Calvados

Mécanique

Calip Normandie recentre sa stratégie sur la mobilité verte

Par Isabelle Evrard, le 10 février 2022

Touché par la crise qui sévit dans le secteur de l’aéronautique, un de ses principaux donneurs d’ordres, Calip Normandie, spécialiste de la mécanique de précision, a su rebondir en réorientant son activité en direction du marché des véhicules électriques et hydrogène.

Marc Sevestre, président de Calip Normandie : "En fusionnant avec notre site d’Argences, l’organisation de l’entreprise est rationalisée. En termes de management, c’est beaucoup plus efficace."
Marc Sevestre, président de Calip Normandie : "En fusionnant avec notre site d’Argences, l’organisation de l’entreprise est rationalisée. En termes de management, c’est beaucoup plus efficace." — Photo : Isabelle Evrard

Calip Normandie a entamé sa réorganisation pour plus de compétitivité. Après avoir fusionné ses deux entités juridiques d’Argences et de Moult en juillet 2021, l’entreprise normande, spécialisée en usinage et assemblage d’ensembles et de sous-ensembles mécaniques pour des groupes tels que Thalès, Essilor ou Nexter, va aujourd’hui plus loin en rassemblant sur un seul et même site, à Moult, tous ses moyens humains et matériels. Avec un objectif : rationaliser l’organisation pour mieux répondre aux grands donneurs d’ordre de l’industrie et offrir davantage de flexibilité et de réactivité à ses clients. "Il s’agit de la suite logique du déménagement, en 2019, depuis notre site d’origine basé à Lisieux vers un nouveau bâtiment plus moderne et plus grand, de 8 000 m2 à Moult. En fusionnant aujourd’hui avec notre site voisin d’Argences, l’organisation de l’entreprise est ainsi rationalisée avec un seul directeur général en la personne de Samuel Guérin à partir de janvier 2022. En termes de management, c’est beaucoup plus efficace", explique Marc Sevestre, président du groupe.

Le déménagement, pour lequel l’entreprise a investi huit millions d’euros (bâtiment et machines) visait notamment à répondre au mieux au contrat que Calip Normandie avait signé avec Safran Aircraft pour la fourniture de pièces pour les moteurs Leap 1B du Boeing 737 MAX. "Mais la crise de la Covid et les problèmes techniques subis par le Boeing 737 sont passés par là et nous avons dû rebondir pour trouver de nouveaux marchés".

Éligible au plan de relance de l’État

Calip Normandie est spécialisée en usinage et assemblage d’ensembles et de sous-ensembles mécaniques pour des groupes tels que Thalès, Essilor ou Nexter…
Calip Normandie est spécialisée en usinage et assemblage d’ensembles et de sous-ensembles mécaniques pour des groupes tels que Thalès, Essilor ou Nexter… - Photo : Isabelle Evrard

Stoppée net dans son essor par la crise sanitaire, l’entreprise, qui emploie aujourd’hui 120 personnes, a été contrainte de modifier sa stratégie de développement. "Avant la crise de la Covid, 30 à 40 % de notre chiffre d’affaires était réalisé dans le secteur de l’automobile et de l’aéronautique. Le premier était au ralenti et le second quasiment à l’arrêt. Le moment était venu pour nous d’innover et de ne plus mettre tous nos œufs dans le même panier", explique Marc Sevestre. Après une petite incursion dans la production et la commercialisation d’une gamme de produits de protection sanitaire sous la marque "Oxacare", les équipes de Calip Normandie ont mis à profit les confinements successifs pour plancher sur une réorientation de l’activité vers la mobilité verte. Cette réflexion a abouti au projet ACEVE (Aluminium Creative Solutions for Electrical Vehicule) pour lequel l’entreprise a été retenue dans le cadre du plan de modernisation du plan de relance de la filière automobile. L’entreprise recevra à ce titre 1,075 million d’euros d’aide aux investissements.

Avec ce projet, l’industriel souhaite transposer son expérience en co-conception de pièces aéronautiques au domaine automobile pour les véhicules électriques. "Notre connaissance de l’usinage des profilés aluminium et notre expérience en soudage par friction malaxage, nous permettent de proposer des pièces mécaniques bien meilleures et à un moindre coût que l’acier", souligne le dirigeant. L’objectif du programme ACEVE qui se déclinera sur une durée de trois ans, est de proposer des pièces innovantes en alliage aluminium pour les véhicules électriques.

Se positionner comme équipementier mécanique

Marc Sevestre, président de Calip Normandie, Moult
Marc Sevestre, président de Calip Normandie, Moult - Photo : Isabelle Evrard

Parmi les premiers marchés décrochés sur le segment de la voiture électrique, la marque Lucid du constructeur américain. "Nous devons réaliser, courant 2022, 20 000 supports pour les batteries, supports qui feront aussi office de châssis pour les véhicules à partir de profilé aluminium et de soudure robotisée MIG", détaille le président. Pour répondre à la demande de ce nouveau client, Calip Normandie a investi 1,2 million d’euros dans huit nouveaux centres d’usinage avec robotisation. À venir également un deuxième robot de soudure (300 000 euros d’investissement) dédié à cette ligne de production. L’entreprise compte embaucher une quarantaine de personnes en 2022 pour travailler sur ce projet. Un nouveau marché qui permettra à la PME de s’ouvrir davantage à l’export (5 % du chiffre d’affaires actuellement, NDLR) et d’assurer une croissance de son chiffre d’affaires pour atteindre les 22 millions d’euros d’ici la fin 2022, contre 14,5 millions en 2021 (13 M€ en 2020).

Calip Normandie souhaite également faire évoluer son activité de sous-traitant mécanique et se repositionner davantage comme "équipementier mécanique innovant". "Il nous a donc fallu réorganiser, développer la partie bureau d’études, et structurer notre service R & D Innovation. Notre objectif étant de faire au maximum du développement et du co-développement en direct avec nos clients".

Gagner en réactivité

Pour mieux structurer ses recherches en innovation, Calip Normandie a mis en place deux services, dont un bureau d’études, avec à sa tête, Laurent Plath, directeur technique, nouvellement embauché. "Le bureau est aujourd’hui apte à gérer les projets des constructeurs et équipementiers mécaniques, du cahier des charges jusqu’à la livraison de la pièce. Il planche actuellement sur un projet de pack pour les bouteilles hydrogène destinées aux trains, bus et sur un projet de plaques froides (systèmes de refroidissement pour les batteries ou pour l’électronique)" détaille le dirigeant. Un projet qui nécessitera un investissement de 400 000 euros dans une machine de grande capacité et doté de la technologie de soudage par friction malaxage.

Par ailleurs, Calip Normandie a créé un pôle "prototypes" pour travailler sur les projets en amont avec ses clients et gagner en réactivité.

Attentif aux évolutions du marché en matière de mobilité verte, l’industriel normand qui a su s’adapter pendant la crise sanitaire, continue de miser sur sa capacité à innover, comme l’assure son président : "Les secteurs des transports, de l’automobile, du ferroviaire, ou encore du nautisme peuvent changer du jour au lendemain. L’entreprise doit se montrer flexible et être capable de se remettre en question à tout moment".

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition