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Interview Alain Verna (Logistique Seine Normandie) : "On peut regretter que le temps politique ne soit pas le temps économique"

Par Guillaume Ducable, le 19 décembre 2016

Président de la filière logistique normande (LSN) et dirigeant de l’entreprise dieppoise Toshiba TEC Europe, Alain Verna revient sur une année économique contrastée, marquée notamment par la régionalisation des politiques de soutien aux filières.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Comment le secteur normand de la logistique s’est-il, globalement, comporté en 2016 ?

Alain Verna : Il faut d’emblée rappeler que l’année 2016 avait très bien démarré avec un premier trimestre en hausse très sensible tant dans les activités portuaires que dans la logistique proprement dite. Ensuite, nous avons été "chahutés" par les événements sociaux, notamment sur la période mai-juin. À ce moment-là, nous avons perdu l’avance gagnée sur les premiers mois de l’année avec des baisses entre 20% et 30% de l’activité sur ces deux mois. Même si on a observé un rattrapage par la suite, il faut rester vigilants: certaines compagnies maritimes ont dû se détourner vers Anvers ou Rotterdam. La question aujourd’hui est de savoir s’ils reviendront, a fortiori dans un contexte de regroupement et d’alliance dans ce secteur qui pourrait avoir une incidence. Mais bon, il y a eu des grèves aussi à Anvers. Nous ne sommes pas les seuls!

La filière logistique normande (LSN) que vous présidez est entrée en phase de contractualisation avec la Région Normandie. En quoi cela a-t-il modifié l’approche que vous avez de votre rôle auprès des entreprises ? 

A.V. : La régionalisation nous a clairement obligé a retravaillé notre offre. Nous nous apprêtons à finaliser la contractualisation avec la région pour les trois ans à venir. La réflexion porte sur les services que nous apportons à nos adhérents en matière de développement de business, de développement à l’international ou encore dans le domaine de l’innovation. Sur le plan territorial, nous devons également aller au-delà de notre positionnement historique sur la Haute-Normandie pour couvrir l’ensemble du territoire régional. Nous y travaillons. 

Sur le territoire dieppois, comme sur l’ensemble de la région, les projets éoliens maritimes peinent à éclore. Que cela vous inspire-t-il ?

A.V. : On peut regretter que le temps politique ne soit pas le temps économique ! À l’origine de ces projets, il y a eu en 2007 le Grenelle de l’Environnement porté par Jean-Louis Borloo qui préconisait la constitution d’une filière en France. Huit ans après, il n’y a pas eu un seul coup de pioche. Alstom a été repris par General Electric et Areva par Siemens. C’est le signe que nous ne sommes pas capables de concrétiser des plans de grande envergure. C’est la même chose pour la Ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN), le contournement Est de Rouen ou la ligne Serqueux-Gisors. En Belgique, lorsqu’il a été question du canal Seine-Nord, ils ont annoncé de grandes écluses sur l’Escaut. Aujourd’hui, elles sont réalisées ! La question est de fixer les priorités nationales et de les traiter comme telles. Mais pour cela, il faut du courage politique.

Vu de Dieppe, toujours, comment appréhendez-vous la question du Brexit ?

A.V. : Il est encore difficile d’y voir clair, même du côté anglais. L’impact immédiat, c’est l’effet sur les taux de change avec une baisse importante de la livre et le risque d’inflation en Angleterre. On ne peut pas dire aujourd’hui si cela aura un effet négatif chez nous. Beaucoup d’Anglais, en tout cas, se posent la question d’une installation sur le continent. C’est l’occasion pour nous de faire en sorte que le Brexit devienne une opportunité pour l’économie régionale. Nous sommes la région qui dispose de la plus importante façade littorale face à l’Angleterre; même si les flux transitent encore à 90% avec le détroit du Pas-de-Calais. On voit bien que certaines régions font les yeux doux aux banques et aux entreprises anglaises; même les Allemands le font. Qu’attendons-nous ?

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