Rouen

Industrie

Bras de fer pour la reprise de Chapelle Darblay

Par Robert Querret, le 16 décembre 2021

La bataille pour la reprise du site Chapelle Darblay de Grand-Couronne fait rage entre les tenants d’un projet de production d’hydrogène renouvelable mené par un consortium normand, et les responsables politiques gouvernementaux et locaux qui souhaitent pousser le projet de site de production de carton d’emballage porté par Veolia.

Au cœur de la zone industrialo-portuaire rouennaise, la papeterie emblématique Chapelle Darblay d’UPM produisait 280 000 t/an de papier journal entièrement recyclé, avant sa fermeture en avril 2020.
Au cœur de la zone industrialo-portuaire rouennaise, la papeterie emblématique Chapelle Darblay d’UPM produisait 280 000 t/an de papier journal entièrement recyclé, avant sa fermeture en avril 2020. — Photo : D.R

Le "feuilleton" sur le devenir de l’usine Chapelle-Darblay de Grand-Couronne trouvera-t-il son épilogue avant la fin de 2021 ? Rien ne semble joué dans cette affaire sensible qui pourrait s’enliser sur le terrain juridique. En effet, les deux protagonistes déterminants du dossier – le papetier finlandais UPM, propriétaire de l’usine et la Métropole Rouen Normandie qui l’héberge sur son territoire – ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Seule unité française à produire du papier journal (450 000 t/an de capacité) à partir de recyclé en grande partie livré par voie fluviale et désencré sur place, l’usine qui occupe 33 ha en bord à quai dans la partie la plus active du port de Rouen a fermé ses portes en juin 2020 dans le cadre d’une restructuration concernant l’ensemble du groupe finlandais UPM. Les syndicats ont obtenu la mise sous cocon de l’outil pendant un an afin de relancer la recherche d’un repreneur susceptible d’étendre sa production de base à d’autres produits (cartons, produits d’isolation thermique pour le BTP…). Le belge VPK s’est intéressé de près au dossier. Avant de s’allier avec Double A, le papetier thaïlandais qui dispose d’une importante unité de production et de transformation de pâte à Alizay (Eure).

Bataille autour des deux projets de reprise

Le 15 octobre, UPM France, saisi de deux offres de reprise fermes, annonçait sa décision de vendre l’usine au consortium Samfi-Paprec, préférant ce tandem à celui constitué par Veolia et Fibre Excellence. Un choix mal accueilli sur place où l’on reste persuadé que le groupe finlandais a surtout voulu écarter un concurrent papetier. "Le projet retenu est démesuré et inapproprié", pointe en substance Arnaud Dauxerre, représentant des cadres au CSE de l’entreprise.

"Nous regrettons qu’UPM n’ait pas retardé sa prise de décision alors même que les deux offres n’ont pas pu bénéficier d’un examen suffisamment détaillé", indiquent alors Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie. "Nous estimons que l’offre alternative de Veolia mérite d’être examinée dans le détail", ajoutent-ils.

Un consortium normand

Le fonds d’investissement Samfi-Invest basé à Carpiquet dans l’agglomération de Caen est une entité "indépendante avec un actionnariat 100 % familial", créé en 2001 par Alain Samson, président et propriétaire du Groupe Malherbe spécialisé dans le transport routier et la logistique (2 500 salariés ; 315 M€ de CA). Il a diversifié ses activités vers les énergies renouvelables via sa filiale H2V. Pour reprendre Chapelle Darblay, il s’est associé avec Paprec, autre entreprise normande fondée par Jean-Luc Petithuguenin, devenue leader français de l’industrie du recyclage.

Le projet du consortium normand vise à créer "un écopole industriel nécessitant 250 emplois industriels et 400 indirects". Un projet industriel qui repose sur "un investissement pouvant aller jusqu’à 450 millions d’euros afin de produire de l’hydrogène renouvelable et des matières premières issues du recyclage".

De son côté, le projet mené par Veolia, en partenariat avec Fibre Excellence (filiale du groupe canadien Paper Excellence) qui produit 500 000 t/an de pâte à papier marchande en France, vise à "repositionner le site de Grand-Couronne sur un secteur d’avenir et à créer une véritable filière compétitive de papier-carton". L’investissement correspondant à une enveloppe de 120 millions d’euros a "vocation à relocaliser 250 emplois qualifiés en s’appuyant pour l’essentiel sur les compétences présentes avant l’arrêt de l’usine", selon les partenaires.

L’usine produirait 400 000 t/an de carton d’emballage pour un marché international en forte croissance, à partir de papier et carton recyclés, collectés en France. L’énergie nécessaire à l’installation sera produite par une chaudière de cogénération biomasse alimentée par des déchets organiques en provenance de Normandie, Bretagne et Hauts de France.

La Métropole Rouen Normandie dénonce le projet du consortium normand

"Nous avons engagé un bras de fer pour sauver le site Chapelle Darblay", indique de son côté la Métropole Rouen Normandie, présidée par Nicolas Mayer-Rossignol (PS). Toutes tendances politiques confondues, celle-ci estimait lors de son conseil métropolitain du 8 novembre que "le projet privilégié par UPM s’engage inéluctablement dans la voie du démantèlement d’un outil industriel fonctionnel répondant aux besoins du territoire et des territoires du Grand Ouest de la France. Il s’inscrit en totale contradiction avec les orientations stratégiques pourtant vitales pour le territoire, ses habitants et ses acteurs économiques. La Métropole est en ordre de bataille pour user de son droit de préemption, comme le permet la législation française". Aux services de l’État, à présent, de dire la valeur du bien alors que certains avancent le chiffre de 3 millions d’euros pour le prix du foncier.

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