Le Havre

Industrie

Interview Alain Adam (Paganetti) : « Pour durer, il faut miser sur la qualité »

Entretien avec Alain Adam, PDG de Paganetti

Propos recueillis par Sébastien Colle - 12 décembre 2018

PDG de Paganetti depuis près de 40 ans, Alain Adam fête cette année les 160 ans d’existence de son entreprise spécialisée dans le froid et la climatisation à destination de l’industrie (3,6 M€ de chiffre d'affaires). Une longévité remarquable pour cette PME qui est née et a grandi au Havre et pour laquelle Alain Adam s’apprête à écrire une nouvelle page en préparant sa succession.

Alain Adam, PDG de Paganetti
« Je ne vendrais pas à un groupe. Je veux que Paganetti conserve son esprit d’indépendance », assure Alain Adam, PDG de Paganetti. — Photo : Sébastien Colle

Paganetti fête ses 160 ans cette année. Comment s’est construite cette aventure industrielle à la longévité exceptionnelle ?

Alain Adam : C’est Ange Gabriel Paganetti, un Suisse italien originaire de Lugano, qui est venu au Havre avec sa famille en 1858. Peut-être était-il venu au départ pour embarquer vers les USA ? En tout cas, il est resté au Havre et s’est établi comme fumiste, spécialisé en travaux de cheminée et installation de poêles, à la façon des Savoyards. Au début du XXe siècle, l’entreprise se tourne vers le chauffage par radiateurs, puis l’eau chaude avec l’arrivée des grands ensembles immobiliers de l’après-guerre. Avec le premier choc pétrolier en 1976, la profession de chauffagiste a été attaquée par l’arrivée d’un nouveau concurrent technique avec le chauffage électrique. À cette époque, les marchés ont commencé à se raréfier pour Paganetti. C’est le moment où j’intègre l’entreprise.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à Paganetti ?

A.A : J’avais intégré l’entreprise Joly au Havre en 1976 et pris des participations dans le but de reprendre l’entreprise au bout de deux ans. J’avais toujours eu l’envie d’entreprendre. Je suis né de parents boulangers à Rouen et déjà enfant, je disais que je voulais devenir patron ! Mais, une filiale de la Shell, la Sochan, actionnaire chez Paganetti, m’a proposé de reprendre l’affaire. Ce que j’ai fait en 1979. C’était intéressant car il y avait un challenge à relever, il fallait trouver de nouveaux marchés et développer l’entreprise. J’ai démarré comme directeur général et trois plus tard, je prenais la majorité chez Paganetti.

Quelle orientation avez-vous décidé pour faire repartir l’entreprise ?

A.A : À partir de 1982, nous avons orienté l’entreprise vers le secteur industriel et les chauffages pour navires, car les marchés étaient bien plus porteurs. Nous avons ensuite évolué vers la climatisation, puis le froid, afin de suivre les demandes de nos clients. Actuellement, nous sommes toujours dans cette activité avec une orientation vers le traitement d’air destiné à l’amélioration des conditions de travail des salariés, ainsi que le traitement des rejets atmosphériques, notre marché d’avenir. Nous réalisons et concevons des équipements spécifiques pour l’industrie avec des contraintes Atex, anti-explosion, mais aussi pour fonctionner sous des climats extrêmes. Une activité qui concerne notamment la part export de Paganetti qui réalise environ 20 % de son chiffre d’affaires à l’international dans des pays comme la Jordanie, le Tchad, la Turquie, l’Ouzbékistan, ou encore le Mexique. Nous avons également des projets de développement aux USA.

Comment expliquer la longévité de Paganetti ?

A.A : En 1922, le dernier Paganetti, André, est mort jeune. À partir de la et jusqu’en 1970, l’entreprise, qui appartenait toujours à la famille Paganetti sous le régime de l’indivision, a été dirigée par des directeurs. Puis, de 1970 à 1979, ce sont les petits-fils Paganetti qui ont dirigé l’affaire. En fait, comme beaucoup d’autres entreprises de notre famille professionnelle, Paganetti aurait dû disparaître. Mais, elle a su résister en s’intéressant toujours aux nouveaux marchés, en s’adaptant à la demande, et en apportant un savoir-faire différenciant qui permet par exemple de répondre à des demandes pour les conditions extrêmes dans le domaine de la climatisation. Le secret de cette longévité tient aussi essentiellement dans la recherche continuelle de qualité, c’est notre priorité.

Justement pour permettre à l’entreprise de poursuivre sa belle aventure entrepreneuriale, comment préparez-vous l’avenir ?

A.A : Nous sommes sur un projet de succession et de transmission à certains cadres de l’entreprise d’ici 2019. Voilà sept ans que je forme et délègue dans l’entreprise. Ce sont des gens qui sont là depuis longtemps. Il y a une grande stabilité de l’effectif dans l’entreprise, les salariés sont fidèles et cela représente un atout pour la réussite de Paganetti. Pour moi ce qui compte, c’est que mon bureau est toujours ouvert. Je considère que chacun est important pour notre succès au poste qu’il occupe. Une entreprise ne peut réussir que si tout le monde est solidaire. Je n’ai jamais voulu vendre à un groupe afin que Paganetti conserve un esprit d’indépendance. J’ai fait équipe avec ces cadres, et je veux que cet esprit d’équipe perdure, que la belle histoire continue.

Alain Adam, PDG de Paganetti
« Je ne vendrais pas à un groupe. Je veux que Paganetti conserve son esprit d’indépendance », assure Alain Adam, PDG de Paganetti. — Photo : Sébastien Colle

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