Rouen

Axe Seine : La capitale régionale veut peser dans le Grand Paris

Par la rédaction, le 03 juin 2011

Le colloque Axe Seine acteII qui s'est tenu à Rouen le 23mai dernier aura vu les principaux acteurs locaux camper sur leurs positions. Laurent Fabius demande des engagements financiers à l'État qui réplique qu'il est urgent d'attendre.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

En choisissant en 2008 d'intituler l'ouvrage collaboratif réalisé sous sa direction «Rouen, la métropole oubliée?», le géographe Yves Guermond préfigurait déjà, sans le savoir, ce que serait le coeur du débat autour du développement de l'Axe Seine. Du moins côté rouennais! Le maire de Rouen Valérie Fourneyron avait pointé en avril dernier l'absence de référence à la capitale haut-normande dans le discours que le Président de la République Nicolas Sarkozy avait tenu auHavre. Laurent Fabius, lors du colloque rouennais du 23mai dernier dédié à l'Axe Seine a préféré souligner, sur un mode plus consensuel, que les choses avaient changé: «on a longtemps évoqué la liaison Paris-LeHavre, ou encore la perspective d'une gare au Nord de l'agglomération à 25 mn du centre-ville...». Aujourd'hui, les choses évoluent, se félicite le président de la CREA. Jean-Louis Borloo qui avait un temps défendu l'idée d'une liaison passant au Nord de Rouen n'est plus ministre d'État et Bruno Lemaire, lui-même, actuel ministre de l'Agriculture et de l'Aménagement du territoire et élu régional d'opposition l'a confirmé lors de son intervention: «la desserte de Rouen par Saint Sever est la piste la plus légitime»!




«Rouen à 45 mn de Paris, c'est un atout»

Reste que la question de la proximité de Paris comme celle de la rivalité entre Rouen et LeHavre fait toujours débat ici, peut-être davantage du côté des élus que de celui des milieux économiques. Le maire, Valérie Fourneyron le reconnaît bien volontiers: «pendant longtemps, certains se sont tourné le dos», explique-t-elle; des adversaires que «l'Axe Seine fédère aujourd'hui». «Les Rouennais ont souvent redouté d'être à 45 mn de Paris, mais aujourd'hui c'est un atout», tranche l'élue. Le ministre Bruno Lemaire ne dit d'ailleurs pas autre chose: «l'Ile-de-France est le premier bassin de production, de consommation et d'emploi d'Europe. Il ne faut certainement pas lui tourner le dos», mais au contraire en tirer profit. «Notre premier défi consiste à rattraper notre retard en matière d'infrastructures de transport. Nous avons l'obligation de résoudre ce problème», insiste le ministre. «Notre second défi est de tirer partie de cette proximité avec Paris sans perdre l'âme de la région Normandie; pas sous l'autorité ni la dépendance de l'Ile-de-France, mais sur un pied d'égalité et de complémentarité». Si les Normands, hauts et bas, assurent vouloir jouer la carte de l'union, le rôle voué à la capitale régionale est-il pour autant clairement établi? Si Rouen a pu un temps apparaître comme «isolée», le président de la CCIT de Rouen, Christian Hérail ne croit plus que ce soit d'actualité: «Ca a été le cas, mais ça ne l'est plus», tranche-t-il. «Il faut considérer (au regard de l'Axe Seine) la situation géographique réelle. En situation d'Hinterland, Rouen reste un noeud économique, ferroviaire, fluvial et routier», même si les grandes entreprises sont plutôt auHavre et les sièges sociaux à Paris, reconnaît le président de la CCIT. De toute manière, estime Christian Hérail, «on ne peut pas raisonner à l'échelle de Rouen. Aujourd'hui il n'existe pas de frontières pour nos entreprises». Un homme d'affaires rouennais qui a suivi les débats du 23mai, lance avec un brin de cynisme: «la grande chance de Rouen, c'est LeHavre!» L'air de dire que sans le volontarisme des estuariens, la capitale régionale n'aurait peut-être pas accroché son wagon à la locomotive du Grand Paris? N'empêche, aujourd'hui, la ville dirigée par Valérie Fourneyron veut faire entendre sa voix. Notamment à propos de la future ligne à grande vitesse. «80% des voyageurs qui empruntent la ligne actuelle partent ou arrivent de Rouen!», rappelle l'élue, à bon entendeur. La future gare se fera rive gauche, dans le quartier Saint Sever, si l'on en croit les dernières déclarations du ministre Bruno Lemaire à ce sujet. Cette question-là semble donc tranchée.




La question «essentielle» du financement

Celle qui l'est moins, et qui ne concerne pas uniquement les collectivités rouennaises, c'est celle du financement de la ligne elle-même. Une question «essentielle» pour Laurent Fabius qui craint que le calendrier ne soit guère favorable. L'annonce de l'installation, en parallèle du débat public, d'une commission chargée de réfléchir au financement du projet n'y fera rien: la décision de l'État programmée pour mars2012 interviendrait «dans l'avant campagne présidentielle». Difficile dans ces conditions, veut croire le président de la CREA, «que des engagements concrets seront pris dans une période comme celle-là». «Les collectivités sont prêtes à prendre leurs responsabilités, mais l'État doit s'engager avant ou pendant le débat public» qui se déroule à partir d'octobre prochain. Une impatience que le ministre Bruno Lemaire dit comprendre, avant de se défendre: «depuis deux ans (et les premières annonces de Nicolas Sarkozy sur le sujet), nous n'avons pas perdu de temps».



Guillaume Ducable

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