Seine-Maritime

Agroalimentaire

Interview Ferrero France : « Tout n’est pas tout blanc ou tout noir avec l'huile de palme »

Entretien avec Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France

Propos recueillis par Sébastien Colle - 14 novembre 2018

Directeur général de Ferrero France depuis juin 2017, Jean-Baptiste Santoul fait un point d’étape après un peu plus d’un an à la tête de la filiale du confiseur italien. International, croissance, innovation, investissements sur le site normand de Villers-Écalles (la plus grosse usine de Nutella au monde), ancrage territorial, mais aussi utilisation de l’huile de palme et enjeux de développement durable… Le patron n’évite pas les questions qui fâchent et fait le tour des enjeux pour la filiale qu’il dirige.

Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France.
Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France. — Photo : Ferrero

Le Journal des Entreprises : Quel bilan tirez-vous, un peu plus d’un an après votre prise de fonction à la tête de Ferrero France ?

Jean-Baptiste Santoul : J’ai trouvé chez Ferrero une culture d’entreprise très forte et une énergie intense. Il y a aussi une certaine bienveillance que j’ai ressentie lors de mon accueil au siège et à Mont-Saint-Aignan (en Seine-Maritime, NDLR). Ferrero développe une culture du consensus et de l’alignement, ce qui permet de prendre les décisions ensemble. Et cela est important pour effectuer un vrai travail d’équipe et motiver tout le monde derrière des projets communs.

Le grand projet qui anime le groupe est basé sur la croissance. Une croissance organique tirée par la qualité de ses produits, de ses marques et l’innovation. C’est de cette manière que l’entreprise s’est développée, même si récemment le groupe a commencé à réaliser des acquisitions, pour compléter son portefeuille de marques et d’activités. C’est ainsi que nous avons acquis Delacre en 2016, afin de nous renforcer dans la catégorie biscuits. À terme, nous allons amener des innovations qui permettront de mixer les savoir-faire de Ferrero et Delacre.

L’innovation est au cœur de la démarche de Ferrero, avec la création de produits disruptifs comme le Nutella après-guerre. Il n’y avait pas de pâte à tartiner au lancement de Nutella, ce qui a permis de proposer un élément nouveau pour le goûter des enfants. Une démarche qui a été identique pour l’œuf Kinder.

Où en sont les investissements sur le site de Villers-Écalles, en Seine-Maritime ?

J.-B. S. : Nous avons investi 38 millions d’euros sur trois ans pour moderniser l’usine et la préparer à perdurer. Les flux ont été réaménagés dans l’usine et un nouvel entrepôt a été construit pour stocker nos produits finis. Il faut notamment quelques jours au Nutella pour se stabiliser et se reposer.

« Nous voulons aider la métropole rouennaise à devenir encore plus attractive. »

Villers-Écalles est une usine importante pour le groupe, car c’est la première en matière de production du Nutella (25 % de la production mondiale). Le site produit également des Kinder Bueno et des produits saisonniers. Au total, l’usine exporte un tiers de sa production.

Quel est le poids de Ferrero France au sein du groupe Ferrero ?

J.-B. S. : Ferrero France est dans le top 3 des marchés de Ferrero dans le monde, après l’Allemagne et l’Italie. Cela nous donne une position forte au sein du groupe, mais aussi une responsabilité en termes de croissance et de santé du groupe. En 2017, Ferrero France a réalisé un chiffre d’affaires de plus d’1,24 milliard d’euros (pour un effectif de 1 364 collaborateurs dont 900 en Normandie, NDLR), avec un total de 10,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’ensemble du groupe (effectif de 34 500 personnes, NDLR).

Quel est le positionnement stratégique de Ferrero ?

J.-B. S. : Notre actif le plus important, ce sont les marques. C’est un investissement que l’on développe sur le temps long. C’est la raison pour laquelle nous avons finalement peu de marques mais des marques fortes, présentes dans un foyer sur deux. Ainsi, Kinder Bueno représente 300 millions de barres vendues chaque année et Nutella compte 75 points de part de marché dans le domaine des pâtes à tartiner et 33 millions de fans sur Facebook !

Ce sont des marques fortes que nos clients sont capables de défendre. Cela crée une relation forte, mais aussi fragile, car les grandes marques doivent conjuguer valeurs de toujours et engagement environnemental et sociétal, afin de conserver cette relation de confiance sur le long terme.

Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France.
Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France. - Photo : Ferrero

Justement, que répondez-vous à ceux qui reprochent à Ferrero l'utilisation de l’huile de palme dans la fabrication du Nutella ?

J.-B. S. : Il y a, bien sûr, un débat, mais les gens commencent à comprendre que tout n’est pas tout blanc ou tout noir. L’huile de palme a de nombreuses qualités. C’est un ingrédient essentiel à la recette du Nutella qui garantit l’onctuosité, la qualité et la stabilité du produit, sans avoir besoin de recourir à des conservateurs. C’est une huile qui nourrit la moitié de la planète, c’est une réalité pour des millions de gens en matière d’alimentation, notamment dans les pays tropicaux. C’est aussi une huile de fruit riche en antioxydants. Et en ce sens, la sécurité alimentaire est un véritable enjeu pour nous.

« Nous ne consommons que 0,3 % de l’huile de palme produite dans le monde. »

De plus, l’huile de palme est un produit qui dispose d’un rendement permettant d’utiliser beaucoup moins de surface agricole que pour une autre huile - dix fois moins que le tournesol, par exemple. Évidemment, il faut être sûr que l’huile que l’on utilise n’est pas issue d’une déforestation sauvage. Et même si nous ne consommons que 0,3 % de l’huile de palme produite dans le monde, celle-ci est certifiée 100 % traçable et durable. Et pour en être certains, nous avons même été jusqu’à surveiller les plantations de nos agriculteurs par satellite. Cette démarche s’inscrit dans le développement de projets pour constituer une filière durable d’huile de palme responsable. D’ailleurs, WWF et Greenpeace nous reconnaissent dans cette démarche.

Comment expliquez-vous donc l’acharnement envers Ferrero sur cette question ?

J.-B. S. : Nous sommes visibles, il est donc facile de taper sur nous. Mais cela ne nous émeut pas, car nous faisons les choses de manière très responsable. Et notre démarche est identique pour les autres ingrédients employés chez Ferrero. Ainsi, 100 % du cacao utilisé pour la confection de nos produits sera certifié durable d’ici 2020.

Ferrero semble donc très attaché à son image auprès du public. Qu’en est-il de votre ancrage territorial en Normandie ?

J.-B. S. : Ferrero est installé en Normandie depuis 1959 ! Cela crée des liens, car nombre de salariés sont passés par l’entreprise et sont installés sur le territoire. Nous avons aujourd’hui 900 collaborateurs actifs et une forte implication dans le tissu économique local avec 25 % de nos fournisseurs issus du territoire.

L’enjeu pour nous est de créer un écosystème qui apporte de la valeur. C’est pourquoi nous mettons en place des partenariats comme le Kindarena à Rouen, un contrat de naming d’un montant de 5 millions d’euros sur dix ans, au service de l’attractivité de la région. L’un des points importants de cet engagement est d’aider la métropole rouennaise à devenir encore plus attractive, pour attirer les talents et les investissements.

Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France.
Jean-Baptiste Santoul, directeur général de Ferrero France. — Photo : Ferrero

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