Caen

Agroalimentaire

Biscuiterie Jeannette: Georges Viana a passé la main à un industriel de 87 ans

Par Isabelle Evrard, le 16 décembre 2019

Georges Viana a sauvé la biscuiterie Jeannette de la fermeture définitive en 2013. Cinq ans après avoir travaillé à redresser ce fleuron industriel caennais, le PDG se voit obliger de passer la main. Fragilisée par le mouvement des Gilets jaunes, la biscuiterie manque de trésorerie et doit trouver un second souffle. Georges Viana a passé le relai à un industriel caennais de 87 ans, André Réol.

Georges Viana (à gauche) passe le relai à André Réol, nouveau PDG des Madeleines Jeannette
Georges Viana (à gauche) passe la main à André Réol, 87 ans, prêt à développer la biscuiterie à l’international. — Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

« Cette année, la biscuiterie Jeannette est passée au bord du dépôt de bilan. Nous avons été les victimes collatérales des mouvements sociaux des Gilets Jaunes qui ont démarré pendant la plus mauvaise période pour nous, en novembre et décembre 2018. Installés au rond-point Lazzaro à Colombelles, à deux pas de l’usine et du magasin, les Gilets jaunes ont complètement freiné notre clientèle, très demandeuse de madeleines pour les fêtes de fin d’année. Pendant ces deux mois, nous faisons d’habitude la moitié de notre chiffre d’affaires annuel. Avec ce blocage, la fréquentation du magasin a subi une chute drastique de 70 % et nous avons perdu 300 000 euros de chiffre d’affaires. La biscuiterie était pourtant bien repartie avec un chiffre d’affaires en croissance régulière : 400 000 € en 2015, 1,6 M€ en 2016, 2,2 M€ en 2017, 3 M€ en 2018 et d’un seul coup, elle s’est retrouvée dans une situation très précaire avec un manque inquiétant de trésorerie. Il a même fallu que je demande à l’Ursaff l’autorisation de décaler certains paiements pour pouvoir payer mes salariés.

Second souffle

Pour tirer l’entreprise de ce mauvais pas et éviter le dépôt de bilan, il a fallu trouver une solution d’urgence, et surtout, un apport financier. Car il suffit d’un autre revers pour que l’entreprise plonge et ce serait vraiment dommage après tout ce que l’on a fait, avec les salariés, pour la sauver. Personnellement, j’ai mis tout ce que je pouvais financièrement en 2013 lors de la reprise : j’ai vendu ma maison et misé toutes mes économies pour la remettre à flot. Au final, et après bien des combats, notamment pour persuader les banques de la viabilité de notre affaire, je suis arrivé en bout de course.
L’entreprise doit trouver un nouveau souffle et cela passe par le développement au national et à l’international. Mais ce sont des ambitions qui demandent des fonds, car l’entreprise doit recruter pour développer cette partie commerciale.

Repris par un actionnaire de 87 ans

Aussi, dès le mois de février 2019, nous sommes partis à la recherche d’un industriel prêt à investir dans l’entreprise et ayant de l’expérience à l’international. La solution est finalement apparue au sein même de nos actionnaires. André Réol, un industriel caennais de 86 ans (87 ans aujourd’hui- NDLR) qui a fait fortune en Amérique Latine, a souhaité reprendre la biscuiterie. Il s’est aussi déclaré prêt à investir deux millions pour la développer à l’international. Au début, je l’avoue, nous avons été un peu surpris, étant donné l’âge de Monsieur Réol, mais devant sa motivation et les garanties financières qu’il apporte, j’ai accepté de lui céder mes actions : André Réol devient actionnaire majoritaire avec 75 % des actions, la Biscuiterie de l’Abbaye reste actionnaire à 6 %, la holding Jeannette qui comprend 150 actionnaires de financement participatif possède 10 %, et deux particuliers détiennent 4 % chacun.

Cette succession a plusieurs avantages : André Réol est présent depuis la renaissance de l’entreprise en 2013, il connaît donc bien la stratégie de l’entreprise et compte garder tous les 30 salariés et même, d’ores et déjà, embaucher un directeur commercial et un directeur général. Il s’est fixé comme objectif de doubler le chiffre d’affaires en deux ans. L’entreprise est donc entre de bonnes mains, et prête à repartir pour de nouvelles aventures ! »

Georges Viana (à gauche) passe le relai à André Réol, nouveau PDG des Madeleines Jeannette
Georges Viana (à gauche) passe la main à André Réol, 87 ans, prêt à développer la biscuiterie à l’international. — Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

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