la banque sur le marché de l’assurance dommages. Récemment (juillet 2020, NDLR) nous avons noué un partenariat avec BNP Paribas Cardif en matière d’épargne et d’assurance vie. Nous allons prochainement élargir la cible de nos clients à qui seront distribués ces produits.

Envisagez-vous une nouvelle opération de rapprochement en vue de la création d’un groupe d’assurance sur le modèle AG2R La Mondiale tenté en 2019 ?

N.G : L’idée était celle de la constitution d’un groupe commun avec AG2R La Mondiale. Mais cet épisode a montré les limites d’un process où les cultures d’entreprise peuvent ne pas fonctionner l’une avec l’autre. Pour nous, notre culture d’entreprise est un atout, donc on se doit de la préserver. À présent, nous préférons envisager d’autres modes de collaboration.

Pourquoi avoir choisi de lancer une filiale dédiée au patrimoine en octobre 2020 ?

N.G : Notre réflexion a été de dire que l’on peut proposer une "gestion de patrimoine pour tous". Nous avons plus de 4 millions de sociétaires. Nous pensons pouvoir les intéresser à cette démarche. Fondamentalement, je pense qu’il y a un manque dans ce domaine. Que propose-t-on aux gens aujourd’hui ? Un livret ou une assurance vie. Finalement l’offre au grand public est limitée et nous pensons que nous pouvons proposer une plus forte valeur ajoutée, grâce à une démarche globale d’appréciation de ce qui existe, comme les fonds en euros, les unités de compte (épargne placée sur différents supports financiers, NDLR) ou encore l’immobilier. Et cela peut être risqué, et il faut donc être capable d’identifier l’appétit au risque de notre interlocuteur. L’objectif est de donner accès à une plus grande palette de produits et supports d’investissement à nos sociétaires dits "confortables", en respectant leur profil d’investisseur. Et ce sont des choses qui peuvent s’envisager à partir de quelques milliers d’euros. D’ici 2023, Matmut Patrimoine comptera 20 conseillers (15 au démarrage, NDLR) et table sur un portefeuille correspondant à 7 % des sociétaires potentiels identifiés au sein du sociétariat actuel.

« Nous pouvons offrir une gestion de patrimoine au grand public »

Où en est le projet immobilier de l’ancienne École normale de la route de Neufchâtel, à Rouen ?

N.G : Les opérations de terrassement ont débuté en juin 2020 et font suite à d’importants travaux réalisés sur le bâtiment datant de 1886. Le premier semestre 2021 verra la réalisation des travaux de superstructure. La livraison est prévue pour le premier semestre 2022. L’ensemble (d’un coût total de 52,5 M€, NDLR) comprendra un hôtel 4 étoiles Hyatt Place de 85 chambres avec spa et restaurant (l’hôtel sera implanté dans les bâtiments de l’ancienne école, NDLR), un ensemble de bureaux de 6 500 m2 (unités privatives de 250 m2, NDLR) destiné à des entreprises du secteur tertiaire, un parking de 196 places, et un parc urbain. Ce projet, aux performances énergétiques ambitieuses, permet au groupe Matmut de réaffirmer sa volonté de contribuer au développement urbain de son territoire, de manière durable. Ainsi, ce projet vise le label BREEAM, un équivalent du référentiel Haute Qualité Environnementale (HQE) en France.

L'ensemble immobilier situé route de Neufchâtel à Rouen (d’un coût total de 52,5 M€) comprendra un hôtel 4 étoiles Hyatt place de 85 chambres avec spa et restaurant, un ensemble de bureaux de 6 500 m2 destiné à des entreprises du secteur tertiaire, un parking de 196 places, et un parc urbain. La livraison des travaux est prévue pour le premier semestre 2022.
L'ensemble immobilier situé route de Neufchâtel à Rouen (d’un coût total de 52,5 M€) comprendra un hôtel 4 étoiles Hyatt place de 85 chambres avec spa et restaurant, un ensemble de bureaux de 6 500 m2 destiné à des entreprises du secteur tertiaire, un parking de 196 places, et un parc urbain. La livraison des travaux est prévue pour le premier semestre 2022. - Photo : D.R

Pourquoi ce positionnement environnemental est-il important pour la Matmut ?

N.G : Cela fait partie de nos trois priorités en matière de RSE, qui sont le développement durable, l’inclusivité et le bien-être. En 2021, nous avons prévu d’officialiser notre raison d’être. C’est plus qu’un projet, c’est un travail déjà engagé qui vise à formaliser notre raison d’être en accord avec nos valeurs mutualistes. Une démarche qui se fonde sur ce qu’est une mutuelle, à savoir des personnes qui se retrouvent autour d’un projet commun de protection. Nous voulons construire cette raison d’être en associant tous nos sociétaires, nos délégués et nos collaborateurs lors d’une grande consultation, afin de savoir ce qu’ils estiment légitime et ce qu’ils croient être les valeurs auxquelles ils ont adhéré. L’idée est d'être fidèle à l’esprit mutualiste de l’aventure Matmut, même si nous n’avons naturellement pas attendu 2021 pour avoir une raison d’être. La consultation nationale sera la pierre angulaire de notre démarche. Cette raison d’être mérite d’être à nouveau explicitée en externe comme en interne, à l'occasion des 60 ans du groupe en 2021.

Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut.
"La crise révèle la capacité des entreprises à trouver des trésors d’adaptation pour poursuivre leur activité", estime Nicolas Gomart, vice-président et directeur général du groupe Matmut. — Photo : Matmut

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